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eux-mêmes, ici par le fanatisme, là par la crainte des agitations intérieures. Mais si on eût averti ces mêmes puissances de leurs vrais intérêts, croit-on qu'elles eussent continué de les sacrifier à des passions insensées , à des craintes puériles ? Croit-on qu'elles eussent persisté à s'unir avec leurs ennemis , pour se priver de l'appui qui, depuis deux siècles, les a préservées de la tyrannie autrichienne, et qui seul peut les en préserver encore ?
En un mot, pouvons-nous avoir d'autres ennemis que les ministres qui méditent des usurpations ou des conquêtes ?
Si donc il s'est formé un orage contre nous, c'est par la nullité absolue de nos négociations, c'est par la négligence , le défaut de vues, l'inactivité stupide ou coupable de notre ministère.
Une conduite contraire peut seule le dissiper.
Vous avez juré de mourir plutôt que de laisser porter la plus légère atteinte à votre indépendance, et ce serment sera répété par la nation entière. 1! n'est que celui de maintenir la constitution; car la constitution elle-même a compris, parmi les droits du peuple français , celui de la changer.
Mais, si la guerre doit être notre seule réponse à une ligue de rois qui voudraient nous forcer à modifier nos lois, parce qu'elles blessent leur orgueil ou la vanité de leurs esclaves, chaque puissance doit nous voir toujours disposés à la paix, toujours prêts à former une alliance digne d'elle et de nous, digne d'un siècle éclairé et d'un peuple libre.
Sans doute les bases d'après lesquelles ces allian-
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ces seraient formées ressembleraient bien peu à celles de nos anciens traités.
Des vues d'ambition , des animosités de rois , et même de ministres, de favoris, de maîtresses, présidaient à ces unions du moment , préparées par l'intrigue et formées par la défiance. Aujourd'hui l'intérêt commun de deux nations doit seul en être le motif et en garantir la durée. Elles avaient pour objet l'affaiblissement ou la ruine d'une autre puissance, la conquête d'une province, ou d'un monopole de commerce; elles ne doivent plus servir qu'à étendre sur des peuples différents cette communauté d'intérêts qui unit les citoyens d'une même patrie, qu'à ouvrir à l'industrie et à l'activité de chacun d'eux une carrière plus vaste et plus libre, qu'à détruire par une convention combinée avec franchise et jurée de bonne foi , ces barrières élevées entre les nations par des intérêts mal entendus, et plus souvent encore par le souvenir d'anciennes entreprises, ou par la mauvaise habitude de se faire, pendant la paix, une guerre de trahison et de mensonges. Comment de tels traités proposés par une nation à qui le texte des lois constitutionnelles interdit toute conquête, à qui, par la forme de sa constitution, toute politique astucieuse est impossible , ne seraient-ils pas acceptés par des gouvernements qui ne voudraient que la paix, l'indépendance et la prospérité ?
Comment les nations n'écouteraient-elles pas la France, qui dirait à chacune d'elles : J'ai fondé sur la justice cl sur la raison seules, les lois qui unissent
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les citoyens français; cherchons ensemble, d'après la raison et la justice, celles qui doivent nous unir.
La liberté et l'égalité sont la base de la constitution ; qu'elles soient aussi celle de nos traités. La nature n'a point voulu , sans doute, que les intérêts des nations fussent opposés entre eux; montrezmoi cet intérêt commun qui doit nous réunir, et qu'entre nous il devienne le lien d'une éternelle fraternité.
Forts de notre amour de la liberté, de la justice de notre cause , de la pureté de nos intentions, nous sommes trop au-dessus de cet orgueil qui nous conseillerait d'attendre et non de chercher des alliés ; et puisqu'en nous attaquant, en projetant de nous amener à de honteuses transactions, c'est au droit de l'humanité entière qu'on veut déclarer la guerre, pourquoi n'irions-nous point partout où il y a des hommes, leur dénoncer les complots tramés contre leur liberté , leur indépendance et leur bonheur ?
Mais ces nouveaux principes doivent être portés par des hommes nouveaux, par des hommes pour qui la langue de la liberté ne soit pas une langue étrangère, qu'ils ne parlent qu'à regret; des hommes dont les discours particuliers ne démentent point les discours officiels ; qu'on ne soupçonnera point de suivre des instructions secrètes, contraires à leurs instructions connues, et que l'on croirait encore, quand bien même les amis du ministre contrediraient publiquement l'objet de leur mission ; des hommes, enfin , dont les principes et la conduite, dans le cours de la révolution , puissent répondre au
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peuple «pi ils seront loin de lui ce qu ils étaient en sa présence, et qu'ils n'ont pas besoin d'agir sous ses yeux, d'être contenus par sa censure pour demeurer fidèles à la cause de la liberté.
Seuls entre les nations qui ont brisé leurs fers, les Français , en changeant leur constitution , ont conservé leur gouvernement; leur généreuse confiance ne sera point trompée ; et le roi des Français est digne, sans doute, de montrer à la nation que lui seul nous est resté , et que cette phalange corrompue, qui l'a trop longtemps séparé du peuple, s'est évanouie tout entière, comme l'inégalité et la servitude.
Voici le projet de décret que j'ai l'honneur de proposer à l'assemblée :
L'assemblée nationale, considérant combien il importe à la sûreté de la France d'avoir une connaissance certaine des dispositions des puissances de l'Europe, de leur manifester non-seulement les principes généraux de la politique loyale et franche qu'elle veut suivie à l'égard de tous les peuples, mais les conséquences particulières de ces principes qui doivent régler ses relations avec chacun d'eux ; considérant combien elle doit chercher à convaincre toutes les nations qu'un même intérêt doit les réunir contre des atteintes que, sous divers prétextes, on voudrait porter à l'indépendance de notre constitution ; à leur montrer, surtout dans l'état actuel des esprits, les dangers d'une protection accordée à des citoyens révoltés contre les Lois de leur pays; à leur faire sentir, enfin, les avantages qui peuvenl égale-
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ment résulter, pour chacune d'elles, d'alliances formées avec la France, non pour soutenir des projets d'ambition particulière, mais pour conserver la paix, pour s'assurer les avantages que chaque pays peut espérer de son industrie et de son commerce;
Déclare que le roi sera prié d'envoyer auprès des puissances étrangères des hommes dignes de la confiance du peuple , et chargés de s'assurer des dispositions de chacune; de faire connaître les principes et les vues de la France; de détruire l'effet des fausses insinuations répandues par ses ennemis; de proposer, enfin, de négocier les traités d'alliance, de commerce et de garantie qui peuvent assurer la paix générale, l'indépendance de chaque nation et la prospérité commune des citoyens de chaque empire.