‹ Œuvres. PubliéesChapitre 59 sur 88 · LI · texte numérisé non relu

LI

Des traducteurs.

Si Ton considère que, pour être bon traducteur, il faut posséder parfaitement au moins deux langues, qu'il faut de plus connaître la partie dont traite , l'auteur qu'on traduit, qu'il faut et assez de génie pour donner un nouvel être , une nouvelle forme à des idées étrangères, et assez de souplesse pour ne s'éloigner jamais de ces idées , et

assez de courage pour s'exposer au mépris attaché par l'erreur à la carrière la plus ditlirile de la littérature, on sera moins surpris de ne trouver parmi nous qu'un si petit nombre de bons traducteurs. Ce n'est qu'après avoir établi sa léputation par des productions plus brillâmes, qu'un homme de génie osera employer ses talens à ce genre peu estimé ; mais cet homme le voudra- t-il alors , le pourra-t-il même ? Accoutumé à créer, pourra-t-il s'astreindre à suivre les idées d'aulrui; maître de produire au jour de nouveaux enfans, se résoudra-t-il à élever ceux des autres ?

Que ne gagneraient pas nos connaissances, si un recueil de traductions parfaites nous rendait enfin inutile l'étude de deux langues mortes qui, maintenant, occupent nos plus belles années? Jusque où ne parviendrait pas un homme qui , sans y perdre, aurait employé à une saine littérature, ou aux principes des sciences exactes, six ou sept ans que le grec* et le latin absorbent à présent? et à quoi comparerait-on avec justice cet avantage inappréciable et général, auquel en encourageant les traducteurs, nous parviendrions sans doute en peu d'années ?

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