A L ADRESSE AUX PROVINCES. JOJ
risaieiil une inquisition sur les propriétaires de blés; les terreurs augmentées par l'annonce fastueuse des secours du gouvernement, par la manière dont ces secours étaient distribués, par l'état même de ces subsistances trop souvent avariées : toutes ces causes réunies ont agile le peuple, ont égaré ses chefs. Chaque village s'est persuadé que le blé n'appaitient pas aux propriétaires, mais aux habitants du territoire où il se trouve. Chaque ville s'est cru desdioits sur les grains dont elle était à portée de s'emparer, s'est arrogé celui de forcer les campagnes voisines à garnir ses marchés, dussent-elles après périr de misère; et malgré les sages décisions de l'assemblée nationale, les esprits, égarés par quelques phrases d'arrêts du conseil, ont exposé la France aux horreurs de la disette, dans le sein même de l'abondance.
La nuit du 4 août mérite des reproches plus graves que cette prétendue faiblesse de conduite. Pourquoi décréter en tumulte, quand la justice, d'accord avec l'intérêt de la nation , exigeait qu'on se bornât à l'engagement d examiner avec maturité? Pourquoi, sur des objets qui pouvaient agiter le peuple, séparer la publication des principes, de celle des lois qui en auraient réglé et modéré l'exécution ? Pourtpioi faire offrir comme des saciifices, par des gens cpii ne pouvaient en faire ([ue de personnels, ce que les mêmes députés avaient droit de prescrire, comme juste et conforme à l'intérêt public? Pourquoi se donner l'air de dépouiller le clergé et la noblesse en faveur du peuple, et par là augmenter sa haine, exciter son
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aniniosité , tandis qu'il ne fallait , pour former les mêmes décrets, qu'être équitable envers lui, qu'il s'agissait de lui rendre justice, et non d'exciter ses passions, en paraissant les partager?
Cependant, si le cleigé n'eût pas montré une opposition violente au projet de M. de la Coste ; s'il eût consenti à l'abandon de ses propriétés , en se réservant l'usufruit ; si , au lieu d'oublier que , clans un siècle éclairé , on ne peut plus espérer de séduire par des sopliismes, il se fût soumis paisiblement à la raison, n'est-il pas vraisemblable qu'il eût sauvé ses membres des inquiétudes et des pertes auxquelles ils restent exposés? Peut-être même eût-il rendu service à la nation , à qui ce plan offrait des secours plus sûrs et mieux combinés que ceux qu'il est possible aujourd'hui d'obtenir sans injustice. Si la noblesse n'avait pas annoncé un attachement gothique à des restes de féodalité, qui ne peuvent plus être que de simples propriétés incommodes, par leur forme, à ceux qui les possèdent , comme à ceux sur qui elles sont établies; si elle n'eût pas invoqué, en faveur de l'administration aristocratique de quelques provinces, des chartes, des traités qui ne peuvent avoir de force contre la volonté du peuple, auraiton osé demander à l'effervescence du moment ce cpi'on aurait été sûr d'obtenir de la raison ? Et ue peut-on pas dire que les fautes de la nuit du 4 août sont l'ouvrage de ceux même, qui les reprochent avec le plus d'amertume?
La translation de l'assemblée nationale à Paris a été une mesure sage et nécessaire ; c'était le seul
A l'adresse aux PKOVlNCtS. So.-J
nio\eii de sauver la France. Il existait alors, il existe peut-être encore deux partis, l'un s'agitant sourdement pour rétablir un ordre de choses dont l'impossibilité absolue est démontrée aux yeux de quiconque n'est pas aveuglé par les préjugés; l'autre cachant , sous le manteau de la liberté, des vues personnelles plutôt que des piojels politiques, tâchant de suppléer, par Texagéiation des principes populaires , au défaut de talents et de puissance, agissant d'autant plus , (|u'il agit au hasard. Tous deux , par des manœuvres opposées, avaient produit une crise (|ui pouvait être funeste à l'honneur de la nation , et même dangereuse pour la liberté. La confiance du roi dans la franchise, dans la probité du général de la garde nationale, offrit à l'assemblée un moyeu de prévenir tous ces malheurs, et même de faire ser\ir au bien public les iuqjrudences et les crimes de ceux qui voulaient le rendre impossible. Elle a eu la sagesse et le courage de prendre ce moyen, de le prendre de la manière la plus propre à en imposer au peuple, et à rappeler le respect pour le monarque. Elle est devenue plus libre , en prouvant qu'elle ne craignait pas de jamais cesser de l'être ; et au moment même où les ennemis de la paix essayaient de prouver qu'elle était captive, une proclamation sévère, premier acte d'autorité qui soit émané d elle, a montré qu'elle savait également et respecter les droits du peuple, et maintenir ceux de la loi.
Les opérations de l'assemblée sur les finances sont celles qui prêtent le plus à la censure. D'excellents ouvrages avaient préparé les esprits à la discussion
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des questions relatives à la constitution de l'État ; les idées (|u'il faut combiner pour les résoudre sont à la fois plus simples, plus précises, et moins fugitives. La raison seule suffit pour juger; il n'est pas d'objet sur lequel un esprit droit, accoutumé à la réflexion, ne puisse, en peu d'heures, ac(|uérir des lumières suffisantes.
Les finances, au contraire, exigent plus de connaissances positives; les idées y sont plus vagues, plus com|)liquées , les préjugés plus enracinés, et, d'ailleurs, n'y sont pas si évidenniient repoussés par ces piincipes sacrés de la liberté, de l'égalité entre les hommes ; car un des préjugés les plus communs , les plus enracinés, est de dédaigner ces principes pour les sacrifier aux fausses vues d'une prospérité commerciale.
Ces mêmes préjugés sont défendus par des gens intéressés aux abus, forts en aiguments tirés de la routine, et habitués, depuis deux siècles, à obscurcir les principes, et à compliquer le langage et les opérations.
Il existe peu de bons ouvrages sur les finances , et ceux (pii existent ont été déci iés par la ligue puissante des hommes à qui il est utile que la perception soit compliquée, et la répartition inégale.
Un ministre qui aurait eu des lumières, des vues, des ressources, pouvait seul empêcher l'assemblée de commettre les erreurs où elle s'est laissé entraîner.
La piemière fut d'être trompée pai- l'idée que la garantie nationale devait, dès les premiers instants, faire tomber l'intérêt des emprunts, et en consé-
A LAUKESSt Al X PROMINCKS. SoQ
quenre, de léduire à qualie et demi pour cent un emprunt proposé à cinq par le ministre , emprunt pour lequel il s'était assuré vraisemblablement des fournisseurs de fonds. Cette précaution est nécessaire toutes les fois que les besoins des finances exigent qu'un emprunt soit promplement rempli, et que cependant cet emprunt n'offre point des intérêts énormes, ou des cbances séduisantes, qu'il ne prête point à des spéculations très-lucratives. Une assemblée nationale ne peut dès lors refuser un emprunt proposé qu'avec la certitude de trouver des fonds à un prix moindre. C'est par la nécessité de cette marche que les ministres, en Angleterre, ont su se rendre maîtres des finances ; empire qu'ils conserveront tant que le désordre des affaires publiques exigera presque annuellement des ressources promptes. C'est un très-grand mal, mais dont le seul remède est de n'avoir jamais un besoin actuel de secours extraordinaires.
L'emprunt manqua, et il devait manquer. Le crédit national n'existait pas encoie, et on avait compromis celui du ministre. Mais l'assemblée nationale eût -elle commis cette faute, si le ministre avait averti des soumissions qui lui avaient été proposées, et de l'impossibilité de rien cbanger à son plan, sans s'être assuré de soumissions semblables?
Pour réparer ce mal, le ministre, après avoir laissé augmenter l'urgence et la masse des besoins, proposa un nouvel emprunt, plus profitable aux prêteurs, sans être plus cher à la nation , puisqu'on y recevait des effets qui perdaient dans le commerce,
niais qu'elle devait un jour payer au pair. Cet emprunt était de quatre-vingts millions , dont quarante pouvaient être fournis en papiers anciens. Il ne réussit point encore, et il ne pouvait réussir. Ceux ([ui avaient des papiers ont mieux aimé attendre que de les vendre à perte , pour augmenter le profit des capitalistes; et connue, d'ailleurs, ces vieux effets publics produisaient plus de cinq pour cent, et qu'ils avaient absolument la même garantie que le nouvel emprunt, les possesseurs d'argent trouvaient de l'avantage à placer en papiers anciens la totalité plutôt que la moitié de leurs fonds.
Jamais on ne prit de meilleures mesures pouimanquer sûrement une opération de finance ; aussi le ministre vint-il donner, bientôt après, un nouveau signal de détiesse; il proposa la demande d'une contribution patriotique, égale au quaii du revenu, au quarantième de la vaisselle et de l'argent comptant. Cette contribution devait être restituée quand l'intérêt des emprunts publics tomberait à quatre pour cent. On devait, de plus, inviter à porter la vaisselle à la monnaie, en offrant de donner 55 livres du marc, en billets payables à six mois; de recevoir ces billets au pair dans la contribution du quart, et de prenilre l'argenterie sur le pied de Sy livres le marc dans l'emprunt patriotique.
L'assemblée pouvait difficilement examiner les inconvénients ou les avantages d'un tel projet; on la pressait de décider : une cessatif)n de payements pouvait compromettre la constitution naissante, dont aucune partie n'était encore exécutée; du moins il
A l'adresse Alix PROVINCES. 5ll
était excusable de le craindre. On lui proposa donc d'adopter sans examen. Cette démarche extraordinaire a eu très-peu de succès.
La forme de la contribution patriotique n'était pas heureuse; il était impossible de supposer à la partie la plus riche des citoyens un enthousiasme très-vif pour les changements actuels. L'incertitude des pensions , des traitements, de la valeur des bénéfices, de l'acquittement plus ou moins exact des droits seigneuriaux ; enfin , celle des époques des payements assignés sur le trésor public, permettaient à une grande partie des citoyens de diminuer leur fortune, même sans trop de scrupule; de plus, l'exemption pour les revenus au-dessous de 4oo liv. est énorme, vu la multitude des petites fortunes.
La promesse de rembourser lorsque l'intéièt sera à (|uatre pour cent , étendue à deux têtes seulement, a le singulier inconvénient (dans la supposition de la fidélité à ces engagements) de créer, pour le trésor public, un profit réel à ne pas diminuer l'intérêt trop au-dessous de cinq pour cent.
Cette contribution peut être, sans doute, une assez, grande ressource; mais, par l'incertitude du produit, elle n'offre pas une caution certaine à ceu.x de qui on voudrait obtenir des avances. Le public sait, depuis longtemps, que des impôts d'une valeur déterminée, d'une rentrée sûre, peuvent seuls inspirer la confiance. Il eût donc mieux valu proposer un impôt sur les terres, équivalent au dixième actuellement subsistant, et réparti de même; statuer que si la justice exigeait des changements dans la réparti-
>li REPONSE
tion , ils ne seraient imputés que sur les anciens vingtièmes; établir des caisses où ce nouvel impôt serait versé, et qui ne pourraient que payer les assignations avec lesquelles on aurait acheté des avances sur la nouvelle contribution. En portant à 5o millions le montant de cet impôt, en supposant qu'il fût demandé pour cinq ans, sa \aleur, rapportée au moment piésent, auiait été de 210 millions, et de 168, si on n'eût demandé l'impôt (jue pour quatre ans, l'escompte étant supposé à six pour cent, et les négociations faites avec le moins d'intelligence possible. On eût eu l'avantage de n'imposer aucune charge au peuple, aucune surcharge aux propriétaires, puisque l'ancien impôt des deux vingtièmes suffisait aux diminutions qu'il eût pu être juste d'accorder, pour l'exactitude de la répartition, et qu'enfin il n'y a aucune espérance raisonnable dans aucun système d'impositions, que la totalité de l'impôt direct sur les propriétaires tombe au-dessous de ce dixième, d'ici à cinq ans.
On a demandé en Hollande de ces contributions volontaires, parce qu'en Hollande il existe beaucoup de richesses, et peu de territoire; et ce moyen n'y a réussi que dans le moment où l'Etat entier étant menacé d'une conquête , il ne restait point d'autres ressources.
L'opération sur la vaisselle n'était pas moins vicieuse. En tenant les engagements, c'est un emprunt cher pour la nation , et onéreux aux particuliers ; d'ailleurs , ce moyen , qui annonce le défaut de tout autre, produit ordinairement plus de mal par l'opi-
ADRESSK \l)X l'KOVINCES.
liioli , c|iril ne fait de bien en réalité. Cette opération était d'autant plus maladroite, que, dans un temps de troubles et d'inquiétudes, on est plus (enté de conserver des valeurs réelles, qu'il est toujouis facile de convertir promptement en argent, qui offrent une ressource certaine, quand les autres sont épuisées, qui, enfin, peuvent, dans un besoin extrême, sauver des derniers malheurs, ou les jjropriétaires de ces valeurs, ou la ville même qu'ils habitent.
L'assemblée nationale avait laissé au ministre la liberté de tirer le meilleur parti de ces ressources, et il en a résulté seulement , au bout de quelques mois, que la nation devait 90 millions de plus à la caisse d'escompte , et qu'il fallait lui en emprunter encore 80.
Heureusement l'assemblée nationale a réparé ces fautes, en décrétant la vente des domaines et celle d'une partie des biens ecclésiastiques , jusqu'à la concurrence de 4oo millions. Ces gages immenses suffiront pour fournir aux dépenses, assurei' les pavements nécessaires, jusqu'au moment où l'état des finances étant bien connu, l'administration nouvelle étant bien établie , l'on verra naître un véritable crédit national, où il devieudia possible de liquider la dette publique et de baisser le taux de l'intérêt.
Cependant, cette dernière opération ne peut encore être regardée comme heureusement combinée; elle consiste à emprunter 170 millions, à cinq pour cent, d'une banque qu'on dispense pendant six mois dépaver ses billets; qui, sans parier du passé, doit IX. 33
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fournir encore 80 millions en billets érigés pour six mois en papier-monnaie; ce qui se réduit à lui donner •>. millions d'intérêts, pour la récompenser de vouloir bien intituler de son nom le papiermonnaie que l'on fabiique, et promettre de payer à bureau ouvert; promesse qu'elle ne peut tenir que dans le cas où les assignats qu'on lui donne obtiendront de la confiance; c'est-à-dire, dans le cas où il sera prouvé que l'intervention de cette banque était inutile. N'était-il pas plus simple que la nation fît elle-même ses affaires? On aurait donné à la banque 90 millions en assignats, hypotliéqués sur des ventes, et il lui aurait été enjoint de payer à bureau ouvert, aussitôt que , soit sur les produits de ces ventes, soit sur des distributions des assignats à des particuliers, elle aurait réalisé 5o millions, ou telle autre somme jugée suffisante.
L'assemblée peut encore, lorsqu'elle aura déterminé les biens qui doivent être vendus , rendre les assignations spéciales : c'est le moyen le plus sûr et le plus simple d'obtenir la confiance, parce qu'alors chaque porteur de billets peut veiller sur son gage; qu'aucune partie de ces gages ne peut être détournée; que cette liypothècpie , comme celle qui a lieu sur des biens particuliers, survivrait à la vente; qu'ainsi le bien ne pourrait être vendu , sans que la dette fût acquittée; et qu'enfin la condition la plus fâcheuse pour les prêteurs serait d'être renvoyés en possession de leur gage.
Cette forme d'assignation ainait l'avantage de faire reparaître du numéraire. Trois causes se réunissent
\ I."\1)RESSK AUX l'HOVlNCES. 5l5
pour If rendre rare: d'abord l'existence d'un papiermonnaie, employé forcément dans la circulation : ce papier diminue le besoin que l'on a du numéraire; et en cela, il ne serait qu'utile; mais quand il n'est pas libre, au lieu de chercher de l'emploi pour ce numéraire supeiflu, on le garde, parce qu'on a lieu de craindre de ne pouvoir le remplacer.
La seconde cause est l'inquiétude des capitalistes qui ne font pas le commerce d'argent. Ces capitalistes ne cherchent que la sûreté, et ils veulent la concilier avec la possibilité de rentrer dans leurs fonds, à des époquescertaines et peu éloignées. Ils prêtaient sur le crédit intermédiaire des financiers ou des commerçants, ils ont placé directement en effets publics, tant que le mouvement de ces effets a été assez paisible, leur remboursement assez régulier pour ne laisser ni la crainte d'être obligé de vendre à tiop bas prix, ni celle de ne pouvoir retirer ses fonds en espèces réelles. Des hypothèques spéciales les mettraient à l'abri de ces craintes, et feraient renaître leur ancienne confiance.
La troisième cause de la rareté du numéraire tient à la disposition de ceux qui font le commerce d'argent. Accoutumés à le placer à un très-haut intérêt, ils aiment mieux retarder leurs placements que de seconder des mesures qui tendent à diminuer leurs profits, d'autant plus que s'ils placent moins de fonds, ils les placent plus cher, ce qui diminue la perte. Or, tout ce qui peut augmenter le crédit national , tout ceijui peut simplifier l'ordre du trésor public, tend à rendre le commerce de l'argent moins lucralif
5l6 RÉPONSE
Ils ne se détermineront donc à faire sortir leurs fonds qu'au moment où ils verront que la nation, pouvant se passer de leur entremise, il ne leur reste plus d'espérance de perpétuer le haut intérêt dont ils ont pris la douce habitude. Le seul moyen d'obtenir leurs secours est de leur prouver qu'ils ne sont plus nécessaires. Voilà ce que le ministre aurait dû faire connaître à l'assemblée nationale, pour qu'elle fût instruite et de l'utilité et de la difficulté du passage de la dépendance des gens d'affaires, à une indépendance nécessaire pour la prospérité publique , comme pour la liberté réelle. En effet, la liberté peut - elle exister dans un pays où une classe d'hommes dicte seule une des parties les plus importantes de la législation' De tous les moyens d'acquérir cette indépendance, celui d'assigner des hypothèques spéciales sur des terres est peut-être le plus sûr , parce c'est le seul qui puisse engager les capitalistes des provinces à fournir immédiatement des fonds.
Cependant , les fautes où l'assemblée a été entraînée n'auront pas des inconvénients bien graves, si elle peut se préserver de deux écueils contre lesquels on cherche à la pousser.
Le premier de ces écueils serait de ne pas rendre la perception des impôts, et les opérations relatives à la dette publique, absolument hors de toute influence du pouvoir exécutif, qui ne doit avoir que la disposition des fonds fixes, accordés pour les dépenses.
Les très-courtes absences du pouvoir législatif
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laissent la plus grande facilité d'établir avec sûreté un directoire chargé seul de faire payer, soit aux ministres, soit aux créanciers de l'Etat , les sommes qui leur sont accordées; de recevoir celles que les provinces doivent verser dans la caisse nationale. C'est alors seulement que l'indépendance du corps législatif sera réelle. J'ignore par quelle fatalité cette idée si simpleaéchappé jusqu'ici à l'assemblée nationale; pourquoi les vues analogues qu'on lui a présentées ont toujours été incomplètes; pourquoi on a éludé l'institution nécessaire d'une caisse nationale, par l'établissement momentané d'une caisse de l'extraordinaire; pourquoi l'on n'a pas osé articuler encore la nécessité de cette séparation absolue. Tout pays où elle ne sera pas prononcée, sera toujours, comme l'Angleterre, dans la dépendance du premier lord de la trésorerie; et comme cette influence ne peut s'exercer que par la coiruption, comme la corruption ne peut exister que par la complication de l'impôt et l'embarras dans les affaires publiques, il n'y aura jamais, sans cette séparation, ni simplicité dans les impôts , ni ordre dans les affaires.
Le second danger est de précipiter les changements et les réformes dans les impositions , sans connaître, d'une manière précise, l'état réel des finances; sans avoir une idée, du moins approchée, des forces de chaque province, et de la proportion des impôts qu'elle supporte.
Le tableau réel de l'état d'une nation est facile à faiie.
Il faut d'abord convenii- d'un lauv d'intérêt, tel
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que l'on puisse espérer en général d'emprunter, ou plutôt d'escompter à ce taux ; alors il n'est pas de dette exigible à terme , d'empiunt à un autre denier , de rente viagère qu'il ne soit facile de réduire à une rente perpétuelle, ou à la somme fixe qui y répond. Si une réforme actuelle exige des dédommagements, les dépenses, en rentes viagères ou en remboursements, que ces dédommagements nécessitent, peuvent de même être fictivement converties en une rente perpétuelle. Il n'est point de réfoime successive et éventuelle dont on ne puisse transformer le profit en une rente semblable. 11 n'est point de ressources de toute autre espèce qu'on ne puisse calculer, d'après le même principe. Alors, que l'on retrancbe de la valeur annuelle de la dette ainsi fixée , la valeur aussi annuelle des ressources; qu'on y ajoute la masse des dépenses , et on aura véritablement la valeur de ce qu'il faut absolument lever d'impositions. L'incertitude de ces évaluations ne doit pas arrêter, parce qu'il est possible de les faire de manière que l'on soit sûr d'avoir atténué les ressources et augmenté la dette, et alors de ne pas fixer l'impôt au-dessous de ce qu'il doit être. Or , comme il faut un fonds d'amoi tissement plus ou moins considérable, employé en diminution de la dette, afin qu'une circonstance qui , comme une guerre, nécessite des dépenses extraordinaires, n'entraîne pas des impôts ruineux, cet excédant ne servirait qu'à rendre cette dernière opération plus facile. Et j'oserai encore prédire , que si l'assemblée nationale n'ordonne pas (le faire un tableau général de la situation actuelle
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des finances, formé d'après ces principes, elle forcera les législatures qui lui succéderont d'agir, comme elle , au hasard.
Les opérations de l'assemblée sur les impôts n'ont pas eu jusqu'ici ce caractère de sagesse, d'unité, qui aurait pu les caractériser. La réduction de la gabelle à la moitié a été aussi adoptée de confiance, sans examiner les effets de cette réduction, les moyens justes de remplacement , et la nécessité de rétabliil'équilibre entre les provinces. L'opération qui assujettit les pri%ilégiés à l'impôt, à la décharge des autres contribuables, a été faite d'une manière isolée et arbitiaire. En combinant cette opération avec celle des gabelles, on pouvait la faire servir utilement à leur remplacement; on pouvait, en proportionnant la répaitition de cette imposition aux vingtièmes actuels des nobles, et aux décimes ecclésiastiques, s'assurer, pour les deux premières années, une distribution suffisamment exacte, une lessource d'une valeur connue, et ne pas s'exposer, par des discussions entie les non privilégiés et les privilégiés, à fomenter encore une haine qu'il serait temps d'étouffer dans un patriotisme commun.
Mon jugement, sur cette partie des travaux de l'assemblée nationale, paraîtra sévère ; mais j'ai promis la vérité tout entière; elle est ici d'autant plus importante, que, d'après la sagesse de la constitution, le désordre des finances est le seul moyen de détruire notre liberté naissante, de conserver ces entraves fiscales sous lesquelles gémissent des peuples qui se vantent de leur liberté, et de faire régner l'a-
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listociatie des riches sous la législation nationale, comme elle régnait sous l'autorité des rois.
On regarde comme précipitée la réforme de l'oidre judiciaire. Cela peut être; mais si l'assemblée nationale a trop multiplié ses opérations; s'il est vrai qu'elle ait agité à la fois trop de questions, armé contie elle trop d'intérêts particuliers, causé dans les propriétés des changements trop hrus<|ues, trop généraux ; si ces changements, ou même la simple menace de ces changements, ont troublé l'ordre de la distribution des salaires, et fait beaucoup de mal au peuple qu'on voulait soulager, est-ce faute d'avoir connu le danger d'intervertir cet ordre habituel, duquel dépend la sùieté de la subsistance de ceux qui vivent de leur travail , et par consécpienl la prospérité publique; danger que tout réformateur doit avoir sans cesse devant les yeux ? Peut-on surtout en accuser la partie de l'assemblée sur laquelle tombent tous ces reproches? Si elle a paru craindre pour le succès de toute réforme, renvoyée aux législatures suivantes, est-ce envie de tout faire, ou plutôt n'est-ce pas la suite infaillible de l'espérance trop annoncée par le parti contraire, de parvenir à détruire, dans une autre législature, l'ouvrage de celle-ci? Ces éternels regiets de l'ordre ancien , cette fureur de lutter contre la raison et contre la nécessité, ont fait de la précipitation une sorte de devoir : on se hâtait de déliuire, pour ôter tout espoir de conserver les abus; chaque destruction augmentait les cris, les menaces, et faisait croire une nouvelle destruction à la fois plus urgente et plus difficile. Les maux des partisans
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des anciens préjugés sont donc leur propre ouvrage. Ils n'ont donc pas vu que si, depuis l'époque où l'histoire commence pour nous, les hommes ont été trompés par leurs chefs civils ou leligieux, le succès de cette politique est désormais impossible. On sait aujourd'hui, d'un bout de l'Europe à l'autre, que tout doit être soumis à l'examen de la raison; que tout doit cédera son empire : c'est la suite nécessaire de la découverte de l'imprimerie. Ses effets ont d'abord été insensibles, parce que l'intolérance religieuse et l'intolérance politique ont gêné la liberté de la presse. Si elles n'ont pas empêché les hommes de penser, elles ont ralenti du moins et les progrès de l'esprit humain , et les effets de ces progrès sur la société; elles ont surtout empêché longtemps l'art de l'imprimerie de se répandre, et les presses de se multiplier. L'usage d'avoir des livres s'est établi lentement, et d'abord peu d'hommes avaient pris l'habitude de lire; mais insensiblement le grand nombre de livres, dont l'intolérance, toujours stupide, ne pouvait connaître tout le danger, ont forcé ces obstacles. On les a vus, depuis deux générations, se multiplier dans les maisons de ceux qui ne lisaient que pour diminuer le poids du temps; tous ont su lire, tous ont eu des livres, et la vigilance inquisitoriale n'a pu l'emporter sur tant d'hommes occupés de la tromper, les uns pour l'intérêt de leur instruction ou de leur plaisir, les autres pour celui de leur commerce. Dans inie telle position, tout préjugé, tout abus, toute violation des droits des hommes, dénoncés à l'opinion publique, sont, dès ce moment,
frappés de iiioiL Aucun pouvoir humain ne peut plus empêcher une proscription prononcée par la raison de tous les hommes éclairés, écrite dans le cœur de tous les gens de bien ; et ceux qui vivent de préjugés n'ont aujourd'hui, quelque pays de l'Europe ou des établissements européens qu'ils habitent, d'autre paiti à prendre que de chercher les moyens, non d'en prolonger la durée, mais d'en rendre la chute moins brusque et moins dangereuse pour euxmêmes. En France, par exemple, la distinction des ordres, leurs privilèges, la richesse du clergé, l'intolérance civile et religieuse, l'adoplion exclusive d'un culte, les vœux imprudents de la jeunesse, consacrés par la loi, le secret de la procédure, l'absurde et barbare sévérité des lois pénales , l'esclavage des noirs, etc., etc., etc.; tous ces grands abus, nés des erreurs et de l'ignorance, soutenus par l'avarice et par l'orgueil, ont été, aux yeux de tout homme instruit, dévoués à une destruction certaine, le jour même où le gouvernement fut obligé de révéler, à la première assemblée des notables, que la machine de nos faiances avait besoin de la main du peuple.
Tous les individus qui profilaient alors de ces abus auraient dû s'occu|jer des moyens d'en concilier la destruction avec leur avantage personnel. Mais les hommes qui tiennent à des corps, qui, réunis d'intérêts, le sont aussi de société, se trompent sur l'opinion publique, aussi souvent et aussi longtemps que les rois. Entourés de ceux qui partagent leurs erreurs, d'autant plus applaudis qu'ils les exa-