LE CHARBON DE TOURBE
Par une requête présentée au conseil, le sieur Fremin expose : que depuis quatre ans qu'il s'occupe de recherches pénibles et dispendieuses sur l'usage de la tourbe, il est parvenu à en tirer un très-grand parti, soit en en formant des bûches factices pour tenir lieu de bois dans les cheminées, soit en la dépurant et en lui donnant une consistance solide et compacte qui la rend propre à être employée dans toute espèce de fourneau, soit, enfin, en la réduisant en charbon extrêmement pur, qui brûle sans fumée et sans odeur, et dont les riches peuvent se servir aussi bien que les pauvres. Que sa méthode, appliquée à tous les autres combustibles, les dégage de leur mauvaise qualité, sans qu'ils perdent rien de leur chaleur ni de leur durée; que ces combustibles, ainsi dépurés, se trouvent purifiés de la vapeur méphitique et d'une espèce d'huile dont ils sont imprégnés, et qu'ils sont alors beaucoup plus propres au travad du fer. Il ajoute que tous les avantages que le public doit retirer de l'usage de ces combustibles s'évanouiraient, s'il n'était assuré de retirer ses avances au moyen d'un privilège exclusif, limité à un nombre d'années suffisant, et pour son procédé seulement.
Le sieur Fremin invoque en sa faveur un procès-verbal, du 22 décembre 1785, dressé par MM. Bayen, Parmentier, Sage et Mitouart.
Il assure que, dès la première année, il sera en état de fournir deux cent mille voies de bois pour l'approvisionnement de Paris , cent mille voies de charbon de tourbe et deux cent mille voies de tourbe
RAPPORT SUR LE CHARRON DE TOURRE. Zi57
dépurée et corporifiée; que, la seconde année, il fournira cinq cent mille voies de charbon de bois, cinq cent mille voies de charbon de tourbe, le tout dépuré, et cinq cent mille voies de tourbe dépurée et corporifiée. 11 ofl're de livrer la tourbe dépurée et corporifiée à I12 sous la voie prise sur le marché à Paris, ou à 5o sous rendue chez les particuliers; le charbon de tourbe, à 3 livres 1 5 sous sur le marché et à 4 livres k sous rendue chez les particuliers; enfin, le charbon de bois, à U livres 18 sous la voie sur le marché, ou à 5 livres 6 sous chez les particuliers.
Les conclusions de cette requête ont été presque littéralement adoptées dans le prononcé d'un arrêt du Conseil du 1 1 septembre dernier, qui accorde au sieur Fremin le privilège qu'il a sollicité ; enfin, sur cet arrêt ont été expédiées des lettres patentes, le 18 octobre suivant, lesquelles ont été présentées au parlement pour y être enregistrées. C'est sur cet enregistrement, et avant d'y procéder, que le parlement, par arrêt du 3i décembre, a ordonné que lesdites lettres patentes seront communiquées au lieutenant général de police, au Châtelet de Paris, au prévôt des marchands et au substitut du procureur général du roi au bureau de la ville, respectivement assemblés, pour donner leur avis sur le privilège accordé. Le même arrêt ordonne que lesdites lettres patentes seront communiquées à l'Académie des sciences, pour donner également son avis sur les avantages ou inconvénients de l'usage de la tourbe dépurée et corporifiée, et réduite en charbon, comme aussi du charbon de bois dépuré par le procédé du sieur Fremin.
C'est dans cet état de choses que l'Académie nous a nommés, M. Sage et moi, pour mettre sous ses yeux les motifs propres à déterminer son opinion. Pour y parvenir, nous diviserons ce rapport en deux parties. Nous examinerons, dans la première, les différentes recherches qui ont été faites sur l'emploi de la tourbe et du charbon de tourbe, ainsi que les propositions qui ont été faites à cet égard en différents temps au Gouvernement et à l'Académie. Nous discuterons, dans la seconde, les avantages et les inconvénients des propositions de M. Fremin en particulier. Enfin nous terminerons ce rapport par