SCENE IIII
FREMIN, ALIZON, lACQVELINE, BENARD.
m yr Ais aussi sçals tu bien que Fleurdelys n'est JVl de rien coupable en cest affaire icy ? ny oy mesmement ?
— Lxxm —
ALIZON
»Ne vous ay-ie tant de fois dit que ce meschant Claude est cause de tout, et que ça esté luy qui les a fait entrer auecques armes dans la maison ?
FREMIN
Si ne puis-ie oster de ma fantasie qu'en ce cas tu n'ayes tint le sac. Et ça esté bien ma faulte de te l'auoir baillée en garde.
ÂLIZON.
Mais plustost de ce que vous auez tant mis à la marier : ie me doutoy tousiours bien qu'il Lçn aduiendroit autant.
FREMIN
Hau, ie t'asseure qu'elle sera mariée au premier qui m'en parlera : ie voudroy seulement avoir trouué ses parents.
lACQVELlNE.
Seigneur Fremin, ne nous sçauriez vous dire ou estPhiladelfe, ce ieune homme qui se tient en ma maison?
FREMIN
Alizon, cestuy là n'est-il pas l'vn de ces deux
ieunes hommes que tu dis auoir esté menez en prison ?
BENARD
En prison, mon fils Filadelfe !
FREMI N
Comment ! ce Filadelfe est-il vostre fils ?
lACQVELINE.
Ouy.
FREMIN
Vrayement, beau Sire, vous auez un gentil fils, bien complexionné, et de bonnes mœurs ! Mieux eust vallu ne l'auoir iamais engendré, veu le scandale qu'il m'a fait auiourd'huy.
BENARD
Hélas, ou suis-ie arriué ! l'entre d'un bourbier en vn autre, et de fiéure en chaud-mal. Tout le monde se plaint de mon fils. Auquel entendray-ie ? Mais dictes moy, pourquoy mon fils est-il prisonnier ?
FREMIN
Mon amy, vostre fîls est à bon droit où ie le demande, ie vous en asseure. De moy il me
fault entrer en ma maison pour y mettre ordre et sçavoir de ma fille la vérité.
BENARD
Hà misérable que ie suis !
ALIZON
Vous auez vn très méchant fils. Il s'est mis en effort de rauir auec gens armez la fille de cestuicy, de laquelle il s'estoit amouraché, il y a bien deux mois.
BENARD
Helàs, me voyla....
lACQVELINE.
Il ne s'est donc point contenté de l'amour deshonneste qu'il a portée à ma fille, sans faire encor l'amour à cestecy, le meschant qu'il est!
ALIZON
Mais ainsi qu'il entroit de force en nostre maison, et qu'il auoit desia mis la main sur la fille, voicy venir Philandre le maistre du Guet qui l'a très bien mené en prison, auec un autre ieune homme qui auoit fait mesme entreprise.
BENARD
Me voyla mort à ce coup.
IAGQ.VEL1NE.
Or mourez quand vous voudrez, iem'en reuois à nostre maison tancer encor ma fille à bon escient, et luy conter ces nouuelles.
BENARD
Attendez encor vn peu, pour vous demander.
lACQVELINE.
le n'ay pas loisir : demeurez icy à parler en l'air si vous voulez.
ALIZON
Il m'en fault aussi en aller : voyla mon maistre qui m'appelle.
BENARD
Hé Dieu ! Dieu de Paradis, que feray-ie? que diray-ie ? de quel costé me tourneray-ie ? Tout ainsi que de toute personne ie suis délaissé, au cas pareil toute consolation, tout espoir, tout confort me délaisse. Ay-ie eschappé tant de fortunes, tant de périls de guerres, tant de ma" Jencontres, pour me voir destruit à iamais, et mon fils deuenu meschant? Qu'est-ce de la perte des biens temporels, d'vne petite fille
perdue à Mets par les guerres, de la mort de ses parens, et de la perte de ses amys, au pris de cecy ! O mauuais fils, bourreau de ma vie et meurtrier de ma renommée ? t'avoy-ie enuoyé en ceste ville pour y faire telles meschancetez ! Maudit soit le iour, l'heure, et le moment que ie t'ay iamais mis au monde? O que cecy deust bien apprendre tous hommes maintenant à ne souhaiter point tant d'auoir enfans, et combien qu'en leur ieune âge ils donnent grande espérance d'eux, il ne fault rien auiourd'huy pour les corrompre. Ha si maintenant i'auois icy ma fille Fleurdelys que i'ay perdue, ce maudit Philadelphe se pourroit bientenirasseuré que ie le reniroys pour fils. Mais puis que ie n'ay plus que luy, ie voy bien que ie seray contraint de pourchasser sa deliurance plustost que de le laisser en ceste sorte : mais ie suis si las qu'à peine puis-ie aduancer vn pied deuant l'autre. Or reuoicy celuy que ie doy courtiser, si ie veux tirer ce meschant de prison.