IV
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et des effets du nouveau combustible sur lequel il était question de se prononcer. En conséquence, pendant qu'elle se faisait, les commissaires se sont rassemblés et se sont concertés entre eux afin de convenir d'un plan d'expériences plus concluant. Ils ont d'abord unanimement reconnu que le seul moyen de comparer entre elles différentes espèces de combustible était de déterminer combien il s'en consommait et ce qu'il en coûtait, à effet échauffant égal ; que c'était sur ce principe qu'on avait opéré, en 1781, à l'Arsenal, lorsque le gouvernement avait ordonné des expériences de comparaison sur les différents combustibles en usage à Paris; que l'évaporation de l'eau avait été le moyen de comparaison qu'on avait pris alors, et qu'en conséquence on avait évaporé avec chaque combustible une égale quantité d'eau dans des circonstances exactement semblables, et qu'on avait jugé de l'effet utile par la quantité de combustible consommée. Ces expériences sont consignées dans le Recueil de l'Académie des sciences, année 1781, page 879.
Pour suivre le même plan à l'égard du combustible proposé par M. le prieur du Temple, les commissaires se sont transportés à la raffinerie de l'Arsenal, ils y ont fait choix de la plus petite des chaudières, et, l'ayant fait emplir, elle s'est trouvée contenir 980 litres d'eau. Ils ont d'abord employé pour l'échauffer et pour la faire bouillir du charbon de terre ordinaire; lorsque ensuite l'ébullition a été bien établie, on a cessé d'ajouter du charbon de terre, et à onze heures précises du matin on a commencé à y substituer le nouveau combustible. Le refroidissement qui a eu lieu, pendant qu'on chargeait le fourneau, a suspendu l'ébullition, et quoiqu'on ait fait des efforts pour la rétablir, en poussant, autant qu'il était possible, le nouveau combustible, loin de regagner des degrés de chaleur au thermomètre, l'eau en a perdu successivement, et à midi neuf minutes elle n'était plus qu'à 67 degrés et demi au lieu de 80, qui est le terme de l'eau bouillante.
M. le prieur du Temple a proposé alors d'ajouter du charbon de terre allumé pour rétablir l'ébullition, en tenant compte des quantités, sauf ensuite à l'entretenir avec le nouveau combustible. En conséquence, on a ajouté, en trois fois, huit livres de charbon de terre
RAPPORT SUR UN NOUVEAU COMRUSTIRLE. àbl
embrasé, qu'on a pris dans un des fourneaux de la raffinerie ; en une demi- heure l'ébuilition a été rétablie, et elle était complète à une heure deux minutes. Elle s'est soutenue, ensuite, pendant un quart d'heure environ, mais à mesure que le charbon de terre s'est consommé et que le nouveau combustible a été abandonné à ses propres forces, la chaleur a diminué, et à deux heures sept minutes l'eau n'était plus qu'à 76 degrés, en sorte que non-seulement le nouveau combustible n'a pas pu établir l'ébuilition, mais il n'a pas même pu l'entretenir.
Les auteurs du nouveau combustible, sous les yeux desquels ces faits se sont passés, ont observé,
1° Que la terre employée pour faire les briques provenait de la raffinerie, qu'elle avait été précédemment lessivée pour en tirer le salpêtre, qu'elle avait été dépouillée de ses sels et que, si l'on eût employé une autre terre, la chaleur du combustible aurait eu plus d'activité;
2° Que, dans le procédé ordinaire, on avait coutume de faire sécher les briques à l'air libre, mais que, pour accélérer la dessiccation et en préparer une plus grande quantité pour l'expérience ordonnée par M. le contrôleur général , on s'était servi d'un four et que le feu pouvait avoir altéré la qualité du combustible.
Non-seulement cette expérience démontrait clairement que le combustible proposé par M. le prieur du Temple avait peu d'activité, mais elle a même conduit les commissaires à soupçonner qu'il n'avait aucune propriété combustible, ou au moins qu'il n'en possédait qu'à un très-médiocre degré. Pour s'éclairer à cet égard, ils ont fait les expériences suivantes :
Ils ont choisi dans le laboratoire deux fourneaux portatifs tout semblables, et ils ont mis dans chacun une égale quantité du nouveau combustible avec de la braise bien allumée, mais, avec cette différence, que dans l'un des fourneaux la braise était placée sous le combustible, et que, dans l'autre, elle était placée par-dessus. La braise a bien brûlé dans les deux cas; mais celle qui avait été placée sur le combustible ne lui a point communiqué d'inflammation. Celle, au contraire, qui avait été placée par-dessous, lui a communiqué sa chaleur et a fait
rougir les briques dans les endroits qui l'avoisinaient. Mais, à mesure que la braise s'est consommée, l'intensité de la chaleur communiquée aux briques a diminué; elles ont noirci sans changer de forme, sans rien perdre de leur volume et sans donner aucun indice de combustion proprement dite.
On sait qu'un courant d'air bien ménagé a, en général, la propriété d'exciter et d'animer la combustion; le contraire arrive avec le nouveau combustible. Si l'on en prend un morceau bien rougi au feu et qu'on souffle dessus avec un soutïlet, il noircit sur-le-champ et précisément en proportion de ce que le courant d'air auquel on l'expose est plus rapide et plus froid. Nouvelle preuve qu'il n'est pas réellement susceptible de combustion.
Ayant mis en poudre grossière un fragment d'une des briques du nouveau combustible et l'ayant fait chauffer dans une cuiller de fer, la matière demeura de couleur grise cendrée à sa surface; mais, lorsqu'on enlevait la première couche avec une spatule de fer on s'apercevait que l'intérieur était rouge, quoique la cuiller le fût à peine, en sorte que ce qui a été présenté comme combustible n'est réellement qu'une substance qui a la propriété de rougir très-facilement au feu , de retenir et de conserver longtemps la chaleur qui lui est communiquée par un autre combustible quelconque, mais qui ne produit par elle-même aucune chaleur ou du moins qui en produit très-peu. C'est sans doute cette propriété, de rougir aisément, qui a fait illusion aux inventeurs et qui leur a persuadé qu'ils avaient fait une découverte importante.
Les commissaires, d'après cet exposé exact et fidèle des expériences qu'ils ont faites, croient pouvoir assurer que le prétendu combustible n'est pas combustible, ou du moins qu'il ne l'est qu'à un très-faible degré, qu'il ne peut être d'aucune utilité dans les arts, et que, s'il peut être employé avec avantage dans les usages de la société, ce n'est pas comme un agent propre à produire de la chaleur, mais seulement comme une espèce de réservoir propre à la retenir, à la conserver et à empêcher qu'elle ne se dissipe trop promptement.
PROCÈDE POUR CONVERTIR LA TOURBE EN CHARRON. /i53