‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 109 sur 347 · RAPPORT SUR L'ART DU POTIER D'ETAIN. UZ · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR L'ART DU POTIER D'ETAIN. UZ

L'étaiii, à mesure qu'il est séparé de la mine, se rassemble dans un carré, oii il est tenu longtemps en fusion au milieu de la poudre dt; charbon.

Plusieurs auteurs ont suspecté la pureté de l'étain vierge, même de celui qui vient directement des mines, et l'on a été jusqu'à prétendre que celui d'Angleterre était allié de cuivre. M. Salmon indique, à cette occasion, les caractères dont les potiers d'étain ont coutume de se servir pour reconnaître si l'étain est allié, et il fait voir que ces moyens sont défectueux; il prouve également que le procédé indiqué par M. Geoffroy, dans les Mémoires de l'Académie pour l'année 1788, ne remplit pas son objet.

Ces observations conduisent M. Salmon à chercher un moyen expéditif, sûr et à la portée des ouvriers, pour déterminer le degré de pureté de l'étain; et cette discussion forme le sujet du troisième chapitre. Il y fait voir que, si l'on rapproche la pesanteur spécifique du métal de quelques autres caractères que fournissent les différents alliages, il sera toujours aisé de déterminer la qualité et la quantité du métal allié. La valeur hydrostatique est sans doute le moyen le plus exact et le plus sûr pour déterminer la pesanteur spécifique des corps; mais M. Salmon observe avec raison que ce moyen demande des calculs continuels, qui sont au-dessus de la portée du commun des ouvriers; il exige d'ailleurs des instruments exacts et chers, et une adresse pour opérer qu'on n'a pas droit d'attendre des ouvriers. Il a imaginé, en conséquence, un moyen plus simple et mieux adapté à son objet. Il consiste à fondre successivement l'étain vierge, les différents métaux avec lesquels il peut être allié et les alliages eux-mêmes dans un même moule. Il est constant qu'alors, le volume étant toujours le même, la pesanteur spécifique est égale à la pesanteur absolue, et que toute l'opération se réduit à peser la médaille sortie du moule dans un trébuchet ordinaire. Le raisonnement pourrait fournir beaucoup d'objections contre cette pratique, mais elles se trouvent détruites par l'expérience, et il paraît, d'après les épreuves de M. Salmon, que le même métal, fondu successivement plusieurs fois dans le même moule, donne

IMi MÉMOIRES DE LAVOISIER.

constamment la même pesanteur, à la différence d'un cinq-centième tout au plus.

M. Salmon ;i fait fondre dans ce moule tous les étains du commerce qu'il a pu se procurer, et il a remarqué qu'ils pesaient tous 268 à 966 grains, c'est-à-dire que leur pesanteur spécifique était peu différente, ce qui annonçait qu'ils n'étaient que peu ou point alliés.

Il a fondu ensuite dans le même moule tous les métaux et les demimétaux, et il est parvenu ainsi à faire une table de pesanteur spécifique à la portée des artistes.

Après avoir examiné les métaux seuls et dans leur état de pureté, M. Salmon passe à leurs alliages. La plupart des substances métalliques ne peuvent être alliées qu'en très-petite quantité avec l'étain; autrement elles le rendraient aigre et cassant. A peine l'alliage, si l'on en excepte le plomb, peut-il être porté à deux pour cent; aussi, est-ce à cette proportion que M. Salmon a fixé le terme de ses expériences. Il examine successivement les changements survenus à l'étain par son alliage avec toutes les substances métalliques, en commençant par les plus denses, savoir, l'or, le platine, etc. et de la couleur, ainsi que de toutes les circonstances qu'il a pu rassembler, il en tire des caractères pour connaître la qualité de l'alliage, tandis que le poids de la médaille lui en donne les quantités.

M. Salmon passe ensuite à l'action des acides sur l'étain et aux conséquences qu'on en peut tirer sur la pureté de ce métal. Il prétend que M. Marggraf a plutôt supposé que prouvé la présence de l'arsenic dans l'étain ; que, s'il existe des étains arsenicaux, ce sont ceux dont le grillage a été négligé dans le travail de la mine; que ce métal est peu attaqué par les acides végétaux; qu'il a été administré comme remède par les anciens; enfin, il rapporte nombre d'autorités, d'après lesquelles il conclut que, si l'étain a des qualités dangereuses, c'est au plomb et aux métaux dont il est allié qu'elles sont dues.

M. Salmon termine cette première partie par des observations sur le commerce extérieur de l'étain et sur les droits auxquels il est assujetti aux entrées du royaume.

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Ces prolégomènes de l'Art du potier d'étain nous ont paru dignes des éloges de l'Académie. Ce que M. Salmon nous a fait voir de l'art luimême nous a paru bien fait et les planches bien exécutées. Nous pensons, en conséquence, que l'Académie ne peut que se féliciter de ce que M. Salmon a bien voulu se charger de la description d'un art aussi intéressant et doit l'encourager à la continuer.

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