SCÈNE III
CLAVDE ET ALIZON.
CLAVDE.
Pvis que ie ne voy plus personne en la rue est temps de faire le signe que i'ai promis à Filadelfe.
ALIZON
tre.
Puis que Claude et Fremin s'en sont allez, faut que i'aille bailler l'assignation à Euuer-
CLAVDE.
J'ay desia ouuert l'huis de derrière par où ils doyuent entrer.
ALIZON
Je vien tout à point de trouuer nostre huys de derrière deuerouillé par ie ne sçay qui.
CLAVDE.
Qu'est-ce que i'oy parler derrière moy? Hà c'est Alizon, ceste vieille diablesse. Que le diable face maintenant vneanatomie de sa ceruelle : elle me gastera tout.
ALIZON
Ne voye-ie pas là Claude? Hô bon gré en ait ma vie, il me destourbera. .
CLAVDE.
Si faut-il trouuer façon de m'en depestrer vlstement. Vien ça, que fais-tu icy j*
ALIZON
Toy mesmes qu'y fais-tu ?
CLAVDE,
Que veus-tu faire de cette quenouille ?
ALIZON
Et toy, que veus-tu faire de cette torche ?
CLAVDE.
C'est pour aller quérir mon maistre.
ALIZON
Que ne le vais-tu donc quérir, sans aller ainsi tournoyant à l'entour d'icy.
Et toy mesmes, que ne vais-tu (iller auec ta quenouille chez les voisins, comme est ta coustume?
ALIZON
Il ne me plaist pas.
CLAVDE.
O Dieu, cette femme me fera, à peine que ie nedy.
Mais Alizon, ie ne me veuxfascher contre toy. Va t'en et fay ce que ie te dy.
ALIZON
Mais, Claude, ie te dy que ie n'en feray rien.
CLAVDE.
Tu n'en feras donc rien, ô vieille sorcière !
ALIZON
Non, te dis-ie, vilain, infâme.
CLA.VDE.
Et va va, n'as-tu pas esté autrefois pour tout potage vne bonne, tu m'entends bien ?.,.
ALIZON
Dy, dy hardiment. Tu en as menti, meschant, ie ne suis point telle. Par la mercy Dieu, ie te feray desdire cette parolle.
Mot, n'en parlons plus. Ce ne m'est honneur de débattre avec toy. Alizon, ie te prie, va t'en, et me laisse là.
ALIZON
Va t'en toy-mesmes.
CLAVDE.
Si tu me fais vne fois lâcher le manche de ceste torche...
ALIZON
Par la mercy Dieu si tu approches, ie te bailleray si verd dronos (i) de ceste quenouille,..
(i) Dronos, dronas, coups de bâton, en gascon.
CLAVDE.
Par la mort, si tu me fasches, ie te rompray ceste folle et lourde leste ; mais ie suis encor plus fol de m'arrester à elle. Que diable m'en souciay-ie ? Doy-ie dififerer pour elle ce que i'ay entrepris ?
ALIZON
Il s'en va doncques : que fust-il pendu par le col ! Il n'est pas qu'il ne veuille faire quelque diablerie, puis qu'il auoit si grande enuie de me chasser. Tant y a qu'il faut que l'attende qu'il se soit un peu plus esloingné deuant que ie face ce que i'ay promis.