‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 331 sur 347 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

SUR LA DISTILLATION EN GÉnÉUAL .

1. Quoique l'art de la distillation soit d'une grande antiquité, quoiqu'il ait été décrit par Geber, chimiste arabe, dès le vni^ siècle, et qu'on puisse par conséquent lui assigner une origine plus reculée, on ne peut douter cependant qu'il ne laisse encore beaucoup à désirer.

2. Ce n'est pas que presque tous les chimistes, depuis Geber, ne se soient occupés de la distillation; que plusieurs d'entre eux n'aient essayé de faire des changements, des additions, des modifications aux appareils distillatoires usités de leur temps : mais il paraît en même temps qu'ils se sont toujours tenus renfermés dans le cercle étroit des premières idées. Les cucurbites ont toujours conservé la figure de la courge ou calebasse, à l'imitation de laquelle ont été formés les premiers modèles, et dont ils ont emprunté leur nom. On s'est contenté de les allongei', de les raccourcir, d'en rétrécir ou d'en élargir l'ouverture : mais le fond n'a point changé. De même l'alambic, garni de son chapiteau, est encore aujourd'hui ïhotno galeatus, l'homme couvert d'un casque, dont parlent les anciens alchimistes.

3. Le peu de progrès de l'art de la distillation vient, sans doute, de ce que la plupart des chimistes ont envisagé cette opération plutôt relativement à l'objet philosophique, qu'à l'objet économique. C'était assez pour eux de parvenir au but de leur opération par une méthode exacte et commode; il leur importait peu qu'elle fût un peu plus longue et un peu plus dispendieuse.

à. Il n'en est pas de même relativement aux arts. Le problème à résoudre n'est pas seulement de produire un effet quelconque, mais, s'il est permis de s'exprimer ainsi, de parvenir au maximum de l'effet, et au minimum de la dépense. La solution de ce problème n'intéresse

pas seulement les particuliers, elle intéresse l'Etat lui-même : c'est d'elle en effet que dépend la chute ou le succès de presque tous les établissements relatifs; c'est elle qui établit la balance entre le commerce de province à province, de nation à nation; c'est elle enfin qui rompt l'équilibre et la concurrence, ou qui les rétablit.

5. S'il est un état où l'art de la distillation ait une liaison intime avec le commerce national et avec le système politique du gouvernement, c'est surtout en France où, premièrement, cet art, appliqué à la conversion des vins en eaux-de-vie, forme une branche de consommation considérable dans l'intérieur du royaume, un objet d'exportation à l'extérieur, enfin un produit considérable pour les revenus du roi; secondement, où la navigation attend de l'art de la distillation les moyens de dessaler l'eau de la mer avec plus de simplicité, de commodité et d'économie qu'on ne l'a fait jusqu'à présent.

6. On a pensé, d'après cela, que ce serait bien mériter du gouvernement français et de l'humanité en général, que de donner des moyens de tirer plus de parti, qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour, des deux agents qui servent à opérer la distdlation, la chaleur et le refroidissement; de produire plus d'effet d'une manière plus simple et moins dispendieuse; enfin, d'appliquer les améliorations dont l'art de la distillation est susceptible, non-seulement aux arts, mais encore au dessalement de l'eau de la mer.

7. L'objet de la distillation est en général de réduire un fluide quelconque en vapeurs par le moyen de la chaleur, et de le condenser ensuite par le refroidissement. L'appareil qu'on emploie communément pour produire cet effet est connu sous le nom d'alambic; H consiste, 1° en une cucurbite ou chaudière, 2° en un chapiteau, 3'' en un réfrigérant.

8. C'est dans le chapiteau que s'opère la condensation des vapeurs, et pour la favoriser on lui apphque par dessus, aussi bien qu'au tuyau de décharge, une quantité d'eau froide plus ou moins considérable. On conçoit que cette eau ne peut rafraîchir la vapeur sans s'échauffer elle-même; qu'elle doit par conséquent acquérir insensiblement un

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degré de chaleur presque égal à celui de la vapeur, et qu'alors elle cesse d'être capable de la condenser. Cette circonstance a fait sentir aux premiers distillateurs la nécessité de renouveler de temps en temps l'eau du réfrigérant, et on a été même, dans les fabrications en grand, jusqu'à faire passer à travers un courant d'eau continu.

9. L'application qu'on a faite du serpentin à la distillation des eauxde-vie prouve bien qu'on a senti cette difficulté; mais en même temps le serpentin étant un tuyau fort étroit,, d'un fort petit diamètre, on aurait dû s'apercevoir qu'il était impossible qu'une grande masse de vapeurs y fût introduite à la fois; que par conséquent une grande partie des molécules en expansion devait être forcée de rester dans le chapiteau, et que, refroidie de proche en proche par le voisinage du réfrigérant, la plus grande partie devait retomber dans la chaudière. Il arrive donc nécessairement, dans notre mainère ordinaire de distiller, qu'une partie des molécules du fluide circulent un grand nombre de fois alternativement de la chaudière dans le voisinage du chapiteau; et du voisinage du chapiteau dans la chaudière, avant d'être engagées dans le serpentin.

10. Quelque bon que fût ce dernier moyen, on n'en a pas encore tiré tout le parti possible; on a presque toujours fait arriver le courant d'eau à la partie supérieure du réfrigérant : mais on ne s'est point aperçu que, l'eau froide étant plus lourde que l'eau chaude, cetle dernière se présentait toujours à la partie supérieure du vaisseau. 11 arrive de là, i" que l'eau froide ne peut arriver au réfrigérant sans traverser une masse d'eau chaude fort considérable, et sans s'échauffer par conséquent elle-même, et qu'elle ne produit pas par conséquent tout l'efl"et refroidissant qu'on avait droit d'en attendre; 2° qu'une portion considérable d'eau froide ne parvient pas même jusqu'à la surface du réfrigérant, qu'elle remonte auparavant et s'échappe sans avoir presque produit aucun efl'et. Un peu de réflexion aurait appris aisément le moyen de remédier à cet inconvénient. Il ne s'agissait que d'introduire l'eau froide dans Je réfrigérant par un tuyau aboutissant à la partie inférieure ; tandis que le tuyau de sa décharge aurait été adapté à la su-

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