IV
•2-20 MEMOIRES DE LAVOÏSÏER.
Après cette première opération, on mêle avec le satVanum ou carthame environ cinq à six pour cent de son poids de sel de soude ou de la cendre gravelée, on verse par-dessus de l'eau froide, on filtre et on obtient une liqueur jaunâtre qui, mêlée avec du jus de citron, déposé une espèce de fécule qui s'attache au fond des vaisseaux dans lesquels elle séjourne et qu'on transvase successivement jusqu'à ce que toute la couleur rouge soit déposée; c'est cette même fécule qui, mêlée avec du talc en poudre et humectée avec du jus de citron ou même avec de l'eau, forme une pâte qu'on met dans des pots et qu'on fait sécher.
Quoique celte espèce de rouge soit très-répandue dans le commerce, il en existe cependant une autre moins belle, moins chère et (ju'on a coutume de vendre en paquets. Ce rouge est fait avec le carmin, qu'on sait être une préparation de cochenille. On incorpore également cette matière colorante avec le talc, on l'iiumecte et on la fait sécher de la même manière.
Il est certain que le haut prix de la matière colorante du safranum et du carmin ont pu quelquefois engager à leur substituer le cinabre ou vermillon et l'on trouve, en effet, d'anciennes recettes où on le prescrit en tout ou en partie. Cette préparation du rouge pourrait avoir de très-grands inconvénients, mais il y a apparence qu'elle est très-peu répandue dans le commerce. En effet, parmi une douzaine d'échantillons de rouge que MM. Lavoisier et de Jussieu le jeune se sont procurés chez les parfumeurs et merciers de Paris, en affectant même de demander les espèces les plus communes, il ne s'en est pas trouvé un seul qui contînt autre chose que de la cochenille et du safranum.
Il ne sera pas inutile de donner ici les caractères à l'aide desquels on peut distinguer ces deux espèces de rouge et le détail des moyens par lesquels on peut s'assurer qu'ils ne contiennent rien de minéral.
La teinture rouge extraite du safranum, ainsi que presque toutes les matières colorantes extraites des végétaux a la propriété de se dis soudre dans l'esprit-de-vin. Si donc, après avoir passé à trois ou quatre