‹ Œuvres. publiées par les soins de Son Excellence, le Ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 77 sur 347 · UNE MACHINE A REMONTER LES BATEAUX · texte numérisé non relu

UNE MACHINE A REMONTER LES BATEAUX

Du i3 juillet 1774.

L'Académie nous a chargés, MM. Vaucaiison, de Bory et moi, de lui rendre compte d'une machine imaginée par le sieur Lacroix et présentée par le sieur Bouillard, contrôleur amhulant des fermes du roi en Franche-Comté, dont l'objet est de remonter les bateaux sur toutes les rivières navigables, sans le secours de chevaux.

Cette machine consiste en un grand cylindre ou arbre de 1 1 pouces de diamètre qui traverse horizontalement le bateau dans sa largeur, il est placé à la partie antérieure et environ au quart de la longueur.

Les deux tourillons sur lesquels porte ce cylindre sont prolongés de chaque côté et se terminent par une espèce de manivelle doublement coudée, aux deux extrémités de laquelle sont adaptées deux jambes de force, de bois ou de fer, percées dans leur extrémité d'un œil, autour duquel elles peuvent se mouvoir comme autour d'un centre. Au milieu du cylindre, qui est en même temps le milieu de la largeur du bateau, est une roue de 82 dents, dans laquelle engrène une vis sans fin, laquelle est menée par une manivelle qui décrit un cercle d'un pied de rayon; un volant chargé de plomb est adapté à la manivelle; enfin, la force d'un homme est appliquée à cette dernière.

On connaît, d'après cette description, qu'aussitôt que, par le moyen du rouage, le cylindre commence à tourner, la double manivelle placée de chaque côté sur le prolongement de son axe fait appuyer oblique-

\Sh MEMOIRES DE LAVOISIER.

ment, pendant sa demi-révolution une des jambes de force sur le fond de la rivière, tandis que l'autre est portée en avant pour s'appuyer de même à son tour pendant l'autre demi-révolution; d'où il résuite que le bateau doit avancer à chaque tour du cylindre de tout l'espace compris entre l'écartement des deux jambes de force. On voit que cet écartement ne saurait être toujours le même, et qu'il dépend de l'obliquité des jambes de force et de la distance plus ou moins grande du fond de la rivière.

L'Académie s'apercevra aisément, d'après cet exposé, i° que l'idée de cette machine n'est pas nouvelle; 2*^ qu'elle est sujette à beaucoup de difficultés que l'auteur n'a pas prévues. Le rapport fait à l'Académie , le 1 2 janvier 1 7 A9, par MM. l'abbé Nollet et de Parcieux, d'une machine à peu près semblable présentée par le sieur Ranou, et le jugement qui en fut porté alors, serviront de preuve à la première de ces deux propositions, et les réflexions que nous y joindrons ne laisseront aucun doute sur la seconde.

Cette machine consistait, comme celle dont nous rendons compte en ce moment à l'Académie en deux ou quatre jambes de force, adaptées, par le moyen de manivelles, à un cylindre de bois; ces jambes de force s'appuyaient de même alternativement sur le fond de la rivière, pour pousser le bateau; mais cette machine avait un avantage réel sur celle du sieur Lacroix, en ce qu'au lieu d'employer la force des hommes, celle du sieur Ranou employait la force même de l'eau. Il avait à cet effet enarbré, aux deux extrémités du cylindre, deux roues de quinze pieds de diamètre chacune, garnies de huit aubes, qui recevaient le mouvement du fluide et qui faisaient tourner le cylindre. L'Académie jugea, dans le temps, que cette machine avait deux défauts principaux : le premier, d'exiger une égalité presque parfaite dans le fond de la rivière, circonstance qui ne se rencontre pas communément; le second, de ne donner au bateau qu'un mouvement si lent, qu'à peine pouvait-il parcourir une lieue en quatorze heures. Ces considérations et quelques autres, qu'il serait trop long de détailler, ne lui permirent pas alors de donner son approbation à cette machine.

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