RAPPORT SUR UNE NOUVELLE RAPE A TARAC
piupart de ces machines cependant ne sont point exemptes de défauts; ils sont détaillés dans un mémoire de M. d'Ons-en-Bray, imprimé parmi ceux de l'année 17^5 : un des principaux consiste en ce que, les carottes étant toujours dans la même situation par rapport à la râpe, il se fait des barbes ou bavures des deux côtés du bout, et, ces barbes étant plutôt arrachées que râpées, il en résulte que le tabac n'est que très-imparfaitement pulvérisé.
Ce fut pour remédier à cet inconvénient que M. d'Ons-en-Bray proposa alors à l'Académie une râpe d'une construction nouvelle. Indépendamment du mouvement relatif de la râpe et du tabac qui se trouvait dans celle-ci, comme dans toutes les râpes ordinaires, il en imprimait un autre, circulaire, à la carotte ; il la faisait tourner sur elle-même, et il prétendait qu'il devait en résulter une pulvérisation beaucoup plus prompte et plus complète. Toute la machine était menée par une manivelle. Quoique cette idée parût heureuse, nous ne voyons pas qu'elle ait été adoptée, ni dans les manufactures de tabac, ni dans le public.
Ce que nous venons de dire de la machine de M. d'Ons-en-Bray suffit pour faire connaître qu'elle ne diffère de celle de M. Berthelot que par la manière dont le mouvement est appliqué à la machine , et nous croyons à cet égard que celle de M. Berthelot pourrait avoir quelque avantage.
Nous ajouterons, avant de terminer ce rapport, quelques réflexions qui nous paraissent propres à fixer ce qu'on doit penser de la râpe de M. Berthelot, et de presque toutes les machines de ce genre. Le public a, en général, adopté deux moyens pour parvenir à réduire le tabac en poudre, la râpe et le moulin. Le moulin a l'inconvénient de donner lieu à un frottement considérable dont l'effet est d'échauffer le tabac et de lui faire prendre un degré de chaleur de ko ou 5o degrés du thermomètre de M. de Béaumur. Quoique cette chaleur soit fort inférieure à celle qui serait nécessaire pour opérer sa décomposition chimique, les personnes très-délicates prétendent qu'elle est suflisante pour enlever au tabac sa partie la plus volatile et son parfum. La
râpe, sur laquelle un homme promène une carotte à la main à la manière ordinaire, n'a pas le même inconvénient, le tabac ne prend pas alors un degré de chaleur fort peu supérieur à celui de l'air environnant, et il est probable qu'il y gagne. L'inconvénient qu'on reproche aux moulins deviendra également applicable à la râpe , sitôt que , par le moyen d'une machine, on rendra le mouvement beaucoup plus rapide et la pression beaucoup plus forte; alors le frottement sera plus considérable, et la râpe échauffera le tabac comme le moulin, sans peutêtre réunir les mêmes avantages.
De toutes les considérations ci-dessus exposées, nous croyons pouvoir conclure, i° que la machine de M. Berthelot serait plus avantageuse que la râpe ordinaire en ce qu'elle pulvériserait beaucoup plus de tabac en temps égal et à force égale; 2° qu'il serait à craindre qu'une partie de cet avantage ne fût détruite par l'imperfection même de la pulvérisation; il est probable, en effet, que la plus grande partie du tabac ne serait réduite qu'en poudre grossière, et qu'on serait obligé d'avoir recours à d'autres moyens pour le porter au degré de finesse convenable; 3° qu'il n'est pas décidé que ce moyen fût préférable à l'usage des moulins; li° enfin, que cette machine a tant de rapports avec celle proposée par M. d'Ons-en-Bray, que l'Académie ne peut l'approuver comme nouvelle et qu'elle ne peut que renvoyer M. Berthelot au mémoire qui en contient la description.
Fait à l'Académie, le 2 avril 1773.
Lavoisier. Leroy.
RAPPORT SUR UINE ORSERVATION DE M. HERRMANN. 153
RAPPORT
SUR