SUR LES ÉMIGRANTS
pûtes alors étrangers, ne pourraient rentrer dans leurs droits de citoyens actifs, que de la même manière dont les étrangers peuvent les acquérir; les récompenses pour services rendus leur seraient conservées; car leurs services n'en existent pas moins, et une erreur ne peut en effacer la mémoire. Ils continueraient de jouir des traitements accordés comme indemnités, comme retraite; car leur renonciation à la patrie n'est pas un délit.
Mais ils doivent perdre et les grades militaires qu'ils peuvent avoir acquis, et le droit qu'ils peuvent avoir à un remplacement.
Toutes ces privations sont une suite nécessaire de la qualité d'étranger; et l'on conviendra, sans doute, que l'homme qui a refusé d'adopter la constitution de sa patrie ne peut exiger qu'elle le regarde comme lui appartenant encore.
Ceux enfin qui dédaigneront de faire la déclaration demandée seront censés avoir des intentions hostiles; et certes, puisqu'ils ont refusé de les désavouer, on peut, sans injustice, les en reconnaître coupables. On ne peut les punir, sans doute; car il faudrait qu'ils eussent été jugés, il faudrait qu'un délit formel pût leur être imputé ; mais une intention ennemie, non désavouée, et sur laquelle on ne peut avoir de doute, donne le droit d'enlever les moyens de nuire. Prétendre qu'il faut les leur laisser, parce que le crime n'est pas consommé, ce serait dire que, pour désarmer son ennemi, il faut attendre qu'il vous ait assassiné. Ainsi, quant à ceux qui refuseront cette promesse de ne pas se rendre coupables,
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Ja nation peut, sans injustice, les priver de la disposition de toute espèce de revenus, de toute espèce de fonds existant en Fiance. Quel serait donc l'effet de l'indulgence que la faiblesse ou la perfidie pourraient réclamer en leur faveur, sinon de conserver à nos ennemis le pouvoir de troubler notre repos, de leur réserver précieusement les moyens, non de nous faire la guerre, non de payer une armée, non de soulever les nations, mais d'acheter contre nous des ennemis à la cour des despotes, dans les bureaux de leurs ministres; mais de continuer cette distribution systématique de mensonges , de fausses nouvelles, de calomnies, source première des vexations que les citoyens français ont éprouvées; mais de désorganiser sans cesse notre aimée, d'y corrompre la discipline, de soudoyer l'hypocrisie de nos piètres séditieux; mais d'établir enfin des manufactures où l'on puisse exercer en grand l'art des faussaires? car ces hommes qui nous parlent sans cesse de l'honneur, ne dédaignent aucune bassesse, pourvu qu'elle puisse servir la noble cause du fanatisme et de la tyrannie.
Offrons-leur encore une fois le moven de cesser d'être nos ennemis; mais, s'ils s'obstinent à fètre, de vains ménagements deviendraient une faiblesse ou plutôt un crime : et de quel droit , par pitié pour des hommes méprisables, sacrifierions-nous la sûreté de nos commettants, exposés, lorsque le besoin les appelle dans les pays étrangers, aux outrages de celte horde insolente et barbare?
Mais quel scia l'effet de ces mesures de rigueur qui,
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justes en elles-mêmes, ont cependant encore besoin d'être justifiées par leur utilité?
Sans doute, elles auraient été inutiles, si, dès les premiers temps de la révolution, le ministre des affaires étrangères eût parlé le langage qui convient à l'agent d'une grande nation; si, par exemple, il n'eût pas souffert qu'au moment où la France, agitée par des troubles, fatiguée du désordre de ses finances, oubliait ses propres maux pour secourir l'Espagne menacée, cette même puissance osât refuser tout autre ambassadeur que celui dont une trop juste défiance avait exigé la destitution ; s'il ne se fût pas rendu complice des maux que le fanatisme nous fait aujourd'hui, en laissant un cardinal chargé de soutenir à Rome la cause de la raison et de la liberté ; si, aux premières insultes faites à des individus de la nation française, il eût osé déployer toute la hauteur d'un peuple libre, qui demande justice au nom de la nature outragée.
Si nos envoyés chez les puissances étrangères, ennemis couverts ou même publics de la révolution, et conservant dans leurs places une immobilité scandaleuse, n'y avaient établi l'opinion qu'il se préparait une révolution contraire; si, pour les remplacements , on n'avait pas affecté de chercher les hommes qu'il était le plus impossible de soupçonner de ne point haïr la liberté; si la conduite du gouvernement n'avait pas sans cesse excité une juste défiance; si les premiers défenseurs des droits du peuple n'avaient pas mérité le soupçon d'en avoir abandonné la cause; si aucun indice n'avait annoncé
une connivence coupable entre Paris et Coblentz, alors, sans doute, la clémence eût pu ne paraître que l'effet de la bonté naturelle au peuple français, et du sentiment de ses forces; mais aujourd'hui elle ne serait que faiblesse; elle réveillerait toutes les défiances, elle fortifierait tous les soupçons.
Notre gouvernement nous a fait dévorer trop d'outrages; sa timidité, son incertitude nous ont trop montrés à l'Europe comme les jouets d'une intrigue dont les fils nous étaient cachés, pour qu'il soit possible de céder au mouvement qui nous porte à l'indulgence. Que le nom français soit respecté, qu'on rende enfin justice au peuple généreux que nous représentons, et c'est alors seulement que, sans le trahir, il pourra nous être permis de pardonner en son nom.
C'est de notre conduite envers cette lie de la nation, qui ose encore s'en nommer l'élite, que dépend l'opinion des nations étrangères, si nécessaire au succès de nos travaux. Soyez modérés et justes, mais fermes, vous serez respectés par elles; mais, si vous suivez les mouvements d'une juste indignation, on vous croira faibles ; si vous accordez un pardon qu'on ne vous demande point, on vous croira, ou dupes de l'artifice de vos ennemis, ou dominés par une influence secrète, et plus occupés des intérêts d'une famille que du salut d'un grand peuple.
D'autres considérations me paraissent devoir encore vous déterminera prendre ces mêmes mesures.
Un grand nombre d'émigrants n'a, pour la constitution française, qu'une aversion fondée sur d'an-