DES FILIGRANES
Les fdigranes n'étaient point considérés dans l'origine comme un moyen de sûreté dans la fabrication du papier. C'était simplement une marque de fabrique qui était suffisamment bien, pourvu qu'elle fût nette; et les fabricants de papier n'avaient aucun intérêt à se servir, pour cet objet, d'artistes très-habiles.
L'émission des billets de la caisse d'escompte, de quelques papiers publics et des billets de confiance, ont commencé à éveiller l'attention sur ce genre de sûreté; mais l'exercice de cet art, alors nouveau, ayant été confié à ceux qui étaient dans l'usage de construire les anciens filigranes, ou plutôt les anciennes marques de fabrique, l'objet qu'on se proposait n'a été que bien imparfaitement rempli.
Obligé de faire plusieurs formes pour satisfaire à la célérité exigée dans la fabrication , on se bornait alors à copier le filigrane de la première; mais ces imitations grossières n'établissaient pas une identité suffisante entre les feuilles de papier sorties de différentes formes.
Les filigranes étaient d'ailleurs composés de lames très -flexibles, susceptibles de s'étendre, de se déranger; elles n'étaient assujetties
qu'avec des iils de crin qui se rompaient : on était obligé d'y faire des réparations fréquentes. Ces formes demeuraient rarement une semaine, un jour même de suite dans le même état, en sorte qu'il n'existait entre les différentes feuilles de papier qu'une ressemblance très-grossière.
Aujourd'hui qu'on s'occupe d'une refonte générale des assignats et qu'on appelle le secours de tous les arts pour concourir à cette grande opération, il faut non-seulement s'attacher à établir une identité parfaite dans toutes les formes destinées à la fabrication d'une même espèce d'assignats, mais encore employer des procédés particuliers pour donner aux filigranes la solidité convenable pour empêcher qu'ils ne s'étendent, qu'ils ne se déforment, pour les fixer invariablement dans la même position par rapport aux autres parties de la forme, pour qu'on puisse les renouveler facilement et promptement lorsqu'ils deviennent défectueux,
Le sieur Tugot paraît avoir des moyens simples, ingénieux et trèssûrs pour remplir ce premier objet.
Restera ensuite à déterminer les meilleurs procédés pour réunir les filigranes à la toile et pour les fixer d'une manière constante et invariable dans la place qu'ils doivent occuper. Peut-être à cet égard conviendrait-il de fabriquer tout le fond des formes en filigranes plus ou moins serrés, formés sur une même matrice par le procédé du citoyen Tugot.
Quel que soit le parti qui sera pris à cet égard, l'art de ménager dans le papier des parties plus ou moins claires, plus ou moins transparentes, de former de plus grandes épaisseurs dans les parties destinées à l'application du timbre, de gaufrer la toile pour obtenir des enfoncements et des reliefs, devenant très- difficile et au-dessus des moyens qu'ont les formaires attachés aux fabriques de papier, il paraît nécessaire de séparer entièrement ces deux parties delà fabrication, la confection du papier et la construction des formes, et de fournir ces dernières toutes faites aux fabricants de papier.
Ce sera d'ailleurs un avantage, toutes choses égales, pour la sûreté, de séparer la construction des formes et la fabrication du papier : les
intelligences seront plus difficiles et ce sera une difficulté de plus, ajoutée à beaucoup d'autres, pour les contrefacteurs.