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tion importante et souvent délicate avec autant d'intégrité que de lumières, avec autant de prudence que de courage.
S'il a donné peu de mémoires à l'Académie, les occupations dont il a été chargé doivent être son excuse; ceux qui contribuent par leurs découvertes aux progrès des sciences, et ceux qui les font respecter en les rendant utiles, ont également droit à l'estime des hommes, et doivent nous être également chers.
En rendant compte au public des travaux des confrères que nous regrettons, il doit nous être permis de lui exposer les motifs plus particuliers de nos regrets. M. de Montigni était cher à la Compagnie, par le zèle avec lequel il s'acquittait de toutes les commissions dont elle le chargeait, par l'exactitude et la précision avec lesquelles il lui rendait compte de ses commissions. Dans toutes les affaires, dans toutes les discussions intérieures qui pouvaient la partager, les avis de M. de Montigni étaient toujours inspirés par la modération et la sagesse, soutenus avec tranquillité, mais avec force, et dictés par une raison lumineuse, appuyée de l'expérience que l'habitude des affaires lui avait donnée. Comme il était utile au gouvernement par ses lumières dans les sciences, il l'était à l'Académie par celles qu'il avait acquises dans la magistrature et dans l'administration.
M. de Montigni avait toujours eu pour amis ceux de ses confrères qui, par leurs travaux et leurs découvertes, avaient obtenu une plus grande célébiilé ; il jouissait de leurs succès, et prenait part à leur
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gloire. Lorsque l'Académie, voulant honorer le génie d'un de ses membres moins ancien que lui, donna le titre de pensionnaire surnuméraire à M. D'Alembert,M. de Montigni s'empressa d'applaudir au vœu de la Compagnie, et d'appuyer de son consentement cette préférence accordée à son ami sur luimême. Il admettait à partager cette amitié si précieuse ceux même qui ne pouvaient la mériter que par leur zèle et par leurs efforts ; et c'est à ce titre qu'il m'a été permis d'être placé dans une liste si honorable.
M. de Montigni pensait (et sa conduite fut toujours conforme à ce principe) que des hommes qui n'ont qu'un même objet, la connaissance de la vérité, qu'un même but, l'utilité de leurs semblables, doivent, pour leur intérêt comme pour le bien de leur cause, être unis entre eux , et se contenter chacun de la portion de talent que la nature lui a donnée, et du bien qu'elle l'a rendu capable de faire : ainsi l'on voit ces astres différents en éclat et en grandeur , mais également nécessaires à l'ordre du monde, unis entre eux par une force commiuie, suivre en paix leur marche éternelle, tandis que ces météores passagers, fruit impur des exhalaisons de la terre, se poursuivent, se combattent, et disparaissent ensemble.
M. de Montigni vivait beaucoup dans le monde; il savait tempérer sa gravité naturelle par de la douceur et de la gaieté; poli sans affectation, conservant toujours une sorte de dignité qui repoussait la familiarité , mais inspirait les égards, et ne nuisait
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point à l'amitié, il savait rendre les sciences respectables par le ton qu'il avait dans la société, comme par sa conduite dans les fonctions de ses places.
Il ne s'était point marié, et ce lien n'avait pas été nécessaire à son bonheur; assez heureux pour conserver sa mère très-longtemps, et pour lui rendre des soins dans une longue vieillesse, il aimait avec l'affection d'un père ses deux nièces, M""* la comtesse de Mellé et M'"Ma comtesse de Sabran. Il avait trouvé en elles une tendresse égale à la sienne , et tout ce qui pouvait répandre des charmes sur sa vie, l'union des grâces et de la sensibilité de leur sexe, avec un caractère solide et une raison éclairée.
Sa santé, qu'il avait toujours ménagée, s'altéra l'hiver dernier. Il sentit par cet instinct que la nature nous a donné, que sa fin était prochaine; mais, ne voulant pas affliger les personnes qui lui étaient chères, il cachait avec soin ce sentiment, les entretenait d'espérances qu'il n'avait plus, et parlait tranquillement de sa convalescence, au moment même où il sentait que la mort allait terminer une existence devenue pénible. 11 jouissait, au milieu de ses maux, des soins de ses amis et des agréments de leur société, f oi/à encore une /jon ne fournée de passée, srrdce à vous et à mes amis, dit-il un jour à M"' la comtesse de Mellé, lorsqu'elle le quittait. Je me sens bien mal , lui dit-il encore le jour de sa mort; et, se reprenant bientôt : C'est la faute du temps , ajouta-t-il; ne vous fait-il pas bien mal aussi? Quelques heures après, il dit adieu à ses nièces, et les pria de le quitter : elles insistèrent pour rester
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auprès de lui. Non, leur dit-il, // est temps pour tout le monde de se retirer, et il expira quelques ins* tants après, le 6 mai 1782.
Telle est la fin d'un homme de bien et d'un sage , qui , ne laissant après lui ni des malheureux qu'il ait faits , ni des infortunés auxquels son existence soit nécessaire, termine sa vie sans inquiétude comme sans remords.
Son testament porte le caractère d« toutes les actions de sa vie. Il laissait sa fortune telle qu'il l'avait reçue : ses affaires étaient dans cet ordre si précieux aux hommes d'une probité scrupuleuse. Ils savent que c'est le seul moyen infaillible de ne pas s'exposer au malheur et au crime de manquer à leurs engagements, crime d'autant plus honteux, qu'il reste presque toujours impuni, et que souvent il est trop facile à ceux qui le commettent de se soustraire aux lois, ou même de les surprendre en leur faveur. Un partage égal de ses biens entre ses nièces, en laissant à chacune ce qui lui a paru le plus utile à sa situation, le plus conforme à ses goûts, des legs à ses domestiques, quelques présents à ses confrères et à ses amis, la fondation d'un prix sur une question de chimie immédiatement applicable à la pratique des arts, car il voulait être utile encore aux sciences et au public après sa mort, comme il l'avait été pendant sa vie, et l'être de la même manière , en répandant sur les arts les lumières nouvelles dont les sciences s'enrichissent : telles sont ses dispositions. Il a cru devoir parler dans ce testament de ses occupations, et il en parie
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avec simplicité, s'excusant d'avoir peu fait pour les sciences, par l'utilité des travaux dont le gouvernement Favait chargé, s'applaudissant de n'avoir pas entraîné l'administration dans des dépenses inutiles, n'ambitionnant d'autre gloire que celle d'avoir rempli ses devoirs d'homme et d'académicien , et d'avoir fait un peu de bien, sans avoir fait jamais de mal à personne.
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André-Sigismond Margraaf, directeur de la classe de philosophie expérimentale dans l'Académie de Berlin, membre de l'Académie électorale de Mayence, associé étranger de l'Académie des sciences, naquit à Berlin le 3 mars 1709, de Henneing-Christian Margraaf, apothicaire de la cour, et d'Anne Rellner.
Les livres ne peuvent rem placer les leçons des maîtres habiles, lorsque les sciences n'ont pas encore fait assez de progrès pour que les vérités qui en forment l'ensemble puissent être distribuées et rapprochées entre elles suivant un ordre systématique; lorsque la méthode d'en chercher de nouvelles n'a pas été réduite à des procédés exacts et simj)les, à des règles sûres et précises. Avant cette époque, il faut être déjà consommé dans une science, pour lire avec utilité les ouvrages qui en traitent; et comme cette espèce d'enfance de l'art est le temps où les préjugés y régnent avec le plus d'empire, où les
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savants sont le plus exposés à donner leurs hypothèses pour (le véritables principes, on risquerait encore de s'égarer si l'on se bornait aux leçons d'un seul maître , quand même on aurait choisi celui que la renommée place au premier rang; car ce temps est aussi celui des réputations usurpées.
Les voyages sont donc alors le seul moyen de s'instruire, comme ils l'étaient dans l'antiquité et avant la découverte de l'imprimerie. Le père de M. Margraaf le sentit; il envoya son fils étudier successivement sous Newman , sous Hoffman , sous Junker, sous Henkel, enfin sous Spielman , au fils duquel M. Margraaf a en le plaisir de rendre les leçons qu'il avait reçues de son père, en s'acquittant avec usure de la dette qu'il avait contractée.
C'est dans les laboratoires de ces savants chimistes, c'est en suivant les détails de leurs manipulations , en saisissant les traits de lumière qu'ils laissaient échapper, en épiant ces petits secrets de l'art dont chaque maître était alors jaloux de conserver la possession exclusive, que M. Margraaf parvint à rassembler tout ce qu'il était alors possible de savoir. Il revint dans sa patrie au bout de dix ans, chargé d'une immense collection de faits et de procédés , mais bien convaincu de la nécessité de les soumettre à un examen rigoureux; et depuis ce moment sa vie entière a été partagée entre son laboratoire et l'Académie de Berlin.
L'inventeur du phosphore, quel qu'il soit, a mérité de se voir disputer sa découverte pour avoir voulu en faire im secrel : c'est la suite ordinane et
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la juste punition de cette espèce de charlatanerie , dont plusieurs exemples semblables ont presque absolument corrigé les savants. Le phosphore, qui n'avait été longtemps qu'un objet de curiosité, était devenu le sujet de recherches plus sérieuses ; et après en avoir admiré les propriétés physiques, après avoir appris le secret de le produire, il restait à en découvrir la nature. M. Margraaf prouva le premier que le procédé très-compliqué employé pour faire le phosphore, pouvait se réduire à distiller avec une matière charbonneuse, la substance qui, combinée avec l'alcali fixe, forme le sel fusible de l'urine. Cette substance est composée d'un acide et d'une espèce de terre particulière vitrifiable sans addition, dans laquelle M. Proust a observé depuis des propriété.*: singulières , comme celle de se combiner avec les alcalis, et quelques autres qui la rapprochent du sel sédatif. Mais l'acide et la substance charbonneuse contribuent seuls à la production du phosphore. Tel fut le résultat du travail de M. Margraaf, et c'est tout ce qu'on pouvait savoir dans un temps on les chimistes n'observaient point encore les altérations que l'air éprouve dans leurs expériences. Quoique la théorie des substances salines fût une des parties les plus avancées de la chimie, il restait encore beaucoup d'incertitude sur la nature de quelques-uns des sels même les plus communs. M. Margraaf a prouvé le premier que la base de l'alun est luie terre argileuse; que celle (|ui, dans l'eau mère du sel marin, reste combinée avec son acide, qui est la base des sels amers contenus dans
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plusieurs eaux minérales, qui entre en très-grande quantité dans la serpentine de Saxe et dans plusieurs pierres du même genre, est une terre particulière, et qu'elle n'appartient à aucun des trois genres admis alors par les chimistes, d'après l'autorité de Pott et de ses nombreuses expériences : c'est celle que l'on appelle aujourd'hui terre magnésienne. On voit souvent dans la chimie le nombre des substances regardées comme simples se multiplier, parce qu'une meilleure philosophie , ou des observations plus exactes, détruisent les hypothèses d'après lesquelles on s'était permis de confondre des substances séparées; et d'autres fois on voit ce même nombre diminuer, parce que la découverte de quelques vérités, l'emploi de nouveaux moyens, nous apprennent le secret de la composition de certains corps qui avaient constamment échappé à l'analyse.
M. Duhamel avait montré le premier que la base du sel marin n'est ni une terre ni un mélange d'alcali végétal et de terre, mais un véritable alcali qui a toutes les propriétés communes à cette classe de sels , et qui diffère de l'alcali fixe du tartre par des propriétés constantes. M. Margraaf, en ajoutant de nouvelles preuves à celles de M. Duhamel , a fait connaître le premier plusieurs des phénomènes que présente cet alcali minéral. Une des raisons de ne pas l'admettre au rang des sels, était l'opinion que l'alcali fixe, tiré des cendres végétales, est le produit du feu ; et M. Margraaf a encore prouvé que cet alcali existe tout formé dans le tartre et dans plusieurs végétaux.
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La chimie des métaux ne doit pas moins à ses recherches : il a donné de nouveaux moyens d'obtenir, dans un degré de pureté pkis parfaite, l'argent, le zinc, le régule d'antimoine et l'étain, qu'il a trouvé souvent combiné avec une petite portion d'arsenic. Des chimistes français ont depuis perfectionné ce dernier travail , et montré que le mélange de ces deux substances métalliques est purement accidentel. M. Margraaf parvint aussi à dissoudre, dans les acides du règne végétal, plusieurs métaux qui résistent à l'action de ces acides sous leur forme métallique, et y cèdent lorsqu'on les y soumet sous celle du précipité. Il fit voir que la plupart des métaux , et l'or même, sont attaqués par l'alcali fixe qui les dissout; propriété singulière par laquelle les alcalis se rapprochent des acides, si longtemps regardés comme leurs implacables ennemis. Les travaux de M. Margraaf sur le platine ont contribué à étendre les connaissances des chimistes sur cette substance, digne d'intéresser également et par le grand nombre d'usages utiles auxquels on peut l'appliquer, et par ses propriétés singulières , faites pour conduire peut-être un jour à des découvertes importantes sur la composition ititime des métaux, et sur la qualité qui les distingue essentiellement des autres corps de la nature.
Enfin, M. Margraaf a eu le mérite d'enrichir la chimie d'un nouveau demi-métal, du régule de manganèse; découverte d'autant plus importante qu'elle a confirmé ce qu'avait fait présumer l'exemple du platine , en nous montrant que le nombre des
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substances métalliques est bien moins borné qu'on ne l'avait cru ; que l'opération par laquelle la nature forme les métaux est plus étendue, plus variée, et qu'ainsi nous avons une espérance mieux fondée de surprendre un jour ce secret important.
L'analyse de la pierre connue sous le nom de lapis lazuli , à laquelle M. Margraaf a joint depuis celle de la topaze de Saxe, est le premier modèle de l'analyse complète d'une pierre dure, formée de plusieurs éléments terreux , assez exactement combinés pour que leur réunion présente les apparences de l'homogénéité. Cette partie de la chimie a fait depuis des progrès immenses , surtout entre les mains de M. Bergman; mais ces progrès ne doivent qu'augmenter la reconnaissance due à celui qui est entré le premier dans la carrière.
M. Margraaf, frappé du goût sucré de plusieurs substances végétales, chercha les moyens de reconnaître le principe auquel elles le doivent, de l'obtenir à part , enfin de s'assurer s'il est le même dans toutes ces substances : il employa l'esprit-de-vin pour dissoudre le corps sucré, et le séparer des parties gommeuses et extractives ; ce procédé lui réussit, et le conduisit à déterminer avec assez d'exactitude la quantité de sucre absolument semblable au sucre ordinaire que chaque plante peut contenir : le suc du bouleau, la fécule du chervi, les fleurs même du tilleul en produisent des quantités très-sensibles. On sait que cette même partie sucrée est celle qui, par la fermentation, donne le plus d'esprit ardent ; et M. Margraaf parvint à obtenir de ces fleurs mê-
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lées à l'eau, une espèce de vin qui , }3ar la distillation , lui produisit un véritable esprit chargé de l'odeur agréable qui leur est propre.
L'analyse des calculs de la vessie fit observer à M. Margraaf qu'ils ne sont pas tous de la même nature ; de deux pierres qu'il examina, l'une était presque entièrement composée de substances volatiles, tandis que l'autre contenait une quantité trèsconsidérable d'une substance fixe et terreuse : les causes qui ont formé deux produits si différents dans le même lieu et avec le même fluide, pouvaientelles être les mêmes? S'il existe des moyens de dissoudre ces calculs, ou du moins de les empêcher de croître, ces moyens ne doivent-ils pas être appropriés il la nature des différentes pierres et varier comme elles? Les symptômes de la maladie qu'elles produisent sont-ils exactement les mêmes? et n'y aurait-il pas des moyens d'apprendre à les distinguer avant l'extraction ? Ces questions, que fait naître la lecture du mémoire de M. Margraaf, sont intéressantes ; les connaissances qui résulteront un jour de l'application de la chimie à l'étude des corps vivants et de leurs fonctions, nous offriront peut-être contre nos maux des ressources que nous n'oserions prévoir aujourd'hui : mais cette application a été négligée jusqu'ici, soit parce qu'elle exige une réunion trop rare de connaissances , soit parce que le genre d'esprit qui fait chercher et trouver des routes nouvelles est encore plus rare que le talent de l'invention, avec lequel il ne faut pas le confondre.
La dernière de ces qualités semble n'exiger que
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la force de tète capable de rassembler beaucoup d'idées et d'en suivre les combinaisons; mais lorsqu'il faut de plus créer à la fois et les méthodes qu'on emploie, et jusqu'aux questions qu'on se propose de résoudre, on a besoin de réunir cette justesse qui empêche de s'égarer, cette finesse qui démêle les petites nuances des objets , cette hardiesse à laquelle la vue des difficultés n'inspire que le désir phis ardent de les vaincre ; qualités rares en ellesmêmes, et qui, dans les esprits d'une trempe commune, semblent s'exclure mutuellement.
Les arts doivent aussi quelques découvertes à M. Margraaf, celle de la composition d'une laque rouge pour la peinture , dont le secret était perdu ; celle d'un moyen d'obtenir la fécule bleue de la guède, en la retirant d'un insecte qui se nourrit des feuilles de cette plante, et se charge de sa couleur; enfin, plusieurs compositions de pierres factices qui imitent la dureté et le brillant des pierres précieuses, autant que le permet la différence des moyens employés à les produire : ce dernier objet, considéré par rapport aux sciences, n'est pas même sans utilité; la comparaison des propriétés physiques des pierres naturelles et des pierres factices, avec leurs propriétés chimiques et les différences qu'elles présentent dans leur analyse, peut nous conduire à des connaissances importantes sur les lois d'après lesquelles la nature exécute ces opérations, dont elle a caché le secret dans le sein de la terre.
On ne peut refuser à M. Margraaf la gloire d'avoir été un des savants de ce siècle qui ont le plus per-
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fectioiiné l'analyse chimique, soit celle qui sait démêler les principes des corps, en observant les phénomènes qui se présentent, les combinaisons qui se forment lorsqu'on les soumet aux opérations de l'art; soit cette autre analyse plus parfaite qui s'occupe de séparer ces principes et de les présenter à part, chacun dans son état de pureté, ou du moins dans celui que nous pouvons regarder comme tel. En effet, des observations nouvelles, un examen plus approfondi semblent nous avertir que, dans presque toutes les opérations de la chimie, nous ne séparons les principes constitutifs d'un mixte qu'en les combinant en même temps avec d'autres substances, et qu'il ne nous est pas donné d'en saisir aucune dans un état vraiment élémentaire.
M. Margraaf joint à cette gloire celle davoir contribué, par son exemple, à introduire dans les ouvrages de chimie et dans les procédés de cette science, une méthode claire, simple, vraiment scientifique; peut-être jamais aucun physicien n'a porté à un si haut degré l'entière exclusion de tout système , de toute hypothèse; à peine se permet-il même quelque explication : si, par exemple , il admet la doctrine de Stahl sur le phlogistique, on croirait, par la réserve avec laquelle il en parle, qu'il avait quelque pressentiment que cette doctrine, si généralement adoptée alors, serait bientôt, au moins, ébranlée. Ses mémoires se bornent à l'exposition des faits; cette exposition est claire; les procédés par lesquels il parvient à ces faits sont simples; il sait en exclure avec habileté tout ce qui pourrait laisser des