A LA FORMATION DE L'EAU
Du 28 août 1789.
L'Académie nous a chargés, MM. Brisson, Lavoisier, Meusnier, d'Arcet et moi, de lui rendre compte d'un mémoire de M. Seguin qui renferme les détails et les résultats d'une nouvelle expérience sur la combustion des gaz hydrogène et oxygène.
L'eau , considérée comme un élément simple par le pi us grand nombre des physiciens, a paru composée à plusieurs d'entre eux. Quelques-uns ont avoué que, par une longue suite de distillation, elle se changeait en terre, mais des expériences précises ont fait voir que, dans cette opération, l'eau n'était pas altérée.
La comparaison du pouvoir réfringent de ce fluide avec celui des diverses substances diaphanes a conduit Newton à regarder le diamant comme une substance onctueuse coagulée, et l'eau, comme substance mitoyenne entre les corps inflammables et les corps non inflammables. Les vues de ce grand philosophe, confirmées par les expériences de ces derniers temps, montrent jusqu'à quel point une propriété commune à plusieurs corps peut éclairer un observateur attentif sur sa nature. Elles paraissent encore indiquer que le gaz hydrogène jouit d'un pouvoir réfractif considérable, d'autant plus digne d'être vérifié par l'expérience qu'il peut en résulter de nouvelles lumières sur les réfractions
astronomiques. La découverte et l'analyse des différents gaz a beaucoup étendu ses connaissances sur la nature des corps et en particulier sur celle de l'eau. M. Macquer a fait observer dans son Dictionnaire de chimie que la combustion des gaz hydrogène et oxygène produit une quantité d'eau sensible. Mais il n'a pas connu toute l'importance de cette observation, qu'il se contente de présenter sans en tirer aucune conséquence. M. Cavendish paraît avoir remarqué, le premier, que l'eau produite dans cette combustion est le résultat de la combinaison des deux gaz et qu'elle est d'un poids égal aux leurs. Plusieurs expériences faites en grand, d'une manière précise, par MM. Lavoisier, Meusnier, Monge, et par M. Lefèvre de Gineau, ont confirmé cette découverte importante, sur laquelle il ne peut maintenant rester aucun doute, qu'en sorte, à ne considérer que les substances que nous pouvons peser et retenir dans des vaisseaux, on peut regarder l'eau comme formée de la combinaison de l'hydrogène et de l'oxygène. Toutes les circonstances du développement du gaz hydrogène dans la dissolution des métaux par les acides nous prouvent qu'il ne peut venir que de la décomposition de l'eau, de manière que la combustion de ce gaz rend à la nature l'eau que sa formation avait détruite. Ainsi l'analyse et la synthèse se réunissent pour établir que ce fluide est composé d'hydrogène et d'oxygène.
Dans la plupart des expériences faites sur cet objet, l'eau contenait un peu d'acide nitrique; la nature bien connue de cet acide donne une explication très-simple de ce phénomène. Le gaz oxygène dont on a fait usage renfermait du gaz azote , et la combustion de ces deux gaz a formé l'acide nitreux observé dans ces expériences.
Cependant des physiciens célèbres pensent encore que l'acide nitrique est un résultat nécessaire de la combustion des gaz hydrogène et oxygène. Il était donc intéressant de varier l'expérience de cette combustion, de manière à obtenir une eau pure et sans acide.
MM. Fourcroy, Seguin et Vauquelin se sont réunis dans cette vue; ils ont retiré le gaz oxygène du muriate oxygéné de potasse. Ce gaz, sur 100 pouces cubes n'en renfermait que 3 d'azote ; le gaz hydrogène