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CHAPITRE III

De Naples , de l'Église et de l'Allemagne , depuis le concile de Constance jusque vers le milieu du quinzième siècle.

Le royaume Pcndaut loug-tcmps il u'y eut dans le royaume

de Naples a tous , T.-r l i i • i

vernemcnîféo- ^ J^aplcs quc pcu dc Darous, encore moins de comtes , point de marquis ; et le titre de duc ne se donnait guère qu'aux princes du sang. Mais depuis la mort de Jeanne F^, les troubles four-

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iiirent aux seigneurs qui uvaient des troupes à eux l'occasion d'usurper dans leurs domaines les droits et les titres qu'ils jugeaient à propos. Il leur fut d'autant plus aisé de se maintenir dans leurs usurpations, que le prétendant au trône mettait le souverain dans la nécessité de les ménager.

Bien loin de remédier à cet abus, Ladislas Tac- !«>»»•«

' . cri abat.

crut encore. Pour avoir de l'argent , il démembra ses domaines, et vendit à très-bon marché des baronies, des comtés, des marquisats et des duchés ; se procurant par ce moyen des ressources momentanées , et se ruinant. D'ailleurs la multiplication des vassaux faisait prendre de profondes racines au gouvernement féodal. C'était donc une source de nouveaux désordres. Oh! certainement il y en avait déjà assez.

Les guerres , qui duraient depuis si long- temps , c«pend avaient ruiné l'agriculture , le commerce , tous les cooq«>t«" arts; et les Napolitains ne savaient plus que manier les armes : ils étaient tels cependant que les voulait Ladislas, qui, ambitieux de cpnquérir l'Italie, eût désiré de n'avoir que des soldats pour sujets. Vous jugez donc que ce prince aura donné tous ses soins à la discipline militaire, et qu'il aura négligé toutes les autres parties du gouvernement. Ce fut en effet sa conduite. Il fit à la vérité des conquêtes; mais il aurait dû prévoir que ses forces, qui pouvaient suffire pour conquérir, étaient trop faibles pour conserver. Il aurait dû

vent faite des

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comprendre au moins que le gouvernement féodal qu'il affermissait, était un obstacle à son ambition ; et qu'un conquérant qui n'a d'autres troupes que celles de ses vassaux peut être arrêté au milieu de ses succès.

Sa mort est A sa mort, les troupes auxquelles il avait donné

suivie de grands . . -, , , r •

désordres. |;ous SCS soms mircut la plus grande confusion dans le royaume. N'étant plus payées, elles se dissipèrent , et se donnèrent aux vassaux qui eurent de quoi les soudoyer, ou à des princes étrangers. Sa sœur, Jeanne II , qui lui succéda , se vit reine avec peu de revenu, avec peu de soldats, et avec encore moins de conduite. De toutes les conquêtes de son frère, elle ne put conserver qu'Ostie et le château Saint-Ange de Rome.

Les amours I^ scmblc quc l'amour doive presque toujours

en occasionnent êtrc funcstc aux têtcs couronnées. Car si les femmes

d'autres.

sont à redouter pour les princes , les hommes ne le sont pas moins pour les princesses : Jeanne entre autres en est un exemple.

Amoureuse depuis long-temps de Pandolfe Alapo , son maître-d'hôtel , elle le fit son chambellan dès qu'elle fut sur le trône. Pandolfe , à qui ce titre donnait le soin des finances , fut bientôt le maître de tout, sous une reine qui ne mettait point de bornes à sa confiance, parce qu'elle n'en savait pas mettre à ses passions. Les hommes sages blâmaient la conduite indécente de cette princesse ; }es seigneurs trop âgés pour se flatter de lui plaire.

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paraissaient penser comme les sages; et les plus jeunes ne désapprouvaient que son choix. Ils aimaient les fêtes qu'elle donnait souvent à sa cour. Ambitieux d'y briller et d'attirer ses regards, chacun d'eux se faisait déjà le héros d'un roman , et bâtissait sa fortune sur les faiblesses*de la reine. Cependant les intrigues , la jalousie et les inquiétudes empoisonnaient ces plaisirs scandaleux , et l'on prévoyait que la ruine prochaine de cette cour corrompue préparait de grandes calamités au royaume. Déjà Pandolfe , sous prétexte d'une trahison supposée, avait fait renfermer Sforce qui lui donnait de l'ombrage , parce qu'il plaisait trop à la reine. Cette seule démarche pouvait exciter une guerre civile ; car Sforce , déjà puissant par lui-même, intéressait à son sort tous ceux qui portaient envie à la faveur de son rival, et qui , affectant de tenir un langage de citoyen, disaient combien les talens de ce capitaine étaient nécessaires à l'état. On se plaignait qu'on eût arrêté si légèrement un homme qui devait avoir pour juge la nation entière. En un mot , le murmure était général; et la reine, intimidée des remontrances qu'on lui fit, fut contrainte de céder et de commettre à la connaissance de cette affaire un jurisconsulte qu'on lui nomma.

Pandolfe, devenu l'objet du déchaînement public, songe alors aux moyens d'assoupir cette affaire, et cherche même un appui dans celui

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dont il avait médité la perte. Il dissipe adroitement les soupçons de Sforce; il le fait sortir de prison, et il lui donne sa sœur en mariage, avec la charge de connétable pour dot. Mais un ennemi qu'il gagne lui en suscite d'autres. Jules-César Julcs César de Capoue, qui avait à sa solde une

de Capoue tlé- . 1 t T 1 1

duuTd'e^ cetll grande partie des troupes de Ladislas, regardant dr^BoiîrC l'union de Pandolfe et de Sforce comme un

oui vient pour ^ !•• r ^• ^ • i

l'épouser, obstacle a son ambition, médita la ruine de cette espèce de duumvirat. Jacques de Bourbon, comte de la Marche, venait alors à Naples pour épouser la reine. Ce mariage était une fortune pour ce prince, très -éloigné de la couronne de France. " C'est même une des raisons pour lesquelles Jeanne l'avait choisi, comptant qu'il aurait moins de prétentions , et on était convenu que , renonçant à la royauté, il se contenterait de gouverner le royaume avec le titre de comte.

Jules César prit sur lui d'aller au devant du comte de la Marche. Il le salua comme roi, l'informa du mauvais état où était le royaume , et ne lui laissa point ignorer la conduite indécente de la reine.

Jacques la Plusicurs autrcs barons s'étant empressés à remet sous la ^

Frit* fis ""'*"* connaître aussi pour roi le comte de la Marche, Jeanne dissimula son dépit, et donna ordre aux Napolitains de recevoir ce prince comme leur roi. Il ne tarda pas à se saisir de toute l'autorité. Les fêtes du mariage n'étaient pas encore finies ,

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qu'ayant fait arrêter Panclolfe, il lui fit couper la tête, après lui avoir arraché par les tourmens laveu de tout ce qu'il voulait savoir. Il chassa ensuite tous les jeunes courtisans dont la reine avait formé sa cour ; et il la mit elle-même sous la garde d'un vieux Français, qui ne permettait à personne d'en approcher.

Peut-être que les Napolitains se seraient inté- n «urn. u» ressés faiblement au sort de la reine, si Jacques ;'i'i.™'y*''3é u ne les eût pas aliénés en donnant toutes les charges aux Français. Mais^ la jalousie pour ces étrangers se cachant sous des sentimens de compassion, on regretta bientôt de ne plus voir une princesse qu'on avait vue jusqu'alors avec scandale. Plusieurs familles d'ailleurs étaient ruinées par la réforme que le roi avait faite , et toute la jeunesse soupirait après ces fêtes où parmi les plaisirs on travaillait à sa fortune. Il y avait trois mois que Jeanne ne paraissait point en public, lorsqu'une multitude de Napolitains vinrent au château, demandèrent à la voir, et dirent qu'ils voulaient qu'elle fût traitée comme une rçjne mérite de l'être.

Jules César, alors un des plus mécontens, parce i»\*» r>„r qu'il n'avait point eu de part aux grâces du roi, J'-'" '* "• " forma le projet de la délivrer, se flattant de pouvoir prendre la place de Pandolfe. Il voulut en concerter les moyens avec elle, et la confiance qu'on avait en lui lui ayant ouvert

l'appartement de la reine, il s'offrit d'ôter la vie au roi.

Jeanne .lécou. Jeanne, ne pouvant se fier à son délateur, crut

vre ce desseiu a ' 1 '

J*<^q"". qu'on lui tendait un piège ; et , saisissant l'occasion de se faire un mérite auprès de son mari, elle lui découvrit les desseins de Jules César, et le fit cacher derrière une tapisserie pour en être témoin lui-même. Jules César fut arrêté et décapité. Tous ces événemens se passèrent en 14^5, dans les cinq premiers mois du règne de Jacques. Elle oi.ticnt Cc priucc , sensible au procédé de ta reine, la

la pcrmissioude i^ ' l '

*°"''- tint un peu moins resserrée : il lui permit même

quelque temps après d'aller dîner dans le jardin d'un Florentin. Dès qu'on sut qu'elle sortait, la noblesse et le peuple coururent avec empressement sur son passage. Sa contenance triste , ses yeux prêts à se baigner de larmes, ses regards qu'elle abandonnait avec inquiétude ou qu'elle retenait avec crainte , tout intéressait à sa situation, jusqu'à ses efforts pour cacher sa douleur, qu'elle ne voulait pas qu'on ignorât.

Le peuple la ^.es malheurcux ont des droits sur le cœur hu-

aélivre. Trallé

jâcqlesT"' '' main. Jeanne, qui n'avait ces droits qu'à ce titre , toucha donc le peuple, qui la suivit en silence jusqu'à la maison du Florentin. Ce n'était encore que de la compassion ; mais Ottino Carracciolo et Annechino Mormile excitèrent la noblesse et la bourgeoisie ; et s'étant présentés à la tête d'une multitude armée lorsque la reine s'en retournait

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au palais, ils la conduisirent à rarchevéché parmi les acclaniations du peuple. On criait qu'il fallait iller assiéger le roi dans un château où il s'était retiré, lorsque les plus sages, prévoyant que Jeanne s'abandonnerait encore à quelque nouveau favori, et croyant trouver dans le roi un frein aux passions de cette princesse, songèrent aux moyens d'étouffer ce tumulte dans sa naissance. On négocia. Il fut convenu d'un côté que Jacques conserverait le titre de roi, avec une pension de quarante mille ducats pour l'entretien de sa maison ; et de l'autre que Jeanne serait reconnue pour légitime souveraine du royaume, et qu'elle pourrait se choisir une cour convenable à son rang. Le traité fut passé sous la garantie de la ville de Naples.

La nouvelle cour de la reine , comme la pre- j»r<j..f» rsi

prisonnirrdan*

mière, pleine de galanteries et d'intrigues, fut »«•»?»'»'»• encore une source de troubles. Pendant que Sergiani Carracciolo, qui consolait cette princesse de la perte de Pandolfe, écartait sous divers prétextes tous ceux qui pouvaient trop plaire, elle s'attachait par des bienfaits la noblesse et les principaux du peuple. Bientôt le roi Jacques fut à son tour prisonnier dans le palais, %t tous les Français furent chassés du royaume.

Cependant on murmurait contre la conduite de sforre ohur

. . . la reine i esilrr

la reme , et on se soulevait contre Sereiani , lors- »?n(»»«v S'^ que Sforce , qui avait des raisons particulières '"*'*'

d'être mécontent de ce ministre , en demanda Texil. Il fallut le lui accorder, car il était armé ; plusieurs barons l'avaient joint avec leurs troupes, et Naples paraissait disposé à se déclarer pour lui. Mariînvoi.- Sur CCS cntrefaitcs, Martin V, qui venait d'être

tient la liberté iii 'll/^

de Jacques qui (^[n daus Ic concilc de Constance , demanda la

se relire dans

un cloître. liberté du roi Jacques , à la sollicitation du roi de France et du duc de Bourgogne. Mais ce roi ne jouissant d'aucune considération , et se lassant de porter la couronne uniquement pour être témoin des désordres de sa femme , s'embarqua secrètement, et revint en France où il se fit moine. siorce appelle Scrgiaui rcparut alors à Naples avec sa première

Louis d'Anjou à ,

la couronne, favcur ; ct Sforcc, qui eut de nouvelles raisons de se plaindre d'un favori plus déclaré que jamais contre lui, invita Louis d'Anjou, fils de Louis II, qui avait eu le titre de roi de Naples, à venir prendre possession de ce royaume.

Jeanne adopte Jcaunc appcllc à SOU sccours Alphonse , roi de

Alphonse , roi

ragon!'"'*'''^' Sicilc ct d'Aragou , et l'adopte pour l'engager à venir avec toutes ses forces. Ces deux Concurrens ruinent à l'envi un royaume qu'ils veulent se ravir l'un à Fautre. Bientôt la reine elle-même prend des mesures contre Alphonse, qui a l'avantage, et auquel elle' se repent d'avoir donné trop d'autorité ; ces précautions tournent contre elle et contre son favori : le roi d'Aragon, offensé, fait emprisonner Sergiani , qu'il croit la cause du changement de la reine à son égard.

Sforce vole au secours de Jeanne , qui n'avait *'^'"r« /•>-

' * qtiriird Alpbon-

plus de ressource qu'en lui. Vainqueur d'Alphonse, ToJiiViX'u. il obtint la liberté de Carracciolo : par ce bienfait il se réconcilie avec ce favori. Tous deux réunis, ils déterminent la reine à donner la préférence à Louis d'Anjou : elle l'adopte, et Alphonse retourne en Espagne.

Louis étant mort , Jeanne qui mourut l'année

A sa frtort,

elle adopte Re-

suivante, institua pour son héritier René, frère Jl^jJ'*" *•*

de Louis. En elle s'est éteinte la première maison d'Anjou qui a régné à Naples.

Ce n'était pas assez que cette princesse eût f,.çh«* iy doniMppx prétendans a ce royaume. Eugène IV, '^^^i roj.ume successeur de Martin V, rejeta l'un et l'autre, et voulut en donner un troisième, ou du moins il voulut se saisir du gouvernement , en attendant qu'il disposât de la couronne , comme il prétendait avoir droit d'en disposer. Les Napolitains n'eurent point d'égard à ses prétentions.

Alphonse se rendra maître du royaume de le.rr^uKioM Naples. René, aussi malheureux que ses prédé- "»'«J'»p*p««

* Jl 1 caiisrronl de

cesseurs, n'y paraîtra que pour échouer. En s'en j;;*;"""»""retournant par Florence, il y trouvera le pape qui lui donnera l'investiture. Il reviendra en France avec le titre de roi. Ses droits n'auront fait qu'armer la France et l'Espagne l'une contre l'autre; et dans la suite ils causeront encore de nouvelles guerres.

Jeanne II était montée sur le trône en i4i49 EWnfiMM

J'jG HISTOIRE

contemporains l'aiinée même de l'ouverture du concile de Cons-

au règne de

Jeanne. taDCc. Alors commciiçait cette guerre funeste que Henri V a faite à Charles VI. Ainsi vous connaissez la situation de l'Angleterre et de la France pendant le règne de Jeanne à Naples. Il nous reste à jeter les yeux sur ce qui se passait encore en Allemagne et dans l'Eglise.

Guerre des Jc uc suivrai pas les Hussites parmi les ravages

Hussites, com- ^ ^

zlska."'*'''^"" qu'ils faisaient en Bohême, en Hongrie, en Sicile, en Moravie, en Autriche, etc. Ces peuples, qu'armait le fanatisme, étaient d'autant plus redoutables , qu'ils avaient à leur tête un grand capitaine. Jean de Trosnow, chambellan du^â^enceslas, mais plus connu sous le nom d^îiska, qui signifie borgne en bohémien, et qu'on lui donna lorsqu'il eut perdu un œil dans une bataille ; Jean Ziska , dis-je , disciplina ces hommes qui s'ameutaient au hasard pour venger la mort de Jean Hus, et il en fit d'excellens soldats. Yirioiredece Vcnceslas étant mort sans postérité en 1/117, Sigismond son frère était son héritier; mais Ziska déclara que cet empereur, après avoir consenti au supplice de Jean Hus , était indigne de porter la couronne de Bohême ; et il soutint cette raison par le succès de ses armes. Il défit Sigismond en quatre batailles rangées. Ayant ensuite perdu le seul œil qui lui restait, lorsqu'd observait une place, il voulut inutilement se démettre du généralat : ses soldats s'y opposèrent. Ainsi forcé de

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commander, il continua de vaincre, et il gagna encore quatre autres grandes batailles.

L'empereur, désespérant de conquérir la Bo- adtVi.» héme, fit offrir à Ziska le gouvernement de ce '1^,1'^^ royaume, le commandement des armées, les droits et les revenus de la couronne , demandant seulement d'être lui-même reconnu par les peuples pour légitime souverain , et de porter le titre de roi. Le général des Hussites accepta ; il eut même assez de crédit dans son parti pour faire agréer ces propositions ; mais comme il était en chemin poiu' se rendre auprès de Sigismond, il mourut de la peste en 1424. Ses dernières paroles furent d'ordonner qu'on l'écorcherait pour faire une caisse de sa peau , assurant que le son de c^t instrument militaire mettrait en fuite les ennemis. Il n'en jugeait pas ainsi sans fondement ; car il pouvait prévoir que cette caisse était bien capable d'entretenir le fanatisme dans l'âme de ses soldats. En effet les troupes de l'empire, qui depuis long -temps n'osaient plus paraître devant les Hussites, furent encore vaincues plusieurs fois, quoique ces rebelles se fussent divisés en deux partis : il est vrai qu'ils l*etrouvèrent encore un grand capitaine dans Procope.

L'année i/i^3 était celle que les pères de Cons- <^«~'*' tance avaient indiquée pour tenir un concile gé- '''**""'' néral à Pavie. Il s'ouvrit en effet le 22 juin : il fut prasque aussitôt transporté à Sieruie, à raiiso «le

la peste, et alors Martin V se hâta de le dissoudre^ sous prétexte qu'il y était venu peu de prélats. Il est vrai que les troubles qui régnaient partout n'avaient permis qu'à peu d'églises d'y envoyer. Mais la vraie raison de Martin, c'est qu'il craignait un tribunal qui se proposait de réformer l'Église dans son chef comme dans ses membres. Baie fut choisi pour y tenir dans sept ans un autre concile général. C'était éluder le décret du concile de Constance : car certainement l'intention n'avait pas été de rassembler les évéques pour les séparer aussitôt. Plusieurs se plaignirent de ce que Martin s'opposait à la réforme de l'Église. Ce fut inutilement : il fallut obéir aux bulles^ et l'on se sépara.

ccmciie de Lc coucilc s'ouvôt à Baie en i43i, lorsque Eu-

Baie, qui décU- , 11»

ne *^êut '?e 'dT g^*^^ ^^ vcuait dc succédcr a Martin. Craignant '""*'743i. que le pape n'entreprît de le dissoudre ou de le transférer, il déclara que, représentant l'Église, il tenait son pouvoir immédiatement de Jésus-Christ; que le pape même était obligé de lui obéir; qu'il serait puni s'il refusait de se soumettre , et que tout ce qu'il pourrait faire pour la dissolution du concile serait regardé comme nul.

Eugène IV Aussitôt parurcut une bulle , par laquelle Eu-

donne une bulle

îrLTuïoTdu §^^^ ordonna la dissolution du concile, et des révoqué. * décrets qui ordonnaient à Eugène la révocation

de sa bulle. Cette altercation dura jusqu'en i434.

Cependant le pape , qui dans cet intervalle avait

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eu la guerre avec les Colonnes, et avec le duc de Milan, et qui Tannée précédente avait été chassé de Rome par le peuple, craignant cTétre encore traité comme contumace par le concile, révoqua sa bulle, et le déclara légitimement assemblé.

Alors le concile s'occupa de la réforme de TÉfflise, 1 » concile surtout dans son chef. Car il n'oublia pas les abus Jt^ÎÉ^fii!''"' de la cour de Rome, et entre autres les droits qu'elle s'arrogeait sur les bénéfices. Il fit plus t il ordonna au pape de comparaître pour répondre aux accusations de simonie, et autres qu'on faisait contre lui.

Le pape publia une bulle par laquelle il trans- u p«p« ecnferait le concile a Ferrare, si les pères de Baie con- ".7 ""^. .">■-

' r ciie, qn 11 trao».

tinuaient à procéder contre lui. Ils continuèrent ^«"*^'*"°"-

cependant; ils le sommèrent méhie de révoquer

cette bulle. Il n'en fit rien, et en i438 il y eut à 143».

Ferrare un second concile, composé de quelques

évéques d'Italie , et transféré l'année suivante à

Florence.

Les empereurs grecs, jugeant du présent par ont.nuimile passé, s'imaginaient que les papes pouvaient ,1,;' 'J''?4îu. tout ce qu'ils avaient pu, et que par conséquent, ils disposaient encore des forces de l'Europe. C'est pourquoi, dans l'espérance d'obtenir contre les infidèles des secours que les papes ne pouvaient donner, ils négociaient depuis long-temps la réunion de l'église grecque avec l'église latine. Or le concile de Ferrare paraissant fournir une occa-

lati

1 8o HISTOIRE

sion favorable à ce dessein, Jean Manuel Paléologue, qui régnait alors, s'y rendit avec le patriarche de Constantinople et d'autres prélats. On disputa beaucoup, il y eut de longues altercations; enfin on crut avoir trouvé des explications propres à concilier les deux églises, et on se sépara avec la confiance d'avoir éteint le schisme. Mais à Constantinople on n'approuva rien de ce que l'empereur et ses prélats avaient fait. On effaça son nom des dyptiques, on se sépara de ceux qui avaient signé l'union , et plusieurs même se rétractèrent. Le concile de Cependant les deux conciles s'excommuniaient ,

Râle de'pose ^ ^

Téiuv ** *'" ^^ protestaient réciproquement contre leurs décrets. Enfin celui de Baie, alors composé de trenteneuf prélats , et de près de cent ecclésiastiques du second ordre, déposa Eugène comme contumace, simoniaque, parjure, schismatique, hérétique, etc., et élut pour pape Amédée duc de Savoie, alors retiré sur le bord du lac de Genève, dans une solitude où il vivait en hermite. Amédée prit le nom de Félix V.

La conduite Aiusi, par les obstacles que le pape mettait à la

dos principales Ail

Elïïe"?hismt réforme, le concile même devenait l'occasion d'un schisme qui menaçait de diviser encore toute la chrétienté. Ce malheur fut prévenu par la conduite sage des principales puissances de l'Europe. D'après les délibérations des prélats assemblés à Bourges, Charles VII déclara qu'il ne reconnaissait point le concile de Ferrare; qu'il tenait

2\îonF,nNK. i8i

celui de Baie comme seul légitimement assemblé, et qu*en même temps il ne voulait j)oint se départir de l'obéissance duc à Eifgène, qu'il roiiti- Huait de reconnaître pour pape légitime.

Les Allemands, dans plusieurs diètes, prirent aussi le parti de la neutralité; déclarant qu'ils reconnaissaient également Eugène et le concile de Bâle, et qu'ils ne recevaient ni les décrets du concile contre Eugène , ni ceux" d'Eugène contre le concile. L'Angleterre tint la même conduite, et ne prit presque point de part à ce schisme, parce qu'elle n'avait point envoyé de députés à Bâle. L'église d'Ecosse excommunia Félix et le concile qui l'avait élu. Alphonse d'Aragon , alors en guerre avec René d'Anjou, se conduisait avec artifice, faisant des propositions aux deux papes , et ne se déclarant point , afin de les mettre l'un et l'autre dans la nécessité de le ménager. Le reste de l'Italie, à l'exception du Piémont et de la Savoie, était pour Eugène. La Pologne et la Hongrie, par des motifs particuliers , adhéraient à Félix , ainsi que l'université de Paris et celles d'Allemagne, qui écrivirent beaucoup pour prouver l'autorité du concile de Bâle.

Il est vrai que reconnaître le concile de Bâle ?*■«!» »cbii«.

1 et des coaalc» .

pour légitime, c'était le reconnaître pour juge du pape; et par conséquent il y avait de la contradiction à ne pas se soumettre au jugement qu'il portait contre Eugène : mais il valait mieux se

1 8ii HISTOIRE

contredire que de causer un nouveau schisme. Heureusement ceux qui se déclarèrent formèrent de part et d'autre des partis bien faibles. En vain les deux papes négocièrent dans toutes les cours : la neutralité continua de prévaloir, et les conciles de Baie et de Florence cessèrent de lassitude en 1 443. Aucun des deux n'ayant voulu céder, on se sépara sans avoir rien fait pour rétablir la paix. ' On arrêta seulement que dans trois ans on tiendrait à Lyon un concile général , et ce concile ne se tint pas. Le schisme dura jusqu'à la mort d'Eugène IV, arrivée en 1467. L'année suivante il fut éteint sous Nicolas V, par les soins des princes chrétiens, et surtout de Charles VII et de l'Église de France. Félix, à qui l'on fit des propositions avantageuses, donna sa démission, et elle fut approuvée par quelques prélats, qui étaient à /Lausanne avec lui, et qui croyaient y contiimer le concile de Baie.

Pragmatique L'églisc dc Fraucc fut la seule qui retira quelchaWeT\ii. * ques avantages des décrets portés dans le concile de Baie. Les prélats s'étant assemblés à Bourges pour les examiner, les reçurent avec quelques modifications , et supplièrent Charles VII de confirmer par une loi ce qu'ils avaient arrêté. Cette loi leur fut accordée sous le nom de pragmatique sanction. Elle établit l'autorité du concile général sur le pape : elle lui enleva presque entièrement la possession où il était de nommer aux béné-

MODKRME. l83

fices, et de juger les causes ecclésiastiques dans le royaume : elle rétablit les élections , telles à peu près qu'elles avaient été avant les usurpations de la cour de Rorae : enfin elle abolit les grâces expectatives, les annates, qui furent déclarées simon laques, et les autres exactions dont j'ai eu occasion de parler. Tels sont les principaux articles de cette pragmatique.

Pendant les troubles de TÉelise, la révolte des .,«'iîl«V."*'" Hussites continuait , et ne finit qu'en i436. Ce ne fut qu'à la faveur des divisions qui se mirent parmi eux que Sigismond réussit à se faire reconnaître roi de Bohême. Il rétablit la paix , et négocia même avec succès auprès du concile de Bâle la réconciliation des Hussites avec l'Eglise.

Étant mort en 14^7? il eut pour sjuccesseur à l'empire Albert il , duc d'Autriche , son cendre Apr>. sigi.-

* ' o mond Ttinpife

et son héritier, et par conséquent roi de Bohême foTd AÙfriTkê' et de Hongrie. Depuis Albert, mort en i4%» l'empire n'est plus sorti de la maison d'Autriche. Frédéric ÏII , son cousin germain, fut élu en 1 44<^» et régna jusqu'à 1493»

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