SCÈNE PREMIÈRE
RESTiTVE^ jeune JîUe, et sa nourrice.
RESTITVE.
OR, TV as, ma Nourrice, entièrement ouy le secret de mon cueur, et ce qui causoit mes complainctes, qu'il m'a fallu te découvrir à la fin, ne te pouuant rien celer, quand ie m'efforceroy de ce faire. Mais d'autant que la chose (ainsi que tu peus voir) m'importe, comme celle qui concerne ej mon honneur et presques ma vie, ne t'esmerueille si iusques icy, t'ayant tousiours tenue en suspens, i'ay différé à te la déceler, et si ie te prie encor de la tenir tellement secrette que personne ne s'en puisse seulement douter que tu la saches, pour m'aider après en ce qu'il me sera de besoing.
Vray'ment voire, comme s'il y en auoit d'autres à qui vous la puissiez plus seurement communiquer qu'à vostre Nourrice. Déa, ie ne m'esbahy plus maintenant, si vous faisiez tant de difficulté dé me le dire : aussi je ne sçavoy' que signifioit cela, Restitue, que depuis vn mois en ça vous né faisiez autre chose que de vous plaindre, de vous tourmenter, et de faire des sanglots qu'on eust bien ouy du bout de la ville. Maintenant vous auiez à me dire ie ne sçay quoy, tantost vous ne l'auiez plus, maintenant vous vous rauisiez, tantost vous changiez d'opinion et rechangiez cent fois le iour. Ayant veu le temps que vous et moy menions vne vie ioyeusc, ie croyois que vous feussiez deuenue vne vraye Religieuse, une toute saincte, vne droicte Magdaleine. Aussi comme le monde auoit desia réputation de vous, il ne le faut point dire! «C'est la plus sage, la plus austère, la plus cecy, la plus cela, iamais on ne la voit rire, iamais ne sort de sa maison, iamais n'est amoureuse de personne: » mais à ce que ie voy, c'est bien autre chose qui faisoit que, du premier coup, vous n'osiez me dire vostre maladie de neuf mois. Mais quoy, Restitue? Si n'en faut-il pourtant pleurer,ny se desconforter ainsi..; Et bien, c'est un enfant que vous aurez, Dieu