SCÈNE II ALizoN, chambrière — evvertrk
ALIZON
MAIS que tous les Diantres me doit-il auiourd'huy aduenir, que i'ay songé ceste nuit le plus terrible songe du monde? Je ne songe iamais telles follies qu'il ne m'aduienne quelque cas de nouueau, ou quelque tribouUe-mesnage. Si est-ce que i'ay ouy dire autrefois qu'on fait mal de mettre foy à telles choses.
EVVERTRE.
Que fais-tu, Alizon, que tu t'arraisonnes ainsi à part toy i Quand aurons nous la Quasimodo ? Parles tu de la vie des Saincts, ou des playes de S. François ?
ALIZON
Hà, Euuertre, i'estoy sortie pour vous trouver, selon que ie vous auois mandé ce matin.
EVVERTRE.
Et bien, que me veuk-tu dire ?
ALIZON
Mon maistre s'en va tout à cest, heure à la ville,
EWERTRE.
O que tu me fais aise! Et bien comment me feras tu entrer où sera ma Fleurdelys ?
ALIZON
J'ouuriray nostre porte de derrière, deuant laquelle ic vous feray signe, c'est à sçauoir de ma quenouille trois tours, à fin que par cela vous connoissiez quand il sera temps d'entrer par ceste mesme porte.
EVVERTRE.
Il suffit, ie me tiendray prest en la maison d'un mien compaignon vostre voisin. Mais ie crain qu'il n'y ait quelqu'vn chez vous qui puisse destourner mon entreprise. Il me semble qu'il y a vn seruiteuren vostre maison qu'on nomme
Claude, ie serois bien content de ne l'y voir point.
ALIZON
Ne vous chaille : ie m'en depestreray bien. Faudrat-il pas qu'il voise quérir son maistre ?
EVVERTRE.
Alizon, si tu fais cela pour moy, ie sçay bien où est le plus beau demiceint du monde, et la plus belle paire de patinostres que tuveis de ta vie : ie te lesdonneray, outre beaucoup d'autres presens que ie ppurray faire.
ALIZON
Ho, pour cela non force : mais vous redirayie que vous teniez cecy secret, à fin que Fremin ne se doute point de moy 'i
EVVERTRE.
Baste, ie te l'ay tant de fois iuré : mais veu ce que tu me promets, il faut diligenter mes apprestz, car ie n'ay que chommer.
ALIZON
Allez, aussi bien voicy desia Fremin qui sort du logis pour s'en aller.