LE MÉDECIN ET LES SVSDITTES
LE MEDECIN
SELON les signes que m'a dit le garçon, ce doit estre icy quelque part son logis. Mais seroitce point bien là la dame que ie cherche.
lAQVELINE.
Ouy, Monsieur, c'est elle.
LE MEDECIN
le suis venu, à vostre mandement, sçauoir ce que vous vouliez de moy.
lAQVELINE.
C'est pour voir ma fille qui se porte mal : et pour ce que ie la veus enuoyer aux champs, i'eusse bien voulu que deuant vous m'eussiez dit à la vérité que c'est qu'elle a, à fin qu'elle se gouuerne selon ce que vous luy aurez ordonné pour sa santé.
NOVRRICE.
Pleust or à Dieu que cestuy-ci deuint tantost aueugle, ou ceste-cv sourde.
LE MEDECIN
De quoy se plaint-elle ?
lAQVELINE.
Rien d'autre chose, sinon qu'elle a perdu l'appétit, et luy prent par fois quelques douleurs d'estomac, quelques euanouissements et tranchées.
LE MEDECIN
Ce ne sera rien, non : toutesfois ie ne vous en sçaurois rien dire à la vérité que premier ie ne l'aye veuë,voireson vrines'il en est question.
lAQVELINE.
C'est bien dit : entron dedans.
LE MEDECIN
Entron : mais le diable y ait part, i'ay oublié mes lunettes.
NOVRRICE.
Ne laissez pas d'entrer. Il n'en faut ia si c'est pour voir la fille, car elle est assez grosse, et par
trop voire. Hélas ! ie gausse icy à part moy, et si n'en ay point d'enuie. Ce beau médecin ne faudra pas de dire que la fille est grosse aussi tost qu'il l'aura veuë. Il a esté mandé si soudam et si à l'impouruiste qu'il ne m'a esté possible de Temboucher.Encor il est nouuellement venu en ces quartiers, et ne cognoist point la fille, de sorte que pensant qu'elle soit mariée, il cuidera bien faire de dire la vérité. Au pis aller ie vas voir ce qu'il fera.