VIII
De la force.
On donne le nom de force à la capacité de produire un grand effet ou de résister à une impulsion violente.
Le fort, en matière d'éloquence, est ce qui fait une vive impression , ce qui ébranle vivement ou l'oreille ou l'âme. Ainsi on dit une image forte, une idée forte , une expression forte, d'une image, d'une idée, d'une expression capable d'affecter vivement celui qui l'entend ; on appellera aussi argument fort celui qui captera fortement le jugement.
J'ai dit une impression vive, pour la distinguer des fortes ; en effet , on appelle fortes celles dont le règne est plus étendu et la durée plus longue. Si donc , on dit d'une phrase , d'une idée , d'une expression , qu'elle a plus de vivacité que de force, on saura en quoi consiste la différence de ces deux qualités.
Voici quelques idées sur ce qui produit la force :
L'harmonie exaile les organes de l'auditeur
et contribue ainsi à la force des impressions qu'il éprouve.
Les images mettent à la place d'une conception vague et faible , une sensation : elles doivent ajouter à la force de l'aflection.
La clarté, rendant l'impression d'une pensée plus entière et plus facile, doit donner plus de force à ses eifets.
Certains sons produisent sur nos organes un mouvement plus violent , et donnent ainsi de la force aux idées qui s'y trouvent liées.
Les passions des hommes produisent certaines impressions sur ceux qui les voient. Ces impressions seront d'autant plus fortes que les passions paraîtront plus vraies.
L'impression d'une idée, d'un raisonnement», d'une image, exprimés brièvement, sera plus subite, se fera tout à la fois, et sera par conséquent plus forte.
La surprise ajoute à la force des impressions, parce qu'elle réunit toute l'impression dans un instant, et qu'elle agit sur des organes neufs et non émoussés.
Six.
.Du naturel.
Le naturel, dans le sens exact de ce mot, est ce qui se fait indépendamment de l'intention et de la volonté de l'homme.
Le naturel, en matière d'éloquence, est ce qui est produit par les mouvemens habituels de l'esprit et du cœur, ou par ceux que leur imprime la passion qui nous agite, sans que, dans l'un et l'autre cas, l'intention, la volonté d'employer telle ou telle manière, se fassent sentir. La situation habituelle de nos organes, ou celle que doit y produire la passion dont nous sommes affectés , doit tout enfanter. Pour que l'œuvre soit naturel, il est l'opposé de l'affectation.
De l'ordre.
€e mot, pris en bonne part, ou, si l'on veut, le bon ordre, signifie l'arrangement relatif de pUi-