‹ Œuvres. Publiées (volume 3)Chapitre 24 sur 91 · RELIGION CATHOLIQUE. G,Q · texte numérisé non relu

RELIGION CATHOLIQUE. G,Q

rique. Craint-on, pour la tranquillité publique, la diversité des cultes? C'est, au contraire, le seul moven de l'assurer. Bientôt les sectes se subdivisent, et toutes sont prêtes à se réunir contre celle qui voudrait dominer seule. Si l'Europe a été troublée par des guerres religieuses, c'est parce que le système absurde des religions nationales ou exclusives y régnait universellement.

Tels sont les principes aujourd'hui reconnus par tous les hommes éclairés , principes que , dans un autre hémisphère, plusieurs sages républiques ont adoptés. Là, tout citoyen peut suivre la voix de sa conscience dans le choix d'une religion , et contribue sans contrainte aux dépenses du culte de celle qu'il a choisie; et ce peuple, le plus universellement religieux qui existe suria terre, est celui dont la paix est la plus assurée.

Le décret de l'assemblée nationale ne pourrait donc mériter qu'un reproche, celui d'avoir contrarié le premier article de la déclaration des droits , en soumettant une partie des citoyens à payer la dépense d'un culte qu'ils ne professent pas; mais, pour excuser cette atteinte à un acte qui doit être sacré, même pour les législateurs, il suffit de prouver que, par les circonstances du moment, ce privilège exclusif accordé à un culte est utile à ceux même qui le rejettent ; car alors, puisque l'on peut regarder cette dépense comme utile à tous, il est permis de la mettre au nombre de celles que les représentants de la nation ont droit d'exiger des citoyens.

Or, il est aisé de voir que, dans l'état actuel des

100 REllGIOW CATH01 loi | .

esprits, on aurait plutôt augmenté que diminué le pouvoir du fanatisme, si, au lieu dépaver sur le revenu public les ministres de la religion romaine, qui l'étaient auparavant sur des domaines nationaux, on avait laissé à chaque individu la liberté de contribuer volontairement aux frais du culte. Ainsi, ce n'est point aux fiais du culte de l'Église romaine que l'on oblige les non-catholiques de contribuer; c'est au maintien de l'ordre et de la paix, à celui de leur propre tranquillité.

Que les actes qui constatent la naissance, le mariage , la mort des citoyens, soient soustraits à une autorité étrangère, et ne reçoivent leur authenticité (pie d'officiers civils établis par la loi ;

Que la morale fasse partie d'une éducation publique commune à toutes les classes de citoyens;

Que l'on écarte avec soin de cette éducation toute influence sacerdotale;

Que les prêtres nous exhortent à remplir nos devoirs, mais ne prétendent plus au droit d'en fixer l'étendue et les limites ;

Que l'assemblée nationale daigne joindre ces bienfaits à tant d'autres :

Alors nous verrons disparaître peu à peu les obstacles qui s'opposent encore à la jouissance entière de nos droits, et nous bénirons ceux qui ont su, au milieu des clameurs du fanatisme expirant, se démêler des pièges de l'hypocrisie et concilier la paix avec la justice.

Remarquons (pie, en Angleterre comme en France, 011 a soutenu dans le même temps, et par les mêmes

RELIGION CATHOLIQUE. l-Ol

arguments , l'utilité d'une religion nationale plus ou moins exclusive. A mesure que le fanatisme s'est affaibli , on a quitté son langage pour celui de l'hypocrisie. Ce vers de Mahomet :

« Ou véritable ou faux, mon culte est nécessaire. »

a passé du théâtre dans les sermons, dans les instructions pastorales, dans les débats politiques. On ne rougit plus d'avouer, avec plus ou moins de franchise, la bénigne intention de tromper les hommes pour leur bien.

Mais défions-nous de cette aristocratie qu'on veut établir entre les esprits, et qui partagerait les nations en deux classes, celle des dupes et celle des hypocrites, et toujours celle des esclaves et celle des maîtres. Quel est le motif secret des zélateurs de cette doctrine, dans les pays où les suffrages du peuple confèrent les places les plus importantes? C'est le désir d'avoir un moyen de diminuer le nombre des concurrents, et surtout de pouvoir écarter, en accusant leurs opinions, ceux dont on n'ose même calomnier la conduite. Tout l'avantage est alors pour ceux qui n'ont jamais que les opinions utiles à leurs intérêts; c'est une chance de plus pour les gens habiles contre les hommes éclairés.

En ce moment un nouveau danger nous menace; on n'a rien fait en ôlant au clergé ses richesses. Un clergé pauvre et austère n'en est que plus dangereux. La passion de dominer lui reste seule, elle s'accroît de tous les sacrifices , elle s'irrite par la

IO-2 RKLIGION CATHOLIQUE.

contrainte <|u 'impose l'hypocrisie. Le clergé presbytérien d'Ecosse était pauvre au seizième siècle , et jamais le clergé romain, clans tout l'éclat de sa richesse et de sa puissance, n'exerça sur les actions privées des citoyens une inquisition plus odieuse, une plus dure tyrannie. C'est par de pauvres pasteurs queServet fut livré aux flammes. Ils étaient pauvres ces moines qui répandirent le sang dans Alexandrie pour les querelles d'Athanase et d'Anus, de Cyrille et d'Oreste. Si le clergé continue de faire un corps, c'est-àdire, si on institue des assemblées de prêtres; si on établit des maisons destinées exclusivement à l'éducation des prêtres ; si on établit dans chaque ville épiscopale , dans chaque paroisse même, de petites congrégations de prêtres célibataires obligés de cabaler sous peine de mourir d'ennui ; si on force les citoyens à n'élire pour évêques que des curés, pour curés que des vicaires, ce système, sans doute inspiré sur le tombeau de saint Diacre , fera du nouveau clergé un corps redoutable à la liberté , et d'autant pins dangereux, que seul il restera debout sur les débris de tous les autres. Au lieu d'une constitution libre , l'assemblée nationale ne nous aura donné en effet qu'une théocratie presbytérienne, une aristocratie monacale. Déjà, lorsqu'on a proscrit ces vœux contraires à la nature, on a eu soin de conserver ce qu'on appelle des congrégations libres, et qui sont des corps perpétuels : eux seuls conservent encore des biens ecclésiastiques, et en supprimant les Capucins et les Minimes, on s'est ménagé L'espérance de voir la Fiance inondée d'Oratoriens et de Doclri-

RELIGION CATHOLIQUE. I o3

naires; on a détruit ce qui était inutile, mais on a protégé ce qui pouvait devenir dangereux.

Toute religion doit être libre dans la constitution de son clergé, dans sa discipline, dans son culte comme dans ses dogmes. Le pouvoir de l'autorité civile se borne à réprimer ce qui serait contraire aux droits des citoyens. Mais quand la puissance publique salarie aux dépens de la nation les ministres d'un culte, elle acquiert le droit de leur donner une constitution qui les rende utiles, qui les empêche de nuire ; elle en a même contracté l'obligation, puisqu'elle ne peut imposer aux citoyens que les dépenses qui servent à l'utilité commune. Ainsi l'unique but d'une constitution ecclésiastique , donnée par les représentants de la nation , doit être d'empêcher les ministres de la religion de former un corps dans l'État, de contracter un esprit particulier : surtout s'ils enseignent la morale, la constitution doit les empêcher de former un système de morale théocratique calculé sur leurs intérêts, qui, au lieu de se perfectionner par le progrès delà raison humaine, tende au contraire à la retarder ou à l'égarer, et qui ait pour objet , non d'éclairer les hommes sur leurs devoirs, mais de les gouverner par les terreurs de la conscience.

DES LOIS CONSTITUTIONNELLES

SUR

Page 1