‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 128 sur 347 · PAR LES SUBSTANCES MÉTALLIQUES · texte numérisé non relu

PAR LES SUBSTANCES MÉTALLIQUES

Du tli janvier 1778.

L'Académie nous a chargés de lui rendre compte, M. Macquer et moi, d'un mémoire de M. Bucquet, sur la décomposition du sel ammoniac par les substances métalliques.

Ce travail important manquait presque entièrement à la chimie; il existait à peine quelques faits isolés, mais ils n'étaient point encore assez nombreux pour faire corps avec le reste de la science et pour qu'on en pût tirer des résultats généraux. Le mémoire de M. Bucquet embrasse l'universalité de ce travail; il a combiné avec le sel ammoniac toutes les substances métalliques connues, métaux et demi-métaux , à l'exception du platine. La lecture de ce mémoire à l'Académie est trop récente pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans le détail de chaque expérience en particulier.

Nous rappellerons seulement ici à 1 Académie que presque toutes les expériences de M. Bucquet ont été faites doubles, d'abord en petit pour recevoir les différentes espèces d'air ou de gaz qui se dégagent pendant la décomposition; puis en grand, pour obtenir une quantité plus considérable des produits fluides ou concrets résultant de l'opération. M. Bucquet, dans les expériences du premier genre, a toujours opéré avec du mercure; il introduisait ensuite sous les cloches, dans

lesquelles il avait reçu l'air ou le gaz qui s'était dégagé, une quantité d'eau suffisante pour absorber toute la quantité d'air ou de gaz miscible à l'eau. On voit qu'à l'aide de ces précautions M. Bucquet a été à portée de déterminer avec une grande précision, i° la quantité totale d'air ou de gaz dégagé; 2° la portion de ce même gaz qui était susceptible de se combiner avec l'eau; S** celle au contraire qui était non miscible à l'eau; k" la quantité de fluide passé dans la distillation; 5** la portion concrète sublimée; 6" le résidu demeuré au fond de la cornue.

Nous ferons remarquer ici en passant que c'est un des grands avantages de l'application des découvertes modernes à la chimie, de pouvoir faire des distillations sans perte; en effet, il est possible en opérant avec soin, et comme M. Bucquet l'a fait, de retrouver, en réunissant les produits aériformes, les produits fluides et ceux concrets, la totalité du poids des matières employées, précision très-précieuse à laquelle on n'avait jamais prétendu avant la découverte de M. Priestley, et dont M. Bucquet fait une application très-heureuse dans le mémoire dont nous rendons compte.

Le sel ammoniac est, comme l'on sait, le résultat de la combinaison de l'acide marin avec l'alcali volatil ; les métaux sont également, suivant l'opinion généralement reçue, une combinaison du phlogistique avec une terre métalhque; la décomposition des métaux par le sel ammoniac est donc nécessairement le résultat d'une double affinité; cette décomposition est déterminée, d'une part, par la tendance plus ou moins grande qu'a l'acide marin à s'unir à la substance métallique employée, et de l'autre à l'adhérence plus ou moins grande du phlogistique avec la terre métallique.

Cette manière, très-chimique, d'envisager la décomposition du sel ammoniac par les substances métalliques, s'applique d'une manière très-heureuse au delà des faits, et les expériences multipliées que M. Bucquet rapporte dans son mémoire prouvent que le cuivre, le fer et le zinc sont les substances métalliques qui décomposent le plus aisément et le plus complètement le sel ammoniac; que l'étain opère

une décomposition incomplète, enfin que ce sel n'est pas susceptible d'être décomposé par l'or, l'argent, le mercure, le cobalt, le régule d'antimoine; ce qui s'accorde parfaitement bien avec la théorie des doubles affinités que M. Bucquet a adoptée.

On sait que la plupart des substances métalliques, en se dissolvant dans l'acide marin, occasionnent une effervescence considérable, et M. Priestley nous a appris que cette effervescence était due au dégagement d'un fluide élastique inflammable. Ce même phénomène arrive dans la décomposition du sel ammoniac : l'acide marin en s'unissant à la substance métallique produit également de l'air inflammable. M. Bucquet en a retiré dans le plus grand nombre des expériences oii il y a eu décomposition du sel ammoniac, et cette circonstance ne peut que confirmer l'opinion où est M. Bucquet que, dans toute décomposition du sel ammoniac par une substance métallique, il s'opère une véritable dissolution de la substance métallique par l'acide marin.

Tout semblerait devoir porter à conclure que l'alcali volatil, dégagé du sel ammoniac par les métaux, est dans un état de causticité parfaite; il n'existe rien en effet, du moins en apparence, dans cette combinaison qui puisse fournir du gaz ou acide méphitique à l'alcali volatil, cependant M. Bucquet a observé que l'alcali volatil obtenu par l'intermède des substances métalliques faisait presque toujours une effervescence marquée avec les acides; il s'est assuré que cette effervescence était due à deux causes : i" au dégagement d'une petite partie de gaz méphitique que contiennent ces alcalis; 2° à la conversion d'une partie de l'alcali volatd lui-même en gaz alcalin, conversion qui est occasionnée par la chaleur qui existe à l'instant du mélange.

La suite d'expériences dont nous venons de rendre compte peut être regardée comme un travail très-précieux pour la chimie. Celui que M. Bucquet annonce sur la décomposition du sel ammoniac par les chaux métalliques contiendra sans doute des phénomènes encore plus intéressants; en effet, le principe qui augmente le poids des chaux métalliques doit jouer un rôle dans toutes ces décompositions, et ce genre d'expériences est d'autant plus important à suivre qu'il offre un

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moyen sûr pour faire une analyse rigoureuse de toutes les chaux métalliques. Nous pensons, en conséquence, que l'Académie ne peut qu'applaudir au choix que M. Bucquet a fait de son sujet et à la manière dont il l'a traité, et nous concluons qu'il mérite, à toutes sortes d'égards, l'approbation de l'Académie et d'être imprimé dans le recueil des mémoires présentés par des savants étrangers.

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