‹ Œuvres. PubliéesChapitre 68 sur 88 · MALHERBE · texte numérisé non relu

MALHERBE

Ce poète illustre qui a embelli la fin du xvi' siècle et le commencement du suivant , nous a laissé environ six mille vers en odes , épîtres , sonnets, chansons, épigrammes, etc. ; en un mot, ce qu'on appelle poésies volantes. On y trouve la galanterie traitée avec le ton hyperbolique et fade qui régnait de son temps, et quelquefois avec celui de la plaisanterie et d'un libertinage d'esprit raffiné, mais toujours décent. La religion y est affublée d'une pompe, d'un ascétisme, d'une exagération ridicules. En général , les métaphores outrées , la fausse érudition , les images et les expressions communes mêlées parmi les objets les plus nobles , le défaut d'ordre dans

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la disposition des parties qui composent chaque pièce , l'ignorance absolue de la gradation, rendent la lecture de Malherbe très choquante pour un goût délicat. Mais ces défauts ne bannissent pas les traits brillans et une pureté do langage qui, lorsqu'on le compare au temps, donne une haute idée de ce créateur de notre langue et de sa poésie.

Malherbe est flatteur outré ; on le lui pardonne lorsqu'il s'adresse à Henri IV.

RICHARDSON et SHAKESPEARE.

i?ec/<art?sow est intéressant, attachant, mais la partie savante et instructive est bien supérieure en lui à la partie poétique ; plus précieuses à l'esprit qu'à la sensibilité , les riches vérités qu'il étale sont très supérieures aux émotions qu'il procure.

Et c'est pour cela que les Français ne l'ont pas goûté, ils ont critiqué ses longueurs qui sont des richesses ; ils n'ont point assez do tête pour saisir le bel ensemble de ses tableaux compliqués, assez de patience et d'attention pour en savourer les détails. 11 faut des plans simples à des têtes frêles;

la belle disposition, les belles proportions, la belle ordonnance ne suffisent pas pour les leur faire embrasser. La richesse du détail les distrait, les embarrasse et les embiouille.

Shakespeare est plus poète que Richardson, mais il est encore plus savant moraliste que poète ; une dillëience , c'est que sa science et sa poésie sont plus dans les détails isolés, celles de Richardson plus dans les développemens. Une page de Shakespeare donne souvent une idée de tout le génie de l'auteur, mais pour apprécier Richardson, il faut embrasser l'ensemble, Tenchaînement, le rapport de toutes les parties. Et cependant, qu'on ne pense pas que je refuse l'ensemble à Shakespeare et les détails à Richardson!

Ce qui offre quelques raisons de cela, c'est que Richardson avait plus de réflexion et Shakespeare plus de sentiment ; pleins l'un et l'autre de grandes richesses, le premier les ordonnait avec calcul , le second les employait par inspiration. Richardson se rendait plus compte de ses idées, Shakespeare en était plus ému. Richardson s'était instruit en cherchant à observer et en raisonnant ensuite. Shakespeare s'était instruit parce que les phénomènes de la nature l'avaient frappé. Il avait plus de ce qu'on appelle ordinairement génie, plus de cet enthousiasme nourri de savoir, de cette imagination riche, pittoresque, énergique et vraie,

de cette sensibilité forte , délicate et originale. Richardson avait toute la force et l'étendue d'esprit qu'il faut pour recueillir et conserver une immensité de notions, sans rien perdre de la liberté d'entendement qui les juge , les ordonne , les considère dans tous leurs rapports. 11 avait toute la liberté d'une tête qui , chargée d'un fardeau énorme, n'en marche avec pas moins de hardiesse et ne perd presque rien de la vigueur de son imagination par le recueil de mémoire qu'elle a rassemblé pour la conduire et la nourrir.

§iv.

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