SUR LE TITRE DES NOUVELLES CLASSES
La très-grande pluralité a été pour réunir l'agriculture à la botanique, et pour donner aux deux nouvelles classes et à celle de botanique les titres qui suivent :
Physique générale.
Histoire naturelle.
Botanique et agriculture.
Il a été arrêté, en outre, de prier le ministre d'interdire à l'Académie même de demander des surnuméraires,
A l'égard des changements à faire dans les classes, et de la liste des académiciens, on a jugé qu'il convenait de s'en occuper dans une
assemblée moins nombreuse et que les officiers en conféreront préalablement entre eux.
M. le duc d'Ayen et M. le duc de La Rochefoucauld ont observé que, quoique pour abréger on eût pris la forme d'une délibération , et qu'on eût été aux voix pour avoir l'avis de tous les membres du comité sur chaque objet, ces délibérations ne pouvaient pas être regardées comme régulières et comme légales, qu'elles ne pouvaient point engager l'Académie, parce que le comité extraordinaire, qui avait été convoqué, n'était qu'une assemblée consultative.
Il a été convenu que M. Lavoisier projetterait un règlement, qu'il le concerterait avec les officiers, et qu'il en serait rendu compte samedi dans le comité extraordinaire qui se tiendrait après l'Académie.
Note de l'éditeur. La réserve introduite dans la délibération par MM. le duc d'Ayen et le duc de La Rochefoucauld donne l'explication de la lettre suivante , qui prouve que ces deux académiciens avaient sollicité du roi des arrangements différents de ceux que la Commission adoptait sur la proposition de Lavoisier.
LETTRE DE M. RABirVET À M. LAVOISIER,
Pouvez-vous croire, Monsieur, que je ne fusse pas persuadé que vous aviez connaissance du nouveau projet? MM. les ducs d'Ayen et de La Rochefoucauld sont, il est vrai, les seules personnes qui m'en aient parlé; mais j'étais loin d'imaginer que ce ne fût pas chose délibérée et convenue entre les officiers et les principaux membres de la Compagnie. Ce n'est que jeudi dernier, et parle ministre lui-même, que j'ai appris que vous n'étiez pas instruit; si je l'eusse pu prévoir, ne doutez pas que je n'eusse proposé au ministre de commencer par donner communication des mémoires tant à vous. Monsieur, qu'aux autres officiers et à un certain nombre d'académiciens. Au surplus ceci me servira de leçon pour l'avenir, et je me promets bien de me tenir en garde, de manière à ne plus exposer le ministre à faire approuver par le roi ce qui ne sera pas démontré être le vœu de l'Académie. Il ne s'en est presque rien fallu que cela n'arrivât dans cette affaire-ci.
Il est vrai, Monsieur, qu'on m'a souvent parlé de votre crédit dans la Compagnie, mais on ne m'a point dit, et l'on m'eût dit inutilement que vous n'en faisiez pas un usage conforme au bien et à la justice. Le désir de la prépondérance est très-simple, très-naturel, et tout membre d'un corps le porte plus ou moins dans son corps. Mais vous, Monsieur, chef de parti, vous, de l'intrigue! Ne croyez pas que j'aie jamais eu une pareille idée; croyez que j'eusse renvoyé fort loin ceux qui eussent essayé de me la faire adopter. Je vous ai toujours regardé. Monsieur, non-seulement comme un homme du mérite le plus rare, mais encore comme le plus honnête. C'est ainsi que j'ai toujours parlé de vous toutes les fois que j'en ai eu l'occasion. Je désire votre confiance, votre estime, votre amitié; je les désire, parce que ce sont les sentiments que je vous ai voués, et que vous m'avez toujours inspirés; et, si jamais on cherchait à vous les rendre suspects, permettez -moi d'espérer qu'on n'y réussira pas.
Le ministre vient de me renvoyer ce que vous lui avez adressé. Je lui en rendrai compte demain; mais je présume qu'il ne fera rien qu'il n'ait reçu le résultat du comité, qui a dû s'assembler aujourd'hui à la suite de la séance de l'Académie.
J'ai l'honneur d'être, etc.