SUR LE DESPOTISME
qui pourraient s'assembler pour leurs intérêts communs, suivant une forme régulière, et de faire les dernières subdivisions assez petites. Les petites assemblées de citoyens réunis sans distinction de rang et de profession , sont en général le seul moyen juste et en même temps le plus sur d'empêcher les associations spontanées de troubler la tranquillité publique.
Pour diminuer l'ignorance, il faut rendre la liberté à la presse, et multiplier des secours bien dirigés d'éducation publique. Ces secours manquent au peuple dans presque tous les pays où , dirigées par les ministres de la religion , les institutions se bornent / à faire entrer dans l'esprit du peuple les idées propres j à maintenir la puissance sacerdotale. La liberté de la \ presse est encore un moyen de diminuer l'ignoiance et les préjugés du peuple, non en l'instruisant immédiatement, mais en répandant des lumières dans la classe supérieure la plus voisine , et surtout en empêchant les gens intéressés à tromper le peuple, de l'entretenir dans ses préjugés. Il est rare, quand il se soulève, que ce ne soit pas contre ses véritables intérêts; on en pourrait citer des exemples anciens et récents. La férocité nait de l'ignorance, de la misère, de la dureté des lois criminelles, de l'insolence des classes privilégiées; et dès lors on voit comment on peut la détruire.
Ces simples observations suffisent pour montrer combien ceux qui croient qu'ils détruiraient réelle-
ine-nt le despotisme en détruisant les ordres ai-bitraires du gouvernement, sont éloignés de connaître toute l'étendue de ce fléau. En parlant toujours de poids à opposer h ce despotisme, ils oublient que lui-même sert de contre-poids aux autres, et que, pour être conséquents, ils devaient en désirer la conservation.
xvn.
Il ne faut pas confondre le despotisme avec la tyrannie. On doit entendre par ce mot toute violation du droit des hommes, faite par la loi au nom de la puissance publi(|ue. Elle peut exister même indépendamment du despotisme. Le despotisme est l'usage ou l'abus d'un pouvoir illégitime, d'un pouvoir qui n'émane point de la nation ou des représentants de la nation ; la tyrannie est la violation d'un droit naturel exercé par un pouvoir légitime ou illégitime.
Supposons dans le xiv^, le xv*", lexvi", et même le xvn'' siècle, une républicpie très-bien ordonnée, où les représentants du peuple eussent pu également s'opposer à l'établissement des lois nouvelles, et forcer à la réforme des anciennes; supposons qu'aucun des pouvoirs établis par ces lois n'eût pu ni les violer, ni exercer sur les représentants du peuple une force qui gênât leur liberté, on n'en aurait pas moins fait dans cette république des lois pénales contre les hérétiques; ce qu'on nomme sacrilège ou blasphème V aurait été mis au rang des crimes capitaux. Dans ces siècles, et même dans celui-ci, on aurait gêné l'industrie et le commerce par des lois prohibitives.