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ÉLOGE DF. M. DE MONTIGNI

lités nuisibles , étaient d'un usage moins avantageux que les autres ; il fallait enfin remédier aux défauts qui pourraient exister dans leur fabrication , car il était assez vraisemblable qu'il y avait une cause réelle à ces plaintes exagérées.

M. de Montigni a rendu compte de son travail dans les Mémoires de l'xlcadémie de 1768. Tl y montre que les sources de Montmorot ne contiennent aucune autre substance que celles qui se trouvent dans toutes les sources voisines; qu'aucune n'en renferme de malfaisantes; que l'amertume, la causticité dont on se plaignait, venaient des vices de la préparation ; que des pains de sel marin mêlé de sel d'Epsom, pétris avec des eaux grasses qui renfermaient et des sels marins à base terreuse, et des matières susceptibles de putréfaction; que ces pains desséchés enfin sans précaution, de n)anière à permettre la formation de quelques parties de foie de soufre, justifiaient le dégoût du peuple, s'ils ne justifiaient pas toutes ses plaintes.

M. de Monligni proposa des moyens simples et peu dispendieux de corriger ces défauts; et ces moyens ont été adoptés. On devait s'attendre à ce résultat. Dans les manufactures libres, l'intérêt du commerçant suffit pour qu'il veille à la perfection de ses denrées; et cet intérêt est le meilleur et le plus sur de tous les inspecteurs : mais, lorsqu'une denrée nécessaire est soumise à un privilège exclusif, ceux qui exercent ce privilège ne peuvent avoir d'autre barrière que ce sentiment naturel qui triomphe de l'intérêt même, et nous empêche de faire

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tout le mal qui est en notre pouvoir. Heureux le peuple, lorsque, dans ces tristes circonstances, il trouve parmi les hommes éclairés un défenseur intègre et courageux, qui sache à la fois et faire entendre la voix de la justice, et ménager des intérêts qu'on croit liés à ceux du gouvernement!

Après avoir désabusé les habitants de la Franche- Comté, il fallait encore détromper les Suisses que les mêmes bruits dégoûtaient de nos sels. M. de Montigrii s'en chargea. En exposant avec simplicité ce qui était vrai, en inspirant la confiance par ses lumières, comme par sa franchise, il réussit sans peine auprès d'un peuple qui, respecté depuis longtemps en Europe par sa candeur, a mérité de l'être, dans ce siècle, par les hommes de génie qu'il a produits, et par le prix qu'il attache aux lumières.

Pendant ce voyage, M. de Montigni vit à Ferney M. de Voltaire, dont la sœur avait épousé son oncle paternel. On sait que pendant sa longue carrière, il n'avait point existé en Europe un malheur public sur lequel M. de Voltaire n'eût répandu des larmes, qu'il n'eût essayé de réparer, que du moins il n'eût dénoncé à cette petite portion de l'humanité qui fait sa principale occupation du bonheur général de ses semblables, et dont il avait mérité d'être en quelque sorte l'orateur et le chef; mais les malheurs des peuples voisins de ses terres étaient un tourment pour son cœur, en qui cet amour de l'humanité était, devenu par une longue habitude, une véritable passion.

Il proposa à M. de Montigni de se joindre à lui,

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pour procurer au petit pays de Gex, séparé de la France par des montagnes, la liberté de racheter, avec un impôt facile à lever, des droits que sa position et sa pauvrelé lui rendaient insupportables, par les frais qu'exigeait en pure perle l'exercice de ces droirs. M. de Montigni était digne de seconder de telles vues. Pendant treize ans entiers, ni lui, ni M. de Voltaire, ne cessèrent de s'en occuper; et le pays de Gex obtint enfin, en 177 5, cette grâce, qui répandit la sérénité et le bonheur sur les dernières années d'un grand homme.

En 1763, M. de Montigni s'occupa d'un travail encore relatif aux contestations et aux plaintes, suites trop nécessaires de tout impôt sur les consommations. Il s'agissait des droits sur l'esprit-de-vin , et de la manière d'avoir égard dans les droits d'entrée aux différents degrés de force de cette liqueur. Les fermiers généraux et les commerçants s'en étaient rapportés à sa décision; et si cette confiance des négociants faisait honneur à M. de Montigni, celle des fermiers généraux ne Itiir en faisait pas moins à eux-mêmes. Il proposa de se servir d'un aréomètre fort simple, d'une exactitude suffisante, et gradué d'après des mélanges artificiels d'eau et d'esprit-devin, faits dans différentes proportions. Il est de l mtérét public de mettre dans la perception des droits de ce genre une précision physique, même minutieuse, et d'employer une méthode assez simple pour être saisie par ceux qui doivent les payer; c'est la seule digue que l'on puisse opposer à l'arbitraire, qui sait briser ou éluder toutes les autres.

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Tels ont élé les principaux objets qui ont rempli la vie de M. de Montigni. Il avait été nommé commissaire du conseil pour le déparlement du commerce : cette place, créée en i-ySS pour M. Dufay, de cette Académie, a pour objet d'attacher à l'administration un savant qui , instruit de la partie scientifique des arts et de la partie des sciences qui s'applique immédiatement à l'utilité publique, puisse éclairer les administrateurs, auxquels les fonctions importantes dont ils ont été chargés dès leur jeunesse ne permettent pas toujours d'acquérir ces connaissances, qu'autrefois même ils ont paru quelquefois regarder comme inutiles. Souvent les questions qu'il faut résoudre sont trop peu importantes, ne sont pas susceptibles d'une décision assez précise, n'appartiennent pas assez directement aux sciences, et sont mêlées à trop de considérations étrangères, pour que l'avis d'un corps de savants puisse les décider. Quelquefois même, dans les affaires plus importantes, il faut avoir des connaissances plus étendues pour déterminer quelle est précisément la question sur laquelle on doit consulter une compagnie savante, pour juger si celte question mérite son examen, si elle n'est pas déjà décidée, ou par cette compagnie même, ou par l'accord de tous les hommes éclairés. Celui qui exerce cette place de commissaire du conseil est, en quelque sorte, un intermédiaire entre les savants et les administrateurs; il doit parler également le langage des lois et celui des sciences. La conduite de M. de Montigni a prouvé qu'il avait su remplir celte fonc-

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