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bientôt le rendre aux sciences et à l'Académie. En 1 765, il donna un mémoire sur la durée des sensations de la vue, celui de ses ouvrages peut-être où l'on voit briller le plus et son talent pour imaginer des appareils qui conduisent à des expériences exactes et concluantes, et la sagacité avec laquelle il savait combiner et varier ses expériences, pour en tirer des résultats certains et précis.
Un enfant, en agitant circulairement un charbon allumé, produit l'apparence d'une roue de feu; une roue dentée qui tourne ne présente qu'un cercle continu; une corde sonore qui vibre avec rapidité paraît un losange : ces effets sont connus de tous les temps.
Ils prouvent que nos sensations ont une durée plus grande que celle de l'action de leur cause; l'ébranlement produit dans l'organe se prolonge après que le corps extérieur a cessé d'agir. Ce fait a lieu vraisemblablement pour tous nos sens, et c'est de cette circonstance que, peut-être, on pourra déduire un jour les lois de la composition musicale, si ces lois ont leur base dans la nature; mais c'est surtout pour le sens de la vue que ce phénomène est sensible, parce que c'est le sens pour lequel nous pouvons le plus aisément nous assurer que l'action extérieure a cessé, et séparer la durée de la cause de celle de l'effet.
Personne n'avait encore songé à soumettre ces observations au calcul , à déterminer la vitesse nécessaire pour produire ces apparences, et à mesurer par conséquent la durée de chaque impression ins-
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tantanée : c'est l'objet que s'est proposé M. d'Arci. Il trouva que, pendant une nuit obscure , la sensation que produisait un charbon allumé durait environ huit tierces. Si on fait tourner un cercle où il n'y ait qu'une ouverture, et que derrière on place un flambeau, ce flambeau demeure toujours visible lorsque le cercle ne met que neuf tierces à faire sa révolution ; plus l'objet a d'éclat et d'étendue , en un mot, plus son impression sur l'organe est forte, plus la sensation a de durée, et moins il est nécessaire que le mouvement soit rapide.
C'est l'objet qui frappe le plus vivement nos yeux que l'on voit et qui dérobe la vue des autres. En effet, que l'on fasse passer soit un corps plus visible devant celui qui l'est moins, soit un corps moins visible devant celui qui l'est plus, c'est toujours le moins visible qui disparaît. L'objet qui produit une sensation continue, quoiqu'il n'ait frappé les sens qu'un instant, fait une impression plus faible que s'il agissait pendant tout ce temps sur l'organe; ou plutôt on a une sensation mixte qui, lorsque la différence de l'éclat est très -grande, ne paraît qu'un affaiblissement de la plus grande lumière, mais qui, si l'inégalité est moindre, est un véritable mélange des deux sensations.
Ainsi, un corps peut passer devant nosyeux sans être vu, et sans marquer sa présence autrement que par l'affaiblissement de l'éclat des objets qu'il couvre.
Ainsi, lorsqu'on fait tourner des cartons peints de jaune et de bleu , on n'aperçoit qu'un cercle continu de couleur verte. Ainsi, les sept couleurs du
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prisnfe,entournant rapidement, produisent un blanc obscur, et d'autant moins obscur, que le mouvement est plus rapide.
Comme cette durée de la sensation augmente avec l'éclat de l'objet, il aurait été intéressant de connaître suivant quelles lois l'augmentation de la durée suit celle de l'intensité de la lumière. On aurait pu chercher réciproquement de combien l'intensité de la lumière d'un objet que le mouvement rend continuellement visible se trouve dégradée; mais de telles expériences offraient une difficulté presque insurmontable, et M. d'Arci en avait éprouvé déjà beaucoup pour ses premières expériences. L'état de sa vue l'avait obligé de se fier à d'autres yeux que les siens, et ces nouvelles recherches exigeaient une attention et une immobilité difficile à obtenir d'un observateur qui n'aurait été soutenu dans ce travail si pénible, ni par l'espérance de la gloire, ni par le plaisir de suivre ses propres idées.
L'esprit qui a conduit M. d'Arci dans ce travail le guidait également dans tous ses ouvrages de physique : on le voit toujours occupé de comparer à la théorie mathématique les résultats des observations. Il cherchait, dans l'expérience, les éléments sur lesquels le calcul doit s'exercer, et les fondements d'après lesquels la géométrie peut conduire à la découverte des lois de la nature. En même temps il se servait des mathématiques pour ne demander aux expériences que ce qu'on peut en attendre, et pour les forcer à ne rien refuser de tout ce qu'elles peuvent donner.
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Tel est en particulier l'objet d'un mémoire sur les machines hydrauliques, imprimé en 1754, mémoire dans lequel M. d'Arci montre combien il est facile de s'égarer en cherchant par l'expérience les lois des effets susceptibles d'un maximum ou d'un minimum, et indique en même temps comment on peut former un système d'expériences qui, même dans ce cas, conduise à la découverte de ces lois.
On remarque également dans tous ses ouvrages des vues ingénieuses et philosophiques; l'auteur présente toujours ses recherches comme des essais qu'il se propose d'étendre et de perfectionner : mais le temps d'y mettre la dernière main lui manquait. Il avait l'ambition de son état , la seule ambition excusable, la seule qui puisse être utile. Son ardeur pour les sciences ne s'était point affaiblie par les distractions auxquelles deux guerres l'avaient forcé; plusieurs même de ses travaux sont datés de l'époque de ces guerres; mais ces longues distractions lui avaient fait perdre l'habitude du travail , et l'habitude plus nécessaire encore de suivre longtemps un même objet et une même idée. Comme il voyait les objets en grand, comme il voulait porter dans ses expériences une précision rigoureuse , le défaut de temps, les bornes de sa fortune ne lui ont trop souvent permis d'exécuter qu'une faible partie de ce qu'il avait conçu.
D'ailleurs M. d'Arci vivait dans le monde , et avec une belle figure, une taille avantageuse, un caractère ardent, une âme active, il était difficile qu'il ne se laissât point entraîner à une dissipation dont
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sa co«stitution lui permettait d'oublier la fatigue pour n'en sentir que les plaisirs; et l'emploi de ses talents pour les sciences a dû souffrir quelquefois des autres avantages que la nature lui avait donnés.
En 1770, M. d'Arci devint maréchal de camp et pensionnaire de l'Académie; il parut alors s'attacher plus particulièrement à cette compagnie; il la regardait comme sa patrie, et comme une république où il voulait être un citoyen considéré, mais seulement un citoyen. Les droits, et surtout la liberté de l'Académie, paraissaient son premier intérêt; l'apparence de la plus légère atteinte portée à ces objets sacrés pour lui suffisait pour exciter son indignation; il croyait que la liberté valait mieux encore que la paix ; opinion républicaine qu'il est dangereux d'exagérer, et dont il serait peut-être facile d'abuser, en l'appliquant au régime d'une compagnie savante, où ce ne sont pas, comme dans les associations politiques, les avantages des citoyens, mais les progrès des sciences qui doivent être le premier but de la société.
L'héritage d'un oncle que M. d'Arci avait en France, et qui lui avait servi de père, des récompenses militaires et des intérêts dans les mines, où il avait fourni à la fois des fonds et des vues utiles, avaient augmenté sa fortune ; il crut devoir la partager avec une nièce élevée à Paris squs ses yeux, et dont il avait longtemps observé avec intérêt l'esprit, le caractère et les vertus naissantes; il l'épousa en 1777, et prit alors le nom de comte d'Arci : il était dans l'âge où la société générale offre à peine des distrac-