‹ Œuvres. Publièes d'après des documents inéditsChapitre 11 sur 56 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

FREMiN, Picard — alizon.

FREMIN

ALIZON, tandis que ie m'en vais à la ville pren bien garde sur Fleurdelys, entens-tu ? et ne bouge de la maison. Quand tout est dit, si l'affaire ne me pressoit l'eusse esté content de ne bouger : car le cueur me dit ie ne sçay quoi de mauuais. Quoi que ce soit, ne la laisse point sortir hors du logis.

ALIZON

Ma foy, seigneur Fremin, si vous m'eussiez creu, il y a long temps que vous ne fussiez plus en la crainte et peine où vous estes touchant vostre fille, vous l'eussiez mariée très bien en vn bon lieu que ie vous auois dit. Vous en auez fait à vostre teste : or bien, soit. Mais à qui la pensez-vous marier ? à vn prince, volontiers.

FREMIN

Penses-tu que si i'eusse trouué quelque party raisonnable pour elle, que i'eusse tant délayé? Tu scais bien comme i'en suis sollicité tous les jours, et mesmes d'vn Euuertre, fils de Gérard Gontier, riche citoyen, mais son père ne s'y est pas bonnement accorde.

' ALIZON

Vous en ferez à vostre plaisir : si est-ce qu'en bonne foy il me semble que vous la faites trop leusner.

FREMIN

Il t'est aduis que toutes femmes te ressemblent. Tu m'entens bien,

ALIZON

Mais au rebours, il vous est aduis que tout le monde est aussi froid comme vous.

FREMIN

Il est bien vray que ie ne m'y échauffe pas tant que tu voudrois bien.

ALIZON

Mais, mon dommage, qui presques n'en pouuez plus. Et si vous en faites encor quelquesvns des vostres, c'est si pea souuent que cela ne se doit mettre en ligne de compte.

FREMIN

Or bien laissons cela : si on me demande tu diras que ie suis allé parler au capitaine Chandiou, et que ie ne tarderay guieres.

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