‹ Œuvres. Publièes d'après des documents inéditsChapitre 41 sur 56 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LEFIZICIEN, CINTHIEN.

LE FIZICIEN.

CINTHIEN, soyez seur que vous ne m'auez rien dit que ie ne sçeusse très bien deuant, et bien que ie montrasse de vous faire des remèdes qui sont salutaires à qui seroit impotent au seruice des Dames, pour cela vos feintises ne m'auoient point induit à croire que vous en eussiez de besoing, ainçois ie m'estois contristé de vos maux et en auois compassion : et bien que vous ne m'en priassiez, si est-ce que tout ce que i'ay fait a esté assez plus fauorable à vostre souhait qu'autrement.

Maistre, si par cy deuant vous m'auez fait du bien, ie vous en suis obligé et vous le veux tousiours estre : et si ne vous en ayant requis, ny connoissant vostre bonne affection, vous m'auez esté fauorable et bienueillant, ores que

ie vous en prie et supplie, si ie suis pour reconnoistre le bienfaict, vous deuez d'autant plus procéder à mon secours.

FIZICIEN.

le le feray moult volontiers et croyez pour certain d'estre deliuré dedans deux iours.

CINTHIEN.

Me voila heureux, si vous le faittes.

FIZICIEN.

le le feray certainement.

CINTHIEN.

S'il vous plaict, dittes moy comment.

FIZICIEN.

Deuant que ie vous le die, ie vous veus prier de ne le communiquer à personne : et si ie l'eusse peu faire sans vostre sçeu, ie l'eusse feiict de meilleur courage.

CINTHIEN.

Si ie vous oblige la foy d'estre secret, craignez vous que ie ne la garde ?

le croy bien que vous ayez maintenant ceste intention, mais soudain que vous serez auec Lauinie, sans vous aduertir, vous le direz : e

n'est pas possible que ce que sçait vne femme se puisse cacher vn iour entier.

CINTHIEN.

Ny a Lauinieny autre ie n'en diray lemoindre mot. N'en ayez doute.

FIZICIEN.

Ainsi le promettez vous ?

CINTHIEN.

le vous le promets et vous en oblige ma foy.

FIZICIEN.

le vous le diray doncques, escoutez moy. Si ie disois à vostre père que vostre mal n'est pas guérissable, à grand'peine le pourrois-ie induire à me croire, pource que les choses qui desplaisent mal volontiers se croient : pource il auroit doute que ie le disse à l'instance d'autruy, ou que j'eusse enuie de ses biens, ou désir de retirer ceste commodité de sa maison : mais ie pense faire ainsi que, ceste prochaine nuit,vous trouuerez en la chambre que quelqu'vn viendra coucher auec Emilie.

Comment le dites vous ?

FIZICIEN.

Que vous trouuerez vn ieune homme qui viendra pour coucher auec Emilie. Ne m'auez vous entendu ?

CINTHIEN.

le m'y trouueray possible moy mesme ?

FIZICIEN.

le dy vn autre sans vous, qui lui donnera abondance de ce que vous luy refusez.

CINTHIEN.

Elle est donc adultère ?

FIZICIEN.

Non est : elle est chaste et très pudique, mais elle sera bien tost iugce adultère du vieillard, et partant vous aurez très iuste excuse auec elle, et auec tout le monde, de diuorce. Et Maxime sera le premier à l'enuoyer à la maison de son père.

CINTHIEN.

Ah, qu'il n'y aye point de scandale et perpétuelle ignominie à la ieune fille.

FIZICIEN.

Et de quoy vous souciez vous, pourveu qu'ils l'ostent de la maison, et que vous soyez asseuré qu'elle n'aye plus à retourner à vous ?

CINTHIEN. «

Cela ne me plaist point.

FIZICIEN.

Laissez m'en seulement la charge.

CINTHIEN.

le ne le veux pas ainsi.

FIZICIEN.

Laissez moy gouverner. Il n'y a point de meilleure, de plus preste, ny de plus expediente voye que ceste cy.

CINTHIEN.

En somme, ie n'y ay point le cueur.

FIZICIEN.

Venez me trouuer en la maison, car par ordre ie vous monstreray qu'il n'y a point icy de danger, ny de scandale, ny de blasme, comme vous imaginez : mais pour exploitter l'affaire seurement, faites que vous me trouuiez, huit et huit, seize, et huit, vint quatre, et après quinze, ce sont quarante cinq, si ie compte bien, septante quatre florins. le les veux fondre en vostre présence, et pource n'ayez aucun doute que ie veuille derobber. le feray trois lames, esquelles on escrira auec certains caractères

certaines oraisons, et soubs le sueil de vostre huis i'en veux cacher l'une, et veux mettre l'autre soubs celuy d'Abondé, et la tierce soubs celuy de la maison où se tient Lauinie. Apres il faut faire trois images, chascune desquelles vaut en soy quinze florins. l'en veux composer une à vostre nom, ie veux que l'autre soit au nom d'Abondé, et l'autre de vostre vieillard : ces trois ie veux tenir en la maison sept heures continues de iour et sept autres continues de nuit, ie les veux conjurer tant que vous verrez dans le terme de trois iours vostre vieillard et aussi Abonde changer tellement de propos que^ sans peine et sans que vous faciez autre chose, ils feront que le mariage n'aura plus de lieu entre eux. Ce soir tenez moy l'or tout prest, et plustost encor s'il est possible.

CINTHIEN.

Fault il bien septante trois florins, et non moins.

FIZICIEN.

Non moins.

CINTHIEN.

D'où pourray-ie prendre auiourd'huy tant d'argent ?

FIZICIEN.

Comment me pensez-vous payer les cinquante florins que vous m'avez promis ?

CINTHIEN.

le vas vendre tout le meuble qu'il y a en la maison de ces miens parens.

FIZICIEN.

Ceuxque vous auez député pour mon payement seront bons pour cest eflfect. Or voy encor de XV autres et xxiij après, et ayant fait l'œuvre, lequel ne passera point le troisième iour, l'en prendray cinquante des miens. Prenez le reste, puis les allez trouuer. Ne perdez temps, que ie puisse ceste nuit fondre l'or et faire les trois lames et autres images.

CINTHIEN.

le feray enhuy ce que ie pourray pour vous les bailler.

FIZICIEN.

Or n'attendez plus : allez et me les tenez prests.

CINTHIEN.

l'y vas. le commence quasi désormais à croire ce qu'il y a ia long temps que croyoit Themole. J'auois en l'esprit de luy donner

quarante escus (i) et par ses paroles il les a fait croistre iusqu'à cinquante, et puis après il m'en veut faire adiouter vint et trois : et au commencement il me disoit qu'il ne les vouloit pas que tout ne fust fait. Il me va monstrant qu'il veut faire des images et des lames d'or. S'il les vouloit prendre,.. Il m'estime bien léger que si facilement ie doyue courir sans autres espérons.

Page 1