DE M. BAYEN
L'Académie nous a chargés, M. Daubenton et moi, de lui rendre compte d'un mémoire de M. Bayen, ayant pour titre : Analyse du marbre de Campan.
Après avoir indiqué sommairement les divisions principales des marbres, telles que les naturalistes les ont adoptées, d'après l'examen de leurs propriétés extérieures, M. Bayen propose de les distinguer en quatre classes, d'après les produits chimiques qui résultent de leur analyse. Il range, dans la première, les marbres purs, tels que le marbre blanc, qui n'est autre chose qu'une combinaison du gaz avec la terre calcaire; il place, dans la seconde, les marbres qui, outre le gaz et la terre calcaire, contiennent une matière colorante; enfin il place, dans la troisième, les marbres composés de gaz, de terre calcaire, de terre colorante et de terres étrangères. Le marbre de Campan est dans cette dernière classe.
Nous passons sous silence la quatrième classe de marbres qu'indique M. Bayen; ceux composés de corps marins, parce que cette division ne nous paraît pas dans la nature et que les coqudles et corps marins ne présentant aux chimistes qu'une terre calcaire , ils ne peuvent entrer pour rien dans une division purement chimique.
Le marbre vert de Campan, jeté dans de l'acide nitreux, y excite d'abord une effervescence, mais la totalité ne s'y dissout pas et il reste environ 3 gros 1 2 grains d'une matière grise, qui refuse de se dissoudre et que M. Bayen a reconnue pour un véritable schiste. La liqueur dans laquelle s'était faite la dissolution, ramenée au juste point de saturation par une addition d'un peu d'alcali, avait une couleur de bière forte.
En y versant peu à peu de l'alcali, M. Bayen est parvenu à en précipiter une matière rouge, qui s'est rassemblée au fond du vase. A mesure que cette matière se précipitait, la liqueur perdait sa couleur et, lorsqu'elle fut devenue parfaitement blanche, il en sépara par le fdtre la terre rougé, qui n'était autre chose qu'une terre ferrugineuse. 11 continua ensuite la précipitation, par le moyen d'un alcali, et obtint une terre calcaire, pure et blanche, telle qu'on l'aurait eue du marbre blanc le plus pur.
En rapprochant les différents produits que M. Bayen a obtenus de l'analyse de 9 onces de marbre vert de Campan, on s'aperçoit qu'il contient :
Schiste //°"'" 5»'°' 1 2S"""
Terre martiale alumineuse n u 3 1
Terre calcaire ... 1 •/ ^0
1 6 11 Perte « 1 61
Total
ouces
M. Bayen attribue cette perte au gaz qui s'est échappé pendant l'effervescence, mais il aurait dû observer que cette perte aurait été beaucoup plus considérable, si la terre calcaire n'avait elle-même repris une partie de ce gaz pendant sa précipitation par l'alcali fixe.
RAPPORT SUR L'ANALYSE DU MARRRE DE GAMPAN. 181 La même expérience sur le marbre rouge de Campan a donné le résultat qui suit :
Safran de mars rouge qui s'est séparé de lui-même
pendant la dissolution """'*' "«"' 608"""
Schiste " 1 63
Terre martiale précipitée de la solution " ' 9 5
Terre calcaire 1 1 53
1 6 57 Perte " 1 1 5
Total
w OIICFS
La dissolution de ces marbres par l'acide vitriolique a donné à peu de chose près la confirmation de ces résultats.
M. Bayen a obtenu de 2 onces du marbre vert:
1 once 6 gros 3o grains de sélénite;
5 gros 33 grains de schiste;
12 à i3 grains de vitriol martial;
5 grains de terre ocreuse;
bli grains de terre d'alun.
Il n'a pas eu la moindre apparence de sel de sedlilz.
Enfin 'i onces de marbre rouge lui ont donné :
1 once 7 gros h^ grains de sélénite;
2 gros 36 grains de schiste; A 5 grains de vitriol vert;
7 grains de terre martiale ; enfin, 37 grains d'alun.
Il résulte des expériences de M. Bayen que le marbre de Campan est formé de la combinaison d'environ deux parties de terre calcaire
blanche et pure, une partie de schiste, et enfin une petite portion de terre ferrugineuse; que cette dernière substance est soluble dans les acides; que, cependant, celle que l'on retire du marbre vert est insoluble, inattirable par l'aimant; qu'elle est à l'état d'ocre dans le marbre rouge; que c'est à elle, dans l'un et dans l'autre, qu'est due la couleur du marbre. Quant à l'alun retiré de la combinaison de ce marbre avec l'acide vitriolique, M. Bayen pense qu'il est dû au schiste même, et il annonce en avoir retiré de tous les schistes qu'il a examinés, lorsqu'il les a traités avec l'acide vitriolique.
Le mémoire de M. Bayen présente une observation neuve, c'est l'existence d'une substance schisteuse dans les marbres, et ce premier pas conduira sans doute à plusieurs autres découvertes importantes sur la constitution des différentes espèces de marbre.
Nous croyons que l'Académie doit l'exhorter à suivre ce travail intéressant, et que le mémoire dont nous venons de rendre compte mérite d'être imprimé dans le Recueil des savants étrangers ^
' D'après les registres de i' Académie, ce rapport a été lu devant celte compagnie, le 25 juin 1774. [Note de l'éditeur.)