CHAPITRE IX
Pour les sécheresses qui arrivent en la méditation.
Avis importants : i° ne pas se troubler; 2" prier vocalement ; 3^ s'humilier; 4" lire quelque livre; 5' se tenir en la présence de Dieu avec beaucoup de respect ; 6° avoir la patience et la persévérance. — Avantages à tirer de la sécheresse d'esprit.^
^^yi^l'iL VOUS arrive, Philothée, de n'avoir point ^i:^^ de goût ni de consolation en la méditaj^%^ I tion , je vous conjure de ne vous point troubler ; mais quelquefois ouvre'^ la porte aux paroles vocales, lamentez-vous sur vous-même à Notre-Seigneur, confessez votre indignité, priez-le qu'il vous soit en aide, baisez son image si vous Tavez, dites-lui ces paroles de Jacob : « Si ne vous « laisserai-je point. Seigneur, que vous ne 7n'aye\ « donné votre bénédiction » (i), ou celles de la Chananéenne : « Oui, Seigneur, je suis une (( chienne, mais les chiens mangent des miettes « delà table de leur maitre » (2).
([) Non te dimittain, nisi bencdixeris viilii. Gen., xxxii, 26, (2) S. Matth., XV, 27.
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Aulj\s fois, pi'euCy un livre en main et le lisez avec attention, jusqu'à ce que votre esprit soit réveillé et reniis en vous ; piqiie-{ quelquefois votre cœur far quelque contenance et mouvement de dévotion extérieure, vous prosternant en terre, croisant les mains sur Testomac, embrassant un crucifix; cela s'entend si vous êtes en quelque lieu retiré (1). Que si par après tout cela vous n'êtes point consolée, pour grande que soit votre sécheresse, ne vous trouble^ point, mais continue^ à vous tenir en une contenance dévote devant votre Dieu. Combien de courtisans y a-t-il qui vont cent fois Tannée en la chambre du Prince, sans espérance de lui parler, mais seulement pour être vus de lui et lui rendre leur devoir ? Ainsi devons-nous venir, ma chère Philothée, à la sainte oraison, purement et simplement, pour rendre notre devoir
(i) On voit par toutes les pieuses industries que suggère le saint Docteur pour éveiller l'esprit et le cœur fatigués de distractions ou de sécheresses dans l'oraison, ce qu'il faut penser des lamentations de tant d'âmes peu éclairées dans les ^•oies de Dieu, sur la prétendue impossibilité où elles sont de bien méditer. Le plus souvent, elles paraissent devant Dieu sans préparation sérieuse; elles apportent des dispositions qui gênent la grâce dans son action sanctifiante, et elles restent là inactives, attendant Dieu, qui les attend. Jamais on n'arrivera à faire oraison, par cette méthode; « les enfants du siècle sont plus prudents dans leurs affaires que les enfants de la lumière»; ils agissent, ils se dépensent, ils font jouer tous les ressorts, ils emploient toutes les influences, ils insistant jusqu'à l'importunité et ne se reposent que quand leur but est atteint. (^uand ces âmes suivront les conseils de saint François de Sales, Dieu, dans l'oraison, ne leur semblera plus constamment sourd; el'.es ne se croiront plus constamment frappées de mutisme ou de paralysie; les sécheresses resteront à litre d'épreuve passagère, mais non d'intirmité chronique.
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et témoigner notre fidélité. Que s'il plaît à la divine Majesté de nous parler et de s'entretenir avec nous par ses saintes inspirations et consolations intérieures, ce nous sera sans doute un grand honneur et un plaisir très-délicieux; mais s'il ne lui plaît pas de nous faire cette grâce, nous laissant là sans nous parler, non plus que s'il ne nous voyait pas et que nous ne fussions pas en sa présence, nous ne devons pourtant pas sortir, /;;j/'5 bien au contraire, nous devons demeurer là devant cette souveraine Bonté, avec un maintien dévotieux et paisible, et lors iniailliblcment il agréera notre patience et remarquera notre assiduité et persévérance ; si bien qu'une autre fois, quand nous reviendrons devant lui, il nous favorisera et s'entretiendra avec nous par SCS consolations, nous faisant voir Taménité de la sainte oraison. Mais quand il ne le ferait pas, contentons-nous, Philothée, que ce nous est un honneur trop plus grand d'être auprès de lui et à sa vue.