‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 169 sur 347 · SUR LA MINÉRALOGIE DU KAMTSCHATKA · texte numérisé non relu

SUR LA MINÉRALOGIE DU KAMTSCHATKA

Du 7 février 1781.

Nous avons examiné, par ordre de l'Académie, M. de Montigny et moi, un mémoire de M. ie baron Dietrich, correspondant de l'Académie , ayant pour titre : Recueil d'observations sur les volcans et la minéralogie du Kamtschatka.

Différents auteurs ont déjà enrichi les sciences de descriptions détaillées du Kamtschatka , notamment M. Guillaume Steller, qui y avait été envoyé en 1788 par la cour de Russie, qui périt de froid en revenant à Pétersbourg, mais dont une partie des travaux nous ont été conservés; et M. Kraschenninikoff, qui fit le même voyage dans le même temps, et dont les observations ont été publiées en français, d'abord en 1767 à Lyon, et depuis à Paris, en 1768, à la suite du voyage de l'abbé Ghappe en Sibérie. Plusieurs autres auteurs avaient écrit sur le même sujet : M. Muller, M. Staëhlin en allemand, M. Raspe en anglais. On trouve dans ces différents auteurs des observations minéralogiques de la plus grande importance; mais, comme elles sont éparses, qu'elles se trouvent confondues avec des objets absolument étrangers, et que la différence des langues les met hors de la portée du plus grand nombre des lecteurs, elles sont en partie perdues pour les naturalistes. M. Dietrich a senti, en conséquence, combien il serait utile de rapprocher les faits et les opinions, de les éclaircir et de les confirmer les

unes par les autres, et de former un ouvrage suivi de tout ce que nous avons sur la minéralogie du Kamtschatka : c'est l'objet qu'il s'est proposé dans l'ouvrage dont nous rendons compte.

Sans suivre M. Dietrich dans les détails intéressants dans lesquels il entre, nous nous contenterons de dire que le Kamtschatka, en général, est un pays de montagnes, qu'on les peut distinguer principalement en deux espèces : les unes, qui forment en quelque façon des chaînes continues; les autres, au contraire, qui se présentent sous la forme de pains de sucre isolés. Toutes celles de cette dernière espèce n'offrent de toutes parts que des laves, des ponces, des matières volcaniques, et, en général , tous les caractères qui dénotent qu'elles ont été embrasées. Une partie même brûlent encore aujourd'hui et sont sujettes à de violentes éruptions : elles vomissent alors de la flamme, de la cendre, des quartiers même de rochers, et il en découle des torrents de lave, de la même manière qu'on le rapporte du Vésuve et de l'Etna.

Il paraît, d'après les descriptions rassemblées par M. Dietrich, que toute la partie volcanique du Kamtschatka a été le théâtre de bouleversements terribles, que des montagnes entières d'une très-grande hauteur ont été élevées par l'accumulation successive des matières vomies par les volcans, que d'autres ont été abîmées et englouties et remplacées par des lacs.

On conçoit que, dans un pays encore pour ainsi dire tout embrasé, les sources d'eau chaude ne doivent point être rares; aussi paraît-il qu'on en rencontre presque à chaque pas dans la partie du midi et du levant; mais, par une exception difficile à expliquer, il ne s'en trouve presque aucune dans la partie du nord et du couchant, quoique les montagnes fumantes et enflammées se prolongent beaucoup plus loin. Au lieu d'eaux thermales, on observe dans cette partie des eaux alumineuses et vitriohques.

Une autre observation remarquable, c'est que, lorsque les sommets des montagnes vomissent de la fumée, si l'une d'elles vient à s'allumer, la flamme se communique de l'une à l'autre par des relations inconnues, ce qui avait fait présumer qu'il existait des correspondances

Page 1