CRISTALLISATION DES EAUX MÈRES DU SALPÊTRE
que nous pensons, du tartre vitriolé aussi abondamment et à plus bas prix que l'alcali fixe végétal qui existe dans les cendres. Nous n'assurons pas que cela soit impossible; mais, pour le présent, nous ne connaissons point de moyen d'obtenir une si grande quantité de ces sels et à si bas prix.
Nous terminerons ce rapport en faisant mention d'une autre découverte annoncée par le sieur de Bruges, qui serait beaucoup plus importante que celle dont nous venons de dire notre sentiment.
Elle consiste à faire des nitrières dont le produit doit être beaucoup plus prompt et plus abondant que celui des endroits oii se forme le nitre habituellement et même que celui des couches de Suède, de Prusse et des autres nitrières qu'on a imaginé de construire depuis un certain temps.
Le sieur de Bruges nous a confié son secret sur cette prompte et abondante génération de l'acide nitreux, et, autant que nous en pouvons juger sans en avoir fait l'expérience, et seulement d'après les connaissances de chimie relatives à cet objet, nous sommes portés à croire qu'il pourra réussir. D'ailleurs les preuves que le sieur de Bruges nous a données de sa franchise et de sa bonne foi dans l'examen que nous avons fait de son procédé sur les eaux mères, et la conviction intime qu'il dit avoir, d'après nombre d'expériences, du succès de sa méthode pour la production de l'acide nitreux, nous font penser qu'il est bon de la vérifier et même qu'on peut, dès à présent, lui promettre une récompense, dans le cas oij les avantages qu'il annonce se trouveront bien constatés par l'expérience.
Paris, 17 juin 1775.
RAPPORT
LE ROUGE VEGETAL.
Du 26 juillet 1776.
L'Académie royale des sciences, toujours animée du désir de remplir le vœu de son institution, de contribuer autant qu'il est en elle au progrès des sciences et surtout au bien de l'humanité, se trouve souvent dans le plus grand embarras pour établir d'une manière fixe les limites qui déterminent l'étendue de son ressort : elle serait tentée de croire que rien de ce qui a rapport aux arts et de ce qui peut intéresser la société n'est étranger pour elle, et c'est sous ce point de vue qu'elle s'occupe quelquefois d'objets qui pourraient paraître, au premier coup d'œil, futiles et de peu d'importance.
Le rouge dont les femmes se servent pour colorer leur visage, considéré comme objet de parure et d'ornement, est sans doute peu fait pour occuper l'Académie. Cependant, lorsqu'elle a considéré que cette parure était adoptée par des classes entières de la société et surtout par les femmes de la première qualité, elle a pensé qu'il ne lui était pas permis de rejeter ceux qui pourraient lui présenter des moyens de composer un rouge qui ne contînt rien de nuisible ni à la peau ni à la santé en général. En conséquence, le sieur Colin ayant présenté à l'Académie, en 1 7 . . , un rouge qui réunissait ces avantages, elle n'a pas dédaigné de lui donner son approbation.
Depuis cette époque, le sieur Dupont, parfumeur de Paris, a présenté à l'Académie un rouge végétal qui paraît ne le céder en rien