‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 30 sur 40 · VI. :n · texte numérisé non relu

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Dans les premiers temps , les exercices par lesquels on se préparait à paraître dans les jeux publics avaient été utiles, en formant des hommes plus robustes, plus agiles, plus adroits; mais bientôt ces exercices ne furent plus que l'apprentissage d'un art futile : un athlète n'était plus un guerrier supérieur par sa force ou son adresse, mais un homme péniblement élevé pour un spectacle public : ce n'était plus un héros disputant le prix de la course sur le char qui l'avait porté au milieu des phalanges ennemies, mais un écuyer faisant honneur à son maître par son talent pour choisir, pour dresser ou conduire des chevaux.

Que l'on oublie la solennité des jeux , la pompe des triomphes, et l'on ne verra plus que des hommes semblables, les uns, à ceux qui nous étonnent dans nos foires par des tours de force, les autres aux cochers du cirque de Constantinople, ou aux jockeis des courses de Newmarket.

Mais, à ce moment, une de ces grandes révolutions si communes en Asie vint changer la politique de la Grèce, étendre les relations des États qui la composaient, compliquer leurs intérêts et donner aux esprits une activité nouvelle.

La nation des Perses, renfermée jus({u'alors dans ses limites, inonda l'Asie occidentale. Cyrus, l'un de ses rois, allié, et bientôt après dominateur des Mèdes, envahit l'Assyrie, la Syrie, la Lydie, l'Arménie et l'Egypte. Ces peuples, amollis par la richesse, avilis par l'esclavage, cédèrent à un peuple brave, exercé aux armes, enduici à la fatigue, et qui,

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iiayanl été ni coiK|iiéiant ni C(jn(|iiis, n'avait point encore connu la servitude. Prescjue toutes les colonies grecques de l'Asie Mineure et des îles voisines de ses côtes furent soumises aux Perses, ou reconnurent leur supériorité par des marques de soumission et par des tiibuts. Aidées par les Athéniens, elles se soulevèrent contre Darius, battirent ses généraux et s'avancèrent jusqu'à la capitale de la Lydie, qu'elles brûlèrent. Darius accabla ces colonies du poids de sa puissance; mais il eut l'adresse de leur rendre l'apparence de la libeité, et même d'y rétablir le gouvernement populaire, (|ui leur rendait plus difficile de former une réunion secrète contre lui. Son orgueil fut blessé de la part que les Athéniens avaient prise à cette guerre, et sa politique lui fit concevoir que les Grecs d'Asie ne seraient pas esclaves si ceux d'Europe restaient libres. Déjà la Thrace et la Macédoine étaient subjuguées; déjà il avait demandé aux Grecs de se soumettre aux mêmes conditions (jue les villes commerçantes des côtes asiatiques; mais il voulut satisfaire sa vengeance contre Athènes avant d'avoir foimé les préparatifs qu'exigeait la conquête entière de la Grèce européenne. Son armée, descendue sur les côtes de l'Attique, fut battue à Marathon, dont sa défaite a immortalisé le nom avec celui de Miltiade. Athènes en eut toute la gloire; la crainte et la jalousie avaient empêché les autres Grecs de la secourir : Platée seule eut la générosité et le courage de joindre mille soldats aux dix mille Athéniens.

Darius, plus irrité encore par ce revers, meurt

avant de pouvoir coinnieiicer son entreprise; elle est suivie par son successeur.

Mais si l'iiabileté du père avait présidé aux préparatifs, l'exécution répondit à l'incapacité et à la lâcheté du fds. Une armée immense , composée des troupes que les rois de Perse entretenaient habituellement et des milices fournies par toutes les provinces de l'empire, passa sur un pont de bateaux le détroit qui sépare i'Euiope de l'Asie. Une flotte, composée des vaisseaux fournis par les villes grecques de l'Asie Mineure, par les îles soumises aux Perses , par l'Egypte , par la Phénicie , c'est-à-dire , par les peuples les plus commerçants et les plus habiles dans la marine, devait suivre les côtes de la Grèce, et fournir des vivres à cette armée, que le petit territoire qu'elle voulait soumettre ne pouvait même nourrir.

Heureusement le génie de Thémistocle avait prévu l'impossibilité de défendre la Grèce contre les Perses, si leurs grandes armées pouvaient y subsister pendant plusieurs campagnes. Depuis longtemps il avait déterminé les Athéniens à créer une marine puissante.

Au moment de l'invasion des Peises , il leur fit embrasser la résolution généreuse d'abandonner leur ville , leurs temples , leurs dieux , les tombeaux de leurs ancêtres; de confier leurs femmes, leuis enfants, leurs vieillards, à la foi, à l'humanité des Grecs, et de chercher leur salut sur leur flotte et dans la défense du Péloponèse. Jamais peut-être les événements de l'histoire n'ont mieux justifié les sages cond)inaisons du talent.

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Une faible armée qui défendait le passage des Tliermopvles , facilement tournée, fut obligée de l'abandonner. C'est là que Léonidas et trois cents Spartiates, restés seuls volontairement , se dévouèrent à une mort ceitaine. On a dit que les lois de Lvcur^ue leur en faisaient un devoir : mais elles défendaient la fuite et non la retraite ; toute l'bistoire de Lacédémone en fournit la preuve. Toute autre explication renferme une absurdité dont il est impossible de croire que Lycurgue ait pu être capable. Mais pourquoi Léonidas préféra-t-il la mort à l'espérance de vaincre ou de sacrifier sa vie avec plus d'utilité? C'est qu'il n'en vit pas de plus grande que de ranimer le courage chancelant des Grecs, et d'abattre l'orgueil qu'inspirait aux Perses le nombre de leurs soldats , en montrant , par un exemple, ce qu'il en coûtait de sujets d'un roi pour triompher d'une poignée d'hommes libres, ^e déshonorons point la gloire d'un héros, en attribuant sa générosité sublime à une obéissance de préjugé pour des lois absurdes.

Thèbes se soumit lâchement an joug des Perses ; Athènes, que sa faible garnison ne pouvait défendre, fut livrée aux flammes. Le Péloponèse était libre encore. Gélon , tyran de Syracuse, le même qui exigea des Carthaginois l'abolition des sacrifices humains , avait cet orgueil qui n'est pas toujours incompatible avec les vertus douces ou généieuses ; il exigeait, pour prix de ses secours, l'honneur de conmiander les Grecs réunis, condition (pii effrayait la liberté, et blessait la dignité de la vieille C^rrèce.

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Mais tanl (jue la flotte préparée par Tbémistocle n'était pas vaincue, l'armée des Perses ne pouvait recevoir les convois d'Asie, seul moyen de subsistance que la prompte dévastation de la Grèce pût lui laisser. En vain la jalousie lacédémonienne voulut-elle rendre inutile cette ressource dont Sparte ne partageait pas la gloire. Xerxès attaqua la flotte , fut vaincu et forcé de ne plus laisser en Europe qu'une partie de ses forces. Les Grecs, levenus d'une première terreur, lui opposèrent bientôt une armée, et la victoire de Platée suftlt pourchasser les Perses de l'Europe.

La bataille de Salamine est un de ces événements si rares dans l'histoire, où le hasard d'un jour décide, pour une longue suite de siècles, des destinées du genre humain. Le petit nombre de vérités dont les Grecs avaient alors enrichi les sciences, leurs progrès naissants dans les arts, leur philosophie indépendante, auraient disparu avec la liberté, à qui seule ils les devaient. Les côtes de la Méditerranée n'auraient conservé sous les vainqueurs qu'une faible indépendance, et le monde, partagé entre les despotes de l'Asie méridionale, les peuplades sauvages de l'Afrique, et les brutes habitants de l'Occident et du Nord, n'eût plus offert qu'une ignorance barbare, ou d'avilissants préjugés; des arts dégradés par la servitude , ou bornés à leur grossièreté première; des mœurs féroces ou corrompues; partout enfin la stupidité et les vices de l'enfance des nations, ou de leur décrépitude.

On ne doit attribuer ces victoires ni au peu de

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bravoure des Perses, ni à leur infériorité dans la lactique. Le pays dont ils liraient leur origine, et les provinces voisines, produisaient alors, et ont constamment produit depuis d'excellents soldats. Les corps de troupes, formés par Cyrus, n'avaient pas eu le temps de dégénérer de cette valeur qui avait subjugué l'Asie, et les détails des batailles de Salamine et de Platée ne prouvent que l'égalité de l'ignorance entre les deux nations rivales.

Quelle fut donc la cause de ces victoires ? L'opiniâtreté de courage que la volonté de maintenir leur indépendance et l'amour de la patrie ajoutaient à la bravoure des Grecs, les vertus d'Aristide, le génie et la grandeur d'âme de Tbémistocle. Il fallut que les cliefs (les Âtbéniens , préférant le salut de la Grèce aux intérêts de leur ambition ou de leur gloire, à la dignité même de leui- patrie, désarmassent l'orgueilleuse jalousie des Spartiates.

C'est donc à l'énergie que donne l'amour de 1 indépendance, c'est à la supériorité de la politique généreuse d'un peuple vraiment libre sur la politique personnelle d'un sénat aristocratique, que la Grèce dut ses triomplies , et que nous devons nos lumières.

ESQUISSE

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