X.IV
veau système qui a substitué à la simplicité , à l'homogénéité des choses anciennes , cette complication d'usages, d'opinions, de races humaines, où tous les principes se sont confondus , où a germé ce chaos , ces contradictions qui ont tourmenté l'Europe jusqu'au moment où tant de principes divers, s'élant amalgamés et fondus, ont produit cette nature de choses factice , extraordinaire et sans origine, qui caractérise les temps présens.
Là, sera placée l'étude philosophique et historique de la religion chrétienne, depuis son principe, jusqu'à la décadence de l'empire romain, et ce serait peut-être le moment de s'arrêter sur l'esprit oriental.
Mais où se puiseront ces études ? c'est ce que j'ignore. La plupart de ceux qui ont écrit sur la religion chrétienne en ont parlé avec passion ou avec intérêt , et ce qu'il peut y avoir d'instructif et de vrai dans ce qu'on en a dit, est répandu dans tant de livres inutiles ou dangereux d'ailleurs, qu'après la lecture attentive des livres saints, etc., je ne connais rien de plus propre à apprendre à en raisonner que la conversation d'un homme de sens qui ail un peu réfléchi sur la matière.
Si on veut conserver la religion de l'élève , il faut ne lui pas apprendre autre chose.
A l'étude de la religion se joindront , pour in-
troduire i'élève au moyeu-âge, celle des derniers temps de l'empire romain et celle des nations qui lui succédèrent.
Si le droit romain était une étude faisable, ce serait le moment ; la lecture de Gravina pourra suppléer, mais l'élève intelligent rangera ce docteur bien au-dessous de sa réputation; il n'y verra qu'un théoricien, ne puisera dans son livre que le droit, et cherchera l'esprit et le fait dans \ Histoire des Empereurs et dans celle du Bas- Empire. Pour les barbares, l'élève s'attachera essentiellement à étudier les Commentaires de César ; les Mœurs des Germains, de Tacite, sont , comme on le sait, classiques en cette partie.
Il est plusieurs historiens du temps , et entre autres Procope, qui seraient utiles, mais qui sont mauvais, longs et ennuyeux.
On a composé dans ce siècle , et depuis peu , plusieurs ouvrages raisonnes sur ces matières , je ne les connais point, mais leur réputation n'a pas percé.
L'étude du moyen-àge peut s'ouvrir par celle de V Histoire de France jusquà Louis XII.
Cette matière, qui devrait être la plus riche, est une des plus pauvres. Je ne m'attacherai point à critiquer l'ignorance et le monachisme de Daniel, la puérilité de Velly et consorts, la frivolité de Voltaire , la nullité de tous les abrégés ; il ne
reste que le parti de s'attacher à Mézerai, après avoii- lu rapidement sa grande histoire. L'esprit de cet auteur est bon , ses superstitions sont instructives et sans danger. Son défaut d instruction sera suppléé par les études ultérieures.
Après cette lecture attentive, on livrera à l'élève , qu'on suppose suffisamment nourri de ses premières lectures historiques, pour retrouver, dans V Histoire de France le souvenir du système général de celle de l'Europe; on lui livrera, disje , tout ce qu'on pourra se procurer de romans de chevalerie, les Fabliaux de Legrand, le Roman de la Rose, etc., et au milieu de ces lectures on aura soin de lui faire étudier les Recherches sur l'ancienne chevalerie, de M. de Sainte- Pelay.
La lecture des chroniques et le recours aux monumens, quand on peut les avoir sous les yeux, tels que les Capitidaires de Baluze , le Recueil du Louvre, Marculphe, etc., sont entièrement utiles pour saisir l'esprit des usages, des principes de ces temps.
Les mémoires particuliers commencent malheureusement tard , mais ils sont bien ce qu'il y a de mieux.
L'élève étant nourri à un certain point des ouvrages originaux , on commencera à y mêler les disscrtaleurs de droit public modernes.
On lui fera lire une fois V Esprit des Lois, de Montesquieu , pour ouvrir la carrière , mais non pour l'étudier, de peur de i arrêter ou de le dégoûter ; Y Introduction d l'histoire de Charles- Quint, ouvrage qui fait pénétrer l'esprit dans l'histoire générale de ces temps, et qui en donne l'intelligence ; les Lettres sur les anciens parlemens, par Boulainvilliers , et ses autres ouvrages ; les Maximes pour l'instruction d'un roi , les Maximes du droit publi-c français; l'élève n'y verra qu'un recueil indigeste, mai s riche et qui met sur la voie.
Alors il pourra lire, sans danger, l'abbé Duhos.
Il suivra les observations sur V Histoire de France, de l'abbé de Mably.
En lisant ces dilïérens ouvrages, il recourra autant qu'il sera possible aux sources citées, ce qui ne se peut presque que dans les villes où il y a une bibliothèque publique.
Il relira V Esprit des Lois et la Monarchie française de Chabret.
Quelques autres ouvrages seront bons à connaître et à parcourir, tels que la Chronologie des Etats, de Savaron, qui n'est qu'une table, La Roche Flavin, Loiseau, Lefebvre, etc., etc. On s'y trouve naturellement porté, et on n'en prend que ce qu'il faut.
La lecture des remontrances des cours et des brochures du temps font aussi connaître beaucoup
de détails épars çà el là dans des ouvrages étrangers à la matière.
Enfin, la lecture des ordonnances doit accompagner : tout est dans Laurièip; on y joindra, pour terminer. V Histoire du Droit canonique et celle des Conciles.
ÉTUDIAS LITTÉRAIRES. 2(>3