MIRACLES
Sur les trois miracles qui s'opèrent à Naples , quand le sang de saint Janvier, de saint Jean-Baptiste et de saint Etienne , conservé dans des bouteilles , se liquéfie étant approché de leurs têtes (i).
Ces superstitions ne nous paraissent pas aussi indifférentes qu'à M. de Voltaire. Comme le miracle réussit ou manque au gré du charlatan qui est chargé de le faire, et que le peuple entre en fureur lorsqu'il ne réussit pas, le clergé de Naples a le pouvoir d'exciter à son gré des séditions, parmi une populace nombreuse, dénuée de toute morale, que le sang n'effraye pas, et qui n'a rien à perdre. En sorte que la cérémonie de la liquéfaction met absolument le gouvernement de JNaples dans la dépendance des prêtres. Toute réforme, toute loi qui déplaît aux prêtres , devient impossible à établir. Il faudrait éclairer le peuple; mais si un ministre était soupçonné d'en avoii- l'idée, le miracle manquerait, et il se verrait exposé à toute la fureur du peuple.
Un seigneur napolitain avait imaginé de faire le miracle chez lui : ce moyen était un des plus sûrs pour le faire tomber; mais le gouvernement eut peur des prêtres, et on lui défendit de continuer. Son se^
(i) Voltaire, tome XIX, p. -iid.
cret se trouve décrit dans les Mémoires de Vacadémie des sciences de Paris, 1757; mais il n'est pas sûr que ce soit exactement le même que celui des prêtres.
Espérons qu'un archevêque de Waples aura quelque jour assez de véritable piété et de courage, pour avouer que ses prédécesseurs et son clergé ont abusé de la crédulité du peuple, pour révélei- toute la fraude, et en exposer le secret au grand jour.
Il est bon de savoir que, si le miracle est retardé, il arrive souvent que le peuple s'en prend aux étrangers qui se trouvent dans l'église, et qu'il soupçonne d'être des hérétiques. Alors ils sont obligés de se retirer, et quelquefois le peuple les poursuit à coups de pierres. Il n'y a pas quinze ans que M. le prince de S. et M. le comte de C. essuyèrent ce traitement, sans se l'être attiré par aucune indiscrétion.
MONADES (sur le système des) (i).
Ce qu'on appelle le système des monades est, à plusieurs égards, la manière la plus simple de concevoir une grande paitie des phénomènes que nous présente l'observation des êtres sensibles et intelligents. En supposant en effet à tous les êtres une égale capacité d'avoir des idées, en faisant dépendre toute la différence entre eux de leurs rapports avec les autres objets, on conçoit très-bien comment il peut se produire à chaque instant un grand nombre
(i) Voltaire , tome XXX , p. ii8.
d'élres nouveaux, uyaiil la conscience distincte du moi, comment ce sentiment peut cesser d'exister sans que rien soit anéanti, se réveiller après avoir été suspendu pendant des intervalles plus ou moins longs, etc., etc.