‹ Œuvres. Publièes d'après des documents inéditsChapitre 39 sur 56 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LA MERE d'emILIE, VNE FANTESQUE.

LA MERE

COURAGE, ma fille : car les sages dames trouuent remède à toute chose fors qu'à la mort Or demourez auecques Dieu. Hâ, misères humaines, à combien d'estranges cas est subiette nostre vie !

(i) Clouer, vieille forme du verbe Clore, enfermer, cacher,

— CLXUI — LÀ FANTESQVE.

En foy de Dieu, qu'on ne deuroit point prendre les marits sans les essayer.

LA MERE

H à beste !

LA FANTESQVE.

Quoy, beste? le dis la vérité. Vous n'achetez chose sans la regarder dedans et dehors plusieurs fois, en sorte que si vous employez vn denier en vn simple fagot, vous le tournez des mains plus de dix fois à le voir et regarder : et les hommes, dont on a tant de besoing, se prennent aueuglettes.

LA MERE

le crois que tu soisyure.

LA FANTESQVE.

Ainçois, ie ne le fus oncq : et connois vne sage mienne voisine qui tint vn ieune homme en son lit toute nuit, plus de treize mois, et en feit toute preuve au possibk, et quand elle l'eut trouué ydoine à tel mestier, elle le donna pour mary à sa fille, qu'elle avoit vnique.

LA MERE

Tay toy, vilaine, as tu point de honte ?

LA FANTESqVE.

Doy-ie donc estre honteuse à vous dire la vérité ? Que s'il n'a fait encor telle expérience de vostre fille, laissez-le essayer à moy : si ie l'essaye ie sçauray bien iuger si Emilie s'en deura contenter.

LA MERE

O vilaine, deshoneste et meschante femme, serre la bouche à la malheure, et me suy.

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