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CHAPITRE VII

D£ la métaphy^iciiie dans »eH rapiiocts avee Ba littérature.

De la méthaphysiqae.

La métaphysique est la science des principes, c'est-à-dire des vérités générales.

L'observation de la nature fait apercevoir des analogies entre plusieurs individus. Considérer ces êtres sous leurs faces analogues, les réunir , en composer des être collectifs, apercevoir leurs qualités, leurs modifications communes : examiner leurs propriétés semblables , les vérifier, les énoncer, etc., voilà l'œuvre, le rôle, le partage du métaphysicien.

Comme un grand nombre d'êtres ne peuvent se ressembler que par des points, des parties ténues, les idées métaphysiques sont ordinairement abstraites. Cette union ordinaire de l'abstraction à

la métaphysique, les a fait confondre parle grand nombre. On attribue à la métaphysique ce qui n'appartient qu'à l'abstraction, et celte erreur met beaucoup d'obscurité dans les conversations où l'on s'avise d'en traiter.

La métaphysique (1) des êtres en interprète, en découvre les causes, les caractères, les ressorts, les efficacités, en un mot l'esprit.

La saine et profonde philosophie des faits, mène à la métaphysique.

La métaphysique n'est donc pas seulement la science des vérités identiques, la science des vérités générales , la mère des vains raisonnemens théoriques ; elle est une source riche et abondante des plus précieuses vérités pratiques. Mais telle que ces hommes puissans, dangereux par l'énergie même de leurs secours , elle veut être employée par une main sage et savante.

La plupart du temps , en métaphysique, on ne s'en tend pas d'homme à homme, moins de nation à nation , bien moins encore de siècle à siècle. Si, h cet égard, les idées et les opinions des autres nous sont imparfaitement connues, les nôtres se faussent et s'embrouillent par celles que nous leur supposons. Mais sur les idées de ce genre où les passions et la fraude ont répandu les

1) Elle est prise ici pour l'analyse.

voiles et les illusions , combien moins encore on a dû s'entendre !

Il est rare que les premiers auteurs des opinions les aient reçues aussi absurdes quelles le deviennent ensuite.

Les religions, les opinions métaphysiques, les opinions des choses merveilleuses, ont l>eaucoup reçu de pareilles sources.

Su.

Des métaphysiciens.

Les métaphysiciens , les logiciens raisonnent trop , ne sentent et ne considèrent pas assez. Au lieu de se pénétrer de l'objet qu'ils traitent, de la nécessité de le palper, de lapprofondir , ils sont à tourner autour de lui , interrogeant toutes les règles et tous les principes qui y aboutissent par quelque côté.

Leur méthode, qui peut aider à de bons esprits, ne doit jamais être qu'auxiliaire.

L'abstraction rétrécit sans cesse la nature, toujours elle est tentée de la réduire au mode qu'elle considère.

Le métaphysicien , comme le géomètre, par

l'habitude de l'exactitude, de la simplicité, de Tévidence, est gêné dans ces considérations courantes, où il faut juger la nature dans l'ensemble de ses composés, en sommaire, en masse.

§in.

Abus de la métaphysique en littérature, et dans l'usage de la vie.

Quand l'homme envisage toutes choses sous le point de vue métaphysique, quand ses sens , son imagination et son cœur ne sont plus remplis des empreintes de la nature qui l'environne , les ouvrages de l'industrie humaine ne sont plus les imitations de la nature ; le tableau de la société n'a plus de chaleur ni de sentiment.

Alors, plus de poésie, plus de charme, la pensée subjugue tout ; l'imagination même, froide et légère, n'est qu'un météore sans consistance et le plus souvent sans couleur.

L'homme est environné d'une espèce de féei'le triste et vaine ; tout ce qui l'entoure est difficile, artificiel, singulier; mille autres chmières sont dans sa tête ; elles ne le rendront ni plus heureux, ni meilleur, quand, par des effets insensés, il les aura réalisées.

Le sentiment s'éteint ; tout caractère et toute constance fuient ; car ils ne se rencontrent que dans les voies de la nature.

t(' homme devient maniaque , enthousiaste ; il n'existe plus que par la spéculation et l'imagination , et il ne cesse de se remuer convulsivement comme les poissons hors de l'eau.

Si cet abus de la métaphysique devient le goût de l'époque, alors la société se compose d'extravagans , les uns par charlatanisme et les autres de bonne foi ; d'insoucians , dont le grand nombre est égoïste , caché et dépravé, car une telle position des choses mène naturellement à la lassitude, à la torpeur et, enfin, à la corruption. Et le reste , bon par philosophie ou par nature, laisse la société à ses folies, et ne s'occupe que mollement du bonheur du petit cercle qui l'environne.

A peine trouverez-vous , dans cent mille , un homme sage, bon, actif et capable , qui daigne s'occuper encore du salut de la république !

De cette position , qui ne nous attache à rien de naturel, qui ne laisse former aucune habitude, qui ne fait aucun système d'opinion , de goût, de plan de vie , qui nous promène parmi des choses également indifférentes , naît l'esprit de vertige, l'inconstance, la fragilité de tout, les réformes en tout genre.

L'étude métaphysique, devenue générale, por-

tée dans les choses usuelles, qui n'est pas éclairée par l'observation de la nature dans sa marche extérieure et d'ensemble, mais seulement dans son analyse , dans ses lois occultes pour lui dérober ses secrets et rivaliser avec elle, cette étude, portée à l'excès , tend à fausser notre jugement.

Les choses qui nous flattent , nous touchent, nous émeuvent, sont celles que la nature mit d'abord devant nous. Apprenons à en user, cultivonsles, occupons-nous d'en jouir, épurons-les du mélange que les hommes y ont ajouté, rendons-les àleur belle simplicité, mais ne cherchons pointa nous faire un autre monde, car il n'y a de situation facile et commode , il n'y a de vrai bonheur qu'en elles.

Observons plus en grand, attachons-nous aux sciences morales, à la poésie.

Nous trouverons, dans ces études la connaissance du bon, et nous nous accoutumerons à y diriger les autres.

Nous y puiserons de la chaleur, des jouissances et de la vertu.

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