‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 182 sur 347 · LE MEPHITISME DES PUITS · texte numérisé non relu

LE MEPHITISME DES PUITS

Du 8 mars 1783.

Nous avons été chargés par l'Académie, M. Berthollet et moi, de iui rendre compte d'un Mémoire de M. Cadet de Vaux, sur le méphitisme des puits de Paris, et sur les moyens qu'on peut employer pour y remédier.

M. Cadet cite deux exemples de puits méphitiques, pour lesquels il a été consulté, l'un rue de Bourbon-Villeneuve, l'autre au faubourg de Gloire. Il paraît que la vapeur qui infectait ces puits, et qui en rendait l'accès mortel pour ceux qui y descendaient, était principalement de l'air fixe. Ayant été appelé pour désinfecter l'air du premier de ces puits, il commença par en renouveler l'air par le moyen d'un dégagement considérable d'esprit de sel. Il fit descendre, à cet effet, avec une ficelle, une capsule qui contenait du sel marin; il versa dessus, par le moyen d'une fiole à laquelle était adaptée une bascule, de l'acide vitriolique; bientôt le puits fut rempli de vapeurs blanches, et, quand elles se furent dissipées, l'air du puits, sans être entièrement rétabli, avait été cependant amené à un point de salubrité tel qu'on pouvait y descendre, et y rester quelque temps sans être incommodé. Poui* achever d'en désinfecter entièrement l'air, M. Cadet se servit d'un fourneau de réverbère garni de son dôme. Au conduit était adapté un long tuyau qui descendait dans le fond du puits. Il est sensible qu'en allumant un grand feu de charbon dans ce fourneau, il devait s'établir un courant d'air, que celui qui était au fond du puits devait être aspiré par

le fourneau, et qu'il devait être remplacé à mesure par de l'air salubre. L'effet a répondu à ce qu'on devait en attendre; mais M. Cadet de Vaux remarque que le renouvellement de l'air se fait lentement : l'air salubre tombe le long des parois du puits, et il reste au milieu un noyau d'air méphitique, s'il est permis de se servir de cette expression, qui ne se renouvelle qu'à la longue.

Le dégagement d'acide marin en vapeur ne suffit pas toujours pour rendre, môme momentanément, respirable l'air méphitique des puits, et M. Cadet de Vaux en a fait l'expérience dans le puits du faubourg de Gloire. Il essaya de même, inutilement, le dégagement de l'alcali volatil du sel ammoniac, par la chaux. L'air de ce puits était tellement nuisible qu'il fut obligé, pour le rendre accessible, d'y faire descendre un grand brasier de charbon, au moyen duquel il parvint à renouveler l'air. Cette première opération donna aux ouvriers la facilité d'y descendre; après quoi, pour empêcher le retour du méphitisme, M. Cadet de Vaux y fit appliquer le fourneau dont nous avons déjà parlé, avec ses tuyaux d'aspiration, et les travaux se continuèrent ensuite sans aucune difficulté. Il remarque, à cette occasion, qu'il est dangereux de placer le fourneau trop près du puits, parce qu'alors l'air rendu méphitique par la vapeur du charbon est réabsorbé et rentre dans le puits. Il est donc nécessaire que le fourneau soit placé à plusieurs toises de son embouchure.

Ce nouveau Mémoire de M. Cadet prouve, de plus en plus, qu'il s'occupe avec zèle et intelligence des fonctions importantes qui lui ont été confiées, et qu'il y apporte toutes les connaissances et toutes les ressources de la physique et de la chimie. Nous croyons, en conséquence, que son Mémoire mérite d'être imprimé parmi ceux présentés à l'Académie par les savants étrangers.

Fait au Louvre, le. . .février 1788.

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