RAPPORT SUR L'EMPLOI DE LA VAISSELLE PLAQUÉE
surplus un calcul d'économie que chacun pourra faire, pourvu que la loi prononce que ce doublage des ustensiles de cuisine et autres destinés pour la préparation des aliments ne pourra être moindre de ^ en poids sur une épaisseur de f de ligne, et pourvu que ce titre soit bien assuré par l'application d'un poinçon qui le certifie. On peut s'en rapporter pour le surplus à ce qui sera dicté à chacun par son intérêt particulier.
A l'égard de la solidité de ces ustensiles, aucune expérience précise ne nous a mis à portée de l'apprécier. Nous avons cependant reconnu qu'en général elle était plus grande que nous ne nous y étions attendu , et que la couche d'argent résistait au frottement et au recurage assez longtemps continué , pourvu toutefois qu'on évitât d'employer le sablon, qui sillonne l'argent et qui découvrirait le cuivre à la longue. Il en sera au surplus de ces ustensiles comme de toutes choses, qui dureront d'autant plus longtemps qu'elles seront plus ménagées.
Le doublage des sieurs Tugot et Daumy a un autre avantage. Ils n'emploient et ne peuvent employer que de l'argent fin ou de coupelle. Ainsi, les bassines et casseroles préparées par eux seront même plus salubres que celles d'argent au titre de Paris, qui est allié d'un peu de cuivre et qui serait trop mou s'il était employé dans son état de pureté.
Nous pensons donc que le doublage d'argent proposé par MM. Tugot et Daumy, peut, sans inconvénient, être employé. pour les ustensiles de cuisine et pour la préparation des aliments , pourvu que l'épaisseur du doublage d'argent ne soit pas au-dessous de 7^ de ligne, ce qui revient au ^ du poids, sur une épaisseur de -j- de ligne environ.
RAPPORT
SUR
Du 5 août 1789.
La classe de chimie, conjointement avec MM. Tillet, Sage et d'Arcet, a rendu compte d'un mémoire renvoyé par M. Necker sur la manière de faire les essais.
L'Académie ayant chargé la classe de chimie, à laquelle elle a joint MM. Tillet, Sage et d'Arcet, d'examiner un mémoire qui lui a été adressé par M. Necker et qui a pour titre, Rapport de quelques expériences d'après lesquelles on propose une nouvelle méthode de procéder aux essais, qui n'a pas les inconvénients de celle dont on fait journellement usage, nous nous sommes réunis pour prendre connaissance de ce mémoire et pour examiner, avec tout le soin dont nous sommes capables, les faits qui y sont contenus.
L'auteur commence par faire observer que c'est d'après l'altération de l'or par l'acide du nitre, à laquelle, dit-il, on attribue principalement les variations des rapports des essayeurs, qu'il a cherché à rendre nulles ces variations, et qu'il propose pour cela de substituer une nouvelle méthode d'opérer à celle qui est depuis longtemps en usage. Mais nous devons dire que cette opinion n'est pas adoptée par le plus grand nombre des chimistes qui ont travaillé sur les essais, et que l'Académie a déjà décidé, dans une autre circonstance, qu'en employant de l'eau-forte à 21 degrés pour V essai et à 3o pour la reprise, l'or n'est point attaqué au point de rendre les résultats incertains. L'auteur, partant de ce principe, décrit ensuite des expériences que nous croyons
devoir faire connaître avant de porter notre jugement sur les inductions qu'il en tire.
L'objet de la première expérience est de déterminer la portion d'argent que peut dissoudre une certaine quantité d'eau-forte à un degré donné, i once de cet acide à 20 degrés a dissous 1 gros d'argent en 1 2 minutes et la liqueur s'est cristallisée. C'est d'après la cristallisation qu'il juge de la saturation de l'acide; mais on sait que ce phénomène n'est pas une preuve de la saturation complète d'un acide , et ne l'est pas sur la quantité de celui qui entre dans les cristaux.
La seconde expérience de l'auteur tend à prouver qu'il faut plus d'acide pour dissoudre l'argent lorsque ce métal est allié d'or. Voici comment il l'a faite : 1 2 grains d'or à 2 /i karats ayant été coupelles avec 36 grains d'argent, on a fait le départ avec U gros d'eau-forte à vingt degrés; l'ébullition a duré six minutes, et, le départ n'ayant pas été complet, cron s'est, dit-il, déterminé à ajouter une plus grande quantité d'acide, n et il ne désigne point la dose ajoutée. L'auteur n'apprend rien aux chimistes, qui savent depuis longtemps que, pour séparer un corps uni à un autre par un troisième corps, il faut toujours employer plus de celle-ci qu'il ne serait nécessaire si le premier était seul ; d'ailleurs cette expérience, quand elle serait exactement décrite, n'ajouterait rien, non plus que la première, à l'art des essais.
Dans la troisième expérience, l'auteur veut prouver que 6 gros d'eau-forte à 20 degrés peuvent départir, en dix minutes d'ébullition, un alliage de 3 parties d'argent fin et de 1 partie d'or; 1 2 grains d'or à ^k karats coupelles avec 36 grains d'argent à 1 2 deniers, ont été départis avec 6 gros d'eau-forte à 20 degrés par dix minutes d'ébullition; le cornet a été repris avec de l'eau-forte à 3o degrés, lavé et recuit; il s'est trouvé peser 1 2 grains juste. On ne voit pas plus quel a été le but de l'auteur dans cette expérience que dans les précédentes.
Nous avons remarqué, dans les descriptions de cette expérience, des observations de l'auteur qui semblent annoncer qu'il n'est pas tout à fait au courant de l'art des essais; d'abord il pousse l'ébullition de l'eau-forte dans le départ, jusqu'à obtenir le nitre d'argent cristallisé.
Il est reconnu depuis longtemps qu'il faut éviter soigneusement ce phénomène dans le départ, et qu'il est susceptible d'induire en erreur, à cause du sel qui peut rester sur le cornet et en surcharger le poids. Dans une note, l'auteur fait remarquer qu'en employant deux parties d'argent contre une d'or, comme il l'a fait cependant lui-même, on court quelques risques de ne pas obtenir des résultats exacts, i° parce que, dit-il, cela fait hérisser les coupelles; 2° parce que les boutons résultant d'un pareil mélange sont très-aigres et sujets à se gercer. On sait encore, depuis longtemps, que l'accident des coupelles hérissées dépend d'une irrégularité dans la température et d'un refroidissement subit; et que la qualité aigre des boutons est due au plomb qui peut rester dans l'alliage.
Par la quatrième expérience, l'auteur veut démontrer qu'une portion d'argent dissoute dans l'eau-forte empêche cet acide de porter son action sur l'or. Cette expérience sur les essais, plus décisive, plus importante que les trois précédentes, a fixé aussi particulièrement notre attention. Deux boutons, chacun de 12 grains d'or pur et de 3o grains d'argent, passés à la coupelle, avec 1 gros de plomb, par un feu très-vif, ont perdu , dit l'auteur, par l'absorption , ^. Nous observons d'abord, sur cette absorption, qu'il est très-singulier qu'elle ait été parfaitement égale dans les deux coupelles et que cela n'arrive presque jamais. Les deux boutons ont été départis avec 6 gros d'eauforte à 20 degrés; après dix minutes d'ébullition, la cristallisation s'est formée, dit l'auteur, ensuite on a fait la reprise de l'eau avec 6 gros d'eau-forte à 3o degrés, et de l'autre avec même quantité du même acide auquel on a joint 7 de dissolution d'argent; cette reprise a duré dix minutes. Le premier cornet, traité avec de l'eau-forte pure, s'est trouvé au titre de 28 karats 77, et il avait perdu ~. Le second, traité par l'eau-forte mêlée de dissolution d'argent, pesait juste 2/1 karats. Nous avons soupçonné quelque source d'erreur dans cette expérience, car le raisonnement, fondé sur toutes les expériences de chimie relatives à la dissolution des métaux, indiquait un autre résultat; d'autant plus que , la quantité d'acide pur réel dans l'une et l'autre des reprises
étant égale, l'action de cet acide paraissait devoir être la même dans l'une et l'autre opération. En effet, l'eau-forte, pour être mêlée avec j de son poids de dissolution d'argent, ne cesse pas d'être aussi acide et de conserver son énergie. Nous avons donc cru devoir répéter, et varier même l'expérience de l'auteur. Voici les résultats que nous avons obtenus : i° l'acide du nitre à 3o degrés n'agit pas plus, lorsqu'il est bien pur, sur l'or à a/i karats, par une ébullition de dix minutes, que celui qui est mêlé de dissolution d'argent; 2° si l'on prolonge l'ébullition, si l'on augmente la proportion d'acide, si l'on prend l'or en cornet très-mince , l'eau-forte , mêlée d'un quart même de dissolution d'argent, fait perdre quelques atomes au cornet, mais cette perte n'excède que très-rarement un demi trente-deuxième; 3** quelquefois, dans ces expériences comparatives, il arrive qu'un cornet d'or ne perd rien par l'eau-forte pure, tandis qu'il perd par l'eau-forte mêlée de dissolution d'argent, lorsqu'on augmente la proportion d'acide et lorsqu'on prolonge l'ébullition ; (1° l'essai, répété suivant le procédé de l'auteur, nous a presque toujours présenté de la surcharge dans le cornet d'or, et nous n'avons point observé de perte d'or par l'eau-forte pure et sans dissolution d'argent.
Dans la cinquième expérience, l'auteur se propose de démontrer qu'à la rigueur on peut faire le départ en ne mêlant que deux parties d'argent sur une d'or, et qu'en se conformant exactement à la manière d'opérer qu'il indique il devient inutile d'ajouter de l'argent à l'eau-forte de reprise. Cette expérience n'expose que des vérités trèsconnues de tous les chimistes, mais ce qu'elle présente de remarquable, relativement au but du mémoire, c'est que le seul procédé qui paraissait mériter quelque attention dans le travail de l'auteur, c'est-à-dire l'addition de l'argent à l'eau-forte de reprise, pour l'empêcher d'agir sur l'or, est ici comme réprouvé ou au moins jugé inutile, pourvu que, suivant l'auteur, on emploie de l'acide faible à 20 degrés, qu'on le fasse réduire presque à siccité dans le départ, qu'on fasse la reprise avec de l'acide à 3o degrés et pendant une minute seulement, comme l'auteur dit l'avoir fait dans cette dernière expérience.
L'auteur conclut de ses expériences,
1° Que l'acide du nitre attaque l'or, même sans qu'il soit trop concentré ;
9° Qu'on peut obvier à cet inconvénient en ajoutant à l'eau-forte de reprise j de dissolution d'argent;
3° Que cette addition n'est pas nécessaire lorsqu'on opère comme dans la troisième et la cinquième expérience ;
li° Enfin que la quantité d'argent ajoutée à l'or pour procéder au départ est trop considérable.
Quant à la première conclusion, le plus grand nombre des chimistes ne l'admet pas, comme nous l'avons déjà dit.
La seconde n'est rien moins que démontrée ; il est même à craindre qu'une portion de nitre d'argent ne s'attache au cornet et ne lui donne un peu de surcharge, par l'argent réduit pendant le recuit de l'or.
La faiblesse de l'acide nécessaire pour opérer le départ, et la proportion plus petite de l'argent de la coupellation que l'auteur propose n'offrent rien de nouveau pour l'art des essais. Ils ont déjà été indiqués par tous les chimistes qui se sont occupés de cet art, notamment par les commissaires de l'Académie, nommés par l'administration.
Nous pensons que le mémoire qui nous a été remis ne peut pas servir à perfectionner l'opération du départ et qu'on ne doit pas prendre un parti définitif sur la manière de faire cette opération importante , d'après les expériences trop peu nombreuses et trop peu exactement décrites dans ce mémoire.