‹ Œuvres. Publiées (volume 5)Chapitre 40 sur 80 · LETTRKS D UN GENTILHOMME, ETC · texte numérisé non relu

LETTRKS D UN GENTILHOMME, ETC

la raison. On peut exiger, par exemple, (|ue la France soit divisée en trente provinces environ . ou en soixante; que chaque province le soit en lel nombre de parties; qu'aucune communauté de campagne ne soit au-dessus de douze mille ou au-dessous de trois, de quatre mille habitants; que le chef-lieu d'un canton ne soit éloigné des extrémités que d'une journée d'homme à pied, tout au plus.

4" Que tant qu'il sid^sistera des différences dans les coutumes judiciaires , dans la perception des impôts, on n'augmente pas le désordre produit par ces ridicules difféieuces, en liant ensemble des paroisses de différente coutume, de différent légime.

\insi le moyen le plus juste, peut-être, serait de demander à chaque paroisse à quelles autres paroisses elle veut s'associer pour former une connïuinaulé; à quel district, formant partie d'une province, elle veut appartenir; à quelle province elle veut s'unir ; enfin si elle préfère de faire partie d'une grande province, ou si elle aime mieux qu'on la partage en plusieurs divisions. On soumettrait ensuite ces réponses à l'examen d'un comité formé par les états généraux , et chargé de concilier avec la raison et l'intérêt commun le résultat de ces diverses volontés; un tel travail est moins embarrassant et serait moins long qu'il ne le parait au premier coup d'œil. On l'abrégerait beaucoup si on se contentait de consulter les paroisses sur l'arrangement des communautés; celles-ci, sur la division en districts, les distiicts sur la division en provinces; mais on connaîtrait moins sûrement le vœu réel des citoyens;

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OU serait obligé de consulter à trois reprises différentes, et l'on ne diminuerait le travail qu'en employant plus de temps. Quelque méthode que l'on prenne, je crois les consultations nécessaires : on sent que la pluralité des voix dans un bailliage n'a pas le droit de former ici un vœu qui oblige la minorité ; que les députés élus par ce bailliage ne peuvent être regardés comme les mandataires de ces associations qui n'existent pas encore; qu'ainsi on ne peut pas dire qu'ils aient droit de régler les divisions à leur gré, de former même un vœu sur celles qui méritent la préférence. Je crois donc que vos pouvoirs à vos députés doivent se borner ici à les charger de demander que la nation séparée soit consultée, et à ne les autoriser à décider qu'après cette consultation, et conformément au vœu qui leur paraîtra en résulter.

Quelques personnes ont cru qu'il serait utile de rendre les députés responsables envers leurs commet tant s.

Si par là on entend qu'ils pourront être soumis à des peines; comme toute peine suppose un jugement, et dès lors que la loi ait d'avance établi un tribunal, déterminé quelles actions pourront être poursuivies, fixé quelle punition doit être infligée poiuchacune, il est clair que celte responsabilité ne peut avoir lieu, comme celle des ministres dont on a tani parlé, que pour des temps postérieurs à cette loi. Les prochains états généraux peuvent en faire une, s'ils le jugent utile; mais il serait injuste d'y donner nn effet rétroactif

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En supposant que cette loi existe, n'est-il pas beaucoup plus simple, beaucoup plus sur d'empêcher les députés de pouvoir vous nuire, en les obligeant de ne pas s'écarter de certains principes, ce qui rend nulles de droit les délibérations des états où ils s'en seraient écartés, que de les punir pour avoii- été corrompus, pour avoir trahi vos intérêts ; ce qui laisserait subsister les délibérations?

On a observé en général que ces sortes de jugements n'étaient qu'une faible barrière; la raison en est simple. Si la loi est précise, si les délits qu'elle punit sont déterminés, rien n'est plus facile que d'éviter de se trouver dans le cas de la loi : si elle est vague, comme l'ont été presque toutes les lois, alors menaçant également l'innocence et le crime, elle n'arrête personne; ce n'est qu'un danger auquel tout homme qui se mêle des affaires publiques se tiouve exposé. C'est ainsi qu'un général athénien , en parlant pour la guerre, savait qu'il avait à redouter les flèches des Perses et le jugement du peuple d'Athènes.

N'est-il pas question d'un jugement régulier, mais d'un compte à rendre, d'après lequel on approuverait ou l'on blâmerait la conduite des députés? Si cette désapprobation est un refus de consentir aux délibérations sur lesquelles elle tombe, si l'on compte ces désapprobations et ces approbations pour en trouver l'avis commun , alors c'est une autre constitution que l'on établit d'avance : elle peut avoir des avantages comme des inconvénients ; mais elle ne peut être légitimement formée que par une assemblée nationale. La désapprobation n'a-t-elle pas

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cel ellel, elle aura riuconvénient dangereux d'apprendre tpie les dclihéralions de l'assemblée nationale déplaisent à une partie de la nation, d'en rendre par là l'exécution plus difficile, d'introduire une sorte d'anarchie. Si un tel usage était durable, il deviendrait une source éternelle de divisions et de partis. Le concuirent préféré dans une élection ver. rait à son retour se réunir contre lui les partisans de ses rivaux, et bientôt on ne porterait plus aux assemblées nationales le vœu de sa conscience, mais l'opinion de son parti, celle qu'on aurait été obligé d'adopter pour nuire à un lival. Loin de vous ces précautions plus corruptrices qu'utiles, plus propres à répandre la discorde (|u'à fortifier la conscience, à rendre les hommes esclaves des préjugés qu'à leur inspirer le courage d'obéir à la raison !

L'opinion publique exerce sur nous une puissance presque irrésistible ; c'est un ressort utile, mais auquel il ne faut pas ajouter une force étrangère, en donnant à ses décisions une solennité qui ne laisse plus de force pour résister.

Un homme vertueux peut braver l'opinion publique dispersée; le courage de la braver lorsqu'elle est réunie, lorsqu'elle s'est créé un organe respectable, est presque au-dessus de l'humanité.

C'est donc avant d'élire vos députés f|u'il faut les juger, pour les laisser ensuite à leur conscience et à leur honneur.

.le suis avec respect , etc.

P. S. l'ormottez-moi. Messieurs, de joindre ici une

irTTRFS nHN Gl NTII.IKUMMIÏ , lîTO. 20!)

pelile reuillo (|ui m'a été adressée, el ((ui m'a paru renfermer des observations utiles.

Conseils aux clecletirs.

I. 11 ne faut pas sans doute élire un fripon habile, parce qu'un fripon voterait suivant son intérêt et non suivant les vôtres. Mais il faut rep;arder la probilé comme une condition nécessaire, et non comme une qualité qui doive décider votre choix. Si vous aviez un arpenteur à nommer pour constater l'étendue de votre champ, vous voudriez un honnête homme, mais vous ne choisiriez qu'un honune qui sût arpenter. En général , les hommes très-éclairés sont honnêtes; mais on ne peut pas dire que les honnêtes gens soient en général des hommes éclairés. Choisissez ceux qui réunissent la probité aux lumières, mais ne jugez pas des lumières par la probité, et souvenez-vous qu'il est encore plus aisé de tromper sur la probité que sur les lumières. Cherchez dans vos députés, d'abord la probité, puis le bon sens, ensuite les lumières, le courage, et enfin le zèle. Sans probité, ils peuvent vous trahir; s'ils n'ont un sens droit, ils seront entraînés par de mauvais arguments. Les lumières et la probité supposent le degré de courage qui est absolument nécessaire; et si les lumières et le courage ne sont pas en proportion du zèle, le zèle devient une qualité plus nuisible qu'utile.

II. Si un homme est connu pour croire que la vérité se manifeste dans les convulsions du jansé-

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iiisme ou du somnambulisme, pour avoir confiance en la baguette divinatoire, pour regarder Cagliostro comme un grand homme, pour avoir ou pour croire que d'autres ont eu des conversations avec les esprits, ce n'est pas une raison de ne point l'élire; mais c'en est une d'exiger qu'il ait donné dans le reste de sa conduite, dans toutes les opinions politiques, des preuves d'une raison supérieure , d'iuie sagesse à toute épreuve; et il serait encore plus sûr de lui préférer un homme de bon sens qui ne croirait rien de tout cela. L'extrême crédulité n'est pas incompatible avec la justesse d'esprit ; de très-grands hommes ont cru les absurdités les plus révoltantes ; mais plus les nations s'éclairent, plus cette union devient rare.

III. Si on vous dit que tel homme est incrédule, et qu'il est athée, qu'il a été le partisan de M. de... ou de M. de... ou de M. de..., qu'il a siégé dans le parlement de 1771, ou dans un grand bailliage, etc., etc., examinez si cet homme a des vertus, s'il est éclairé; c'est par de telles imputations qu'on repousse ceux dont on n'ose attaquer les actions.

IV. Gardez-vous d'élire un homme qui a professé, dans des ouvrages publics, une doctrine contraire à ce que vous croyez l'utilité générale; s'il persiste, il votera contre vos intérêts; et s'il change, il est méprisable. Ne choisissez point , pour défendre votre liberté et vos droits, celui qui aura combattu les droits et la liberté de quelque portion de l'humanité. Élisez celui qui a écrit en faveur des droits des hommes sans restriction , sans entortillage; il ne se démentira point, son orgueil même vous répond de

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sa probité. Mais s'il a annoncé des principes qui puissent s'adapter aux circonstances, cpii permettent de saciifiei- ce qui est juste à ce qui est expédient (mot anglais qu'heureusement nous n'avons pas encore adopté); s'il a loué et combattu les mêmes hommes suivant le moment, alors ne l'élisez pas, quelque belle morale qu'il professe; car il est le maître de se croire toujours dans les circonstances où il faut laisser fléchir la justice, et se conformer au temps.

V. Mettez une grande différence entre ceux dont les principes étaient connus avant qu'il fût question d'avoir besoin de vos suffrages, et ceux qui ont pris depuis les principes propres à se les concilier; car les premiers n'ont leurs principes que par conviction, et les autres ont pu les adopter par intérêt.

VI. I\e choisissez ni les enthousiastes du ministre, ni même ses violents ennemis; car ils ne pourraient, sans se rendre ridicules, les uns contrarier ses vues, les autres applaudir à ses projets; et il est impossible de croire qu'il aura toujours tort ou toujours raison.

VII. Ne confondez pas la chaleur de tête avec celle de l'âme; ne croyez pas à l'enthousiasme du patriotisme, dans les gens d'une vertu commune; songez que vous avez plus besoin de force que de chaleur, de suite que de violence; que celui qui va trop vile, ou s'égare ou s'arrête en chemin.

VIII. Ne confondez ni les événements de la vie d'un homme avec ses actions; car on peut s'être trouvé l'ennemi ou la victime d'un despote, et ne pas être l'ami de la liberté; ni les mots avec les idées,

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