SCENE IIII
GiLLET, vallet de Filadelfe; filadelfe.
GILLET
VRAYEMENT ie seroy bien un grand sot, pendant que mon maistre demeine une vie amoureuse, si de ma part ie ne me iettois aussi sur l'amour : non point de la sorte qu'il fait, car il est de ces amoureux transis, qui ne s'amusent qu'à vne, et sont deux ou trois ans à
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lanterner, sans qu'à la fin ils viennent au poinct. Auiourd'huy qu'il m'a enuoyé chercher Claude, ie me suis à bon escient ebaudy sur l'amour.
FILADELFE.
Ho voicy mon homme. Je me veulx un peu retirer pour voir sa façon de faire.
GIl^LET.
Car quand i'ay veu que de prime face ie n'ay point rencontré mon homme, ie me suis embarqué très bien en ceste prochaine hostellerie.
FILADELFE.
Voicy mon compte. Par Dieu ie t'en puniray bien.
GILLET
Auquel lieu, après que d'intrade i'ay beu seu" lement six ou sept fois, ie descens en la cuysine (car ie suis plus amoureux d'y estre que les Salamandres dans le feu), ie trouue céans la chambrière de l'hoste, belle comme vn ange.
FILADELFE.
Vrayement voire : c'est une brave damoyzelle.
GILLET
Elle m'a pieu bien fort. Pour le faire court, nous adcordons nos pièces ensemble : car penseroit on qu'il y eut chambrière si huppée et si farouche qui m'osast contre-dire, à moy di-ie qui suis, ie ne diray point?
FILADELFE.
O le beau personnage que c'est !
GILLET
De ma nature, ie ne me veulx point vouer à une seule sainte, et quand ie trouue des chausses de mesmes mon pourpoint, le les prens. Aussi la bonne sourys at-elle pas plus d'un trou à se retirer ? Ainsi par touts les Diables, fault il faire, non point s'amuser, comme les amoureus de Quaresme, à faire l'Alquemie en amour et en tirer la quinte-essence, ei qui se trouuent tousjours après auoir bien fantastique, les mains pleines de vent.
FILADELFE.
Tu parles proprement, ainsi qu'il appartient à un tel homme que tu es.
GILLET
Hà voicy mon maistre. Je changera/ propos, sans faire sçmblant de l'auoir veu,
FILADELFE.
Et viença, pendart, d'où viens tu ?
GILLET
D'où vous m'auiez enuoyé, Monsieur.
FILADELFE.
As tu trouué Claude ?
GILLET
Ouy.
FILADELFE.
Tu as menty, meschant, il m'a dit vne fois qu'il ne t'auoit point veu. Ce galland icy ne bouge des Tauernes, asseure toy qu'auiourd'huy ie te. ..Mais il faultbien deuant faire autre chose. Il m*a fait oublier ce que ie luy voulois dire. J'ay tant d'affaires, que ie ne sçay ausquels attendre. H à voyrement, va t'en chez Camille et François, leur dire ainsi que le iour et l'heure est venue que ie leur auois ditte l'autre iour : partant qu'ils s'en viennent pour l'affaire qu'ils sçauent en la rue prochaine du logis de Fremin, auec tout l'équipage qu'il faut. Cours viste, es tu reuenu ? Que grongnes tu entre tes dents, maraut que tu es ? Ne bouge. Je seroy encor plus beste de bailler quel qu
message à cest yurongne icy. Il vault mieux que l'y voise moy mesmes. Seulement vien me trouuer tantost en la rue, après que tu auras fait quelque prouision d'armes pour toy, à fin qu'en cest affaire icy, tu me serues d'un o en chiffre.
GILLET
Trop bien cela. Monsieur, laissez m'en faire. Corbieu, il n'y a homme plus vaillant que moy. Croyez d'un cas que ie ne demoureray pas des derniers .. s'enten à fuir, si la battaille me baste mal.