RAPPORT SUR LE ROUGE VÉGÉTAL
à celui du sieur Colin et qui réunit comme lui l'avantage de ne contenir aucune matière qui soit capable de nuire à la peau ni d'altérer la santé. La composition de ce rouge a été faite sous les yeux de MM. Lavoisier et de Jussieu le jeune, commissaires nommés par la Compagnie, et, sur le rapport qu'ils en ont fait, elle a pensé que le sieur Dupont avait les mêmes droits que le sieur Colin à une approbation.
Cependant, sur ce qu'il a été observé à l'Académie que le plus grand nombre des parfumeurs de Paris n'employaient, pour la fabrique de leur rouge, que des teintures végétales, que conséquemment tous les parfumeurs de Paris ne manqueraient pas de réclamer successivement la même approbation, et que l'Académie serait continuellement interrompue pour un sujet aussi mince, elle a pensé qu'elle ne pouvait prononcer sur le rouge du sieur Dupont sans s'expliquer en même temps sur les différents rouges qui se débitent en général, dans Paris, et elle a chargé M. Lavoisier et M. de Jussieu le jeune de faire toutes les recherches et expériences qui pourraient être relatives à cet objet.
Il résulte du compte qui a été rendu par les commissaires, que la fabrication d'un rouge végétal destiné à être appliqué sur la peau, loin d'être une découverte, est, au contraire, de l'usage le plus ancien. Théophraste parle d'une racine alors cormue sous le nom de rizion, dont on tirait un fucus ou fard destiné à rougir les joues. Pline le naturaliste parle d'une racine qui se tirait de Syrie, qu'on employait au même usage et qui servait aussi pour la teinture des laines. Ces racines sans doute avaient quelque rapport avec celles de la garance ou de i'orcanète.
Les Italiens, en apportant en France l'usage du rouge, sous le règne de Catherine de Médicis, apportèrent en même temps leur méthode de le préparer. Cette méthode est encore à peu près la même qui se pratique aujourd'hui, et voici en quoi elle consiste : on prend les fleurons du carthame ou safranum séchés, on les met dans des sacs de toile qu'on plonge dans une eau courante ou au moins qu'on a soin de renouveler souvent. Un homme muni de sabots monte sur le sac et le pétrit jusqu'à ce que l'eau sorte sans aucune teinte jaune et absolument claire.