CIRCULATION DES SUBSISTANCES
Des inquiétudes sur les subsistances se sont manifestées dans plusieurs départements ; l'assemblée nationale s'est assurée qu'elles n'avaient point de fondement réel, que les secours du commerce intérieur suffiraient pour faire disparaître une rareté locale et momentanée, et que ceux du commerce extérieur, préparés par les administrations, achèveraient de dissiper jusqu'à l'ombre du danger.
Cependant elle a vu avec douleur, dans quelques endroits , les citoyens trompés s'opposer à la liberté que les lois de l'assemblée constituante avaient rétablie , et, en arrêtant la circulation, en effrayant le commerce , produire réellement le mal dont la crainte peu fondée avait égaré leur patriotisme.
Elle a pensé qu'il était digne des représentants d'un peuple libre d'instruire les citoyens par la raison , toutes les fois qu'elle était forcée de les contenir par des lois, et qu'à l'égard de ceux qui , par erreur, avaient troublé l'ordre public , son premier devoir était de les éclairer.
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D'ailleurs, les inquiétudes sur les subsistances, comme les'Tausses opinions sur la comparaison des contributions nouvelles et des anciennes impositions, comme ies erreurs sur les prétendues atteintes portées à la religion, comme les craintes sur la situation des finances, ne sont pas en ce moment l'effet des préjugés isolés de quelques hommes qui les communiquent autour d'eux, ou dune ignorance si excusable, après tant de siècles de servitude, et encore si peu d'années de liberté.
Toutes sont le fruit d'un complot formé pour égarer le peuple , le fatiguer par ses propres mouvements, affaiblir sa confiance dans ses représentants, parce que cette confiance est le seul moyen de conserver la paix, l'unique rempart de la constitution. Vingt partis divisés entre eux d'opinions et d'intérêts, mais réunis dans un même but, emploient les fncmes moyens : tous s'accordent pour détruire cette confiance, parce qu'elle rend également impossibles tous les projets d'ambition particulière , toutes les espérances de despotisme religieux ou politique, tous les systèmes d'inégalité;
Il faut donc opposer la lumière à ceux qui ne peu- \riit espérer de combattre avec succès que dans les ténèbres, et faire entendre au sens , naturellement juste et droit du peuple, le langage de la vérité, lorsque ses ennemis parlent, à ses préjugés et à ses passions , celui de l'erreur.
Le Bol de la fiance produit plus de grains qu'il n'en faut pour la consommation de ses habitants; rarement même, dans les mauvaises années . la ré-
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coite tombe - t - elle au-dessous du nécessaire, el presque toujours les grains réservés de l'année précédente seraient plus que suffisants.
Mais ces grains ne sont pas répartis avec égalité : tel canton en a une quantité surabondante, tel autre en manque, soit habituellement, parce que la terre y est employée à une autre culture, soit par l'effet de l'intempérie de l'année.
Le blé , même lorsqu'il est cher, a une très-petite valeur par rapport à son poids, et , par conséquent, les frais de transport par terre en augmentent le prix dans une proportion qui ne permet pas de l'employer pour de grandes distances. Ainsi, cet équilibre , cette compensation établie par la nature entre les diverses années et les différents sols , mais qui n'existe que pour un grand pays, pour la France, par exemple, n'offrirait qu'une ressource insuffisante, si l'on était borné à ce seul moyen de transport.
Des communications par eau, multipliées dans l'intérieur, et bien combinées, feront disparaître cet obstacle à une distribution de subsistances constamment égale.
L'assemblée nationale s'occupe de cet objet important ; mais l'effet de ses travaux ne pourra devenir sensible qu'après un certain nombre d'années.
Le transport par mer peut y suppléer pour, les départements qui ne sont pas éloignés des côtes, ou qui se trouvent placés le long des rivières navigables; et c'est une ressource précieuse dont il importe au salut public d'augmenter l'étendue, bien loin de cher-
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cher à la restreindre par des craintes chimériques.
Mais ce n'est pas assez qu'il existe des grains, que le transport en soit possible, il faut que, pour tous les lieux où le besoin se fait sentir , les secours soient préparés et puissent s'y porter avec rapidité.
Un commerce libre, auquel des négociants honnêtes pourraient se livrer sans crainte d'éprouver des obstacles ou d'encourir la haine du peuple , en est le moyen le plus sûr.
Par le tableau des prix , par la connaissance qu'ils ont des moyens de transport, ils jugent des cantons où la denrée est surabondante , de ceux où elle est rare, et ils savent comment on peut l'y transporter. La concurrence les oblige de borner leurs profits ; la nécessité de retirer leurs fonds, la crainte de voir leurs blés se détériorer , et d'autres négociants en offrir à un moindre prix, les force à vendre prompte m en t.
Le commerce libre a un autre avantage non moins important : c'est qu'il n'attend point , pour agir , le moment du besoin , qu'il se prépare d'avance , qu'il est déjà prêt lorsque le besoin se déclare. L'expérience a prouvé qu'aucune mesure administrative ne peut le remplacer, ne peut agir avec la même activité , la même économie , la même sûreté.
Ge qui importe vraiment aux citoyens pauvres, ce n'est pas de payer le blé très-bon marché, mais de le payer toujours à peu près le même prix. C'est sur le [>ii\ commun ordinaire du blé que1 se règle celui des salaires; il ne peut suivre les variations momentanées, <>u même au miel les , du prix des sûb-