ÉLOGE DE ^\. DE BOURDELIIV
(lelin n'a rien pnblié dans nos Mémoires. Il avait vn la chimie changer de face en France , par l'adoption des idées de Beker et de Stahl, à pen près comme dans le siècle dernier l'invention des nouveaux calcnls avait produit une révolution dans les sciences mathématiques.
Dans ce renouvellement de la géométrie, la pinpart des géomètres, trop âgés pour se plier à une marche toute nouvelle, s'élevèrent contre l'usage de ces calculs : M. de Bourdelin fut plus sage, et se contenta de suivre le fil des découvertes dont il ne pouvait partager l'honneur ; et il eut la modestie de ne plus écrire sur une science qui suivait des principes nouveaux, et qui avait adopté une langue nouvelle.
L'exactitude de ses expériences, et l'esprit de doute qu'on remarque dans ses ouvrages, font regretter qu'il n'en ait pas laissé un plus grand nombre; mais le changement arrivé dans la chimie ne fut pas la seule cause de sa longue inaction : l'amour de l'étude n'était pas son unique passion; il en connaissait une plus forte, la bienfaisance. 11 se livra à la pratique de la médecine, et se consacra surtout au traitement des pauvres ; il se dévoua à cette profession pénible , où le spectacle douloureux des malheurs qu'on ne peut soulager l'emporte sur le plaisir du bien qu'on a pu faire; où le médecin est obligé de payer les remèdes qu'il ordonne, et de nourrir les malades qu'il guérit. M. de Bourdelin ne regardait pas le soin qu'il prenait de visiter les pauvres, comme im essai de ses forces, comme nue
étude qui pouvait le rendre plus digne de traiter d'autres malades. S'il est une classe d'hommes devant qui l'inégalité des états doivent disparaître, ce sont les médecins. Témoins ou confidents nécessaires des maladies, des faiblesses et des passions, ils voient combien la nature a rapproché ceux que la différence des rangs ou des fortunes semble séparer le plus : aussi, au milieu de la pratique la plus brillante, M. de Bourdelin donna toujours la préférence aux pauvres, comme à ceux qui avaient le plus besoin de lui, et qui pouvaient le moins recourir à des mains habiles. Cependant, malgré le peu d'éclat que put lui donner la reconnaissance vraie mais obscure de ses malades, sa réputation s'étendit ; le succès des cours qu'il avait faits dans la faculté de médecine lui avait mérité l'estime de ses confrères; et grâces à sa modestie et à la douceur de son caractère, ces succès ne lui avaient point fait d'ennemis : ses discours, ses thèses avaient encore ajouté à sa réputation. On y reconnaît un médecin exact, patient, un sage observateur de la nature , instruit de ce que contient la foule immense des ouvrages de médecine , mais neii adoptant les assertions que lorsque l'expérience et l'observation les lui avaient confirmées : à ce mérite essentiel se joignait celui d'une latinité élégante.
Dans les siècles d'ignorance, où le latin était la langue usuelle des savants, la nécessité de parler en latin de tout et sur-le-champ avait introduit une latinité plate et barbare, formée de mots, d'expressions, de tours des langues vulgaires, déguisés sous des terminaisons ou une syutaxe latine. Après la