SCENE IIII
CAMBIEN, THEMOLE, LE FACQ.VIN.
CAMBIEN.
V yN n'a sceu trouver remède àvn cas si subit.
THEMOLE.
Payez le facqvin, et l'enuoyez au loin, et tost.
Tien voilà vn soul^ fay moyencorvn service.
LE FACQVIN.
Que voulez-vous ?
CAMBIEN.
Va aux Grâces, et di au Vicaire que ie fenuoye à luy pour prendre les flaccons d'huile, dont ie luy parlay hier.
LE FACQVIN,
!1 y a vne lieuë.
CAMBIEN.
Quand il y en auroit trois... Tu ne veux sinon estre payé.
LE FACQVIN.
De la part de qui le demanderay-ie ?
CAMBIEN.
Demande-le de la part du frère de Maxime.
LE FACQVIN.
l'y vas.
CAMBIEN.
Va si loin que tu n'arriues iamais deuant moy. Or verray-ie si ce coffre enchanté sçait bien faire et s'il fait plaisir à la Dame du lit de laquelle on l'approche : car nous le ferons faire à Lauinie, et non pas à Emilie, comme pensoit le Fiziçien.
-» GéH —
THEKTOLE.
Vous parlez bien, mais voulez-vous que ie vous conseille encores mieux.
CAMBIEN.
Ouy bien.
THEMOLE.
AUon et le mettons en pièces et l'enterrons sousvn retraict où le bruslons plustot qu'on n'en oye plus de nouuelle : et s'il advient qu'ils retournent icy auec le facquin et le vueillent redemander, vous pourrez franchement respondre que le facquin ment, et ne sçauent ce qu'ils disent : et leur ouurez les huis qu'ils le cherchent par tout.
CAMBIEN.
Nous nous mettrons en grand hasar de ruiner le coffre, car ie suis certain qu'il est tout plein d'esprits.
THEMOLE.
Vous donnez encores foy à telle sottize, ô homme idiot! Sur moy soit tout le danger. Donnez moy unecoingnée, ie vous feray voiler les esprits en l'air auec les esclas. Mais voicy le vallet du Fizicien qui retourne Mais il ne courra ia icy. Cambien, donnez-luy à mâcher quelque autre bourde et le chassez d'icy. le veux aller la hault, et me délibère de faire qu'ils ne retrouueront plus iamais le coffre.
— cciri — SCÈNE V.
NEBBIE, CAMBTEN.
NEBBIE.
Qv'oN trouve auiourd'huy de gens au monde qui sans aucun proufit prennent plaisir de donner fascherie à cestuy et à celuy. Mais ie suis bien enfant raoy qui me pensois estre maistre à donner une baye, et ie me trouue n'estre encor bon disciple, puis qu'une beste m'a fait courir si sottement. le m'en allois le plus que pouuoient allermespieds,et aueccryet gémissement le m'enquestoisdetousceuxquime rencontroient du lieu où mon misérable maistre gisoit blessé ou tué : et voicy que ie me sens rappeller de sa voix, ie me tourne et le voy aussi sain et entier que ie l'auoy laissé. Il m'interroge si i'auois fait remettre le coffre. De ioye ie ne luy pouuois respondre. A la fin estant retourné à moy, ie luy conte ce que l'affetté m'auoit donné à entendre. Alors luy auec vne grand' honte, dont i'estois bien digne, il me renvoyé chercher le coffre que i'auois laissé en pleine rue, auec si peu d'égard : et ne m'est pas souvenu de dire au Facquin qu'il la portast en la maison de Maxime. l'ay beau me tourner cy autour, ie ne le voy point. Où diable
s'en peut-il estre allé ? Mais cestui-cy,ce croy-ie, m'en pourra bien informer. Qu'est deuenu ce ieune homme qui m'a donné la course ?
CAMBIEN.
Ce ne te doit point estre merveille : car il a coustume de tenir en l'estable des cheuaux barbes et de les faire courir. Et vrayement il l'aura pris en change d'vn cheual.
NEBBIE.
En bonne heure. Possible que ie luy auray quelque fois à rendre ce service. Mais me sçaunez vous dire nouuelle du Facquin, où c'est qu'il a laissé sa charge ?
CAMBIEN.
Il fut un temps en doute où ilauroit à mettre le coffre. Enfin il se résolut de l'aller mettre en Dogane, et de fait y est allé.
NEBBIE.
Ah, l'asne, sot et poltron de Facquin !
CAMBIEN.
Tu le pourras bien atteindre, si tu cours un peu. Cours hardiment , le pris sera à toy. Mais n'est-ce pas icy Abonde? Que ce malheureux vieillart a de ducats !