CHAPITRE PREMIER
Comment les Arabes ont cultivé les science^
(Quoique les Arabes ou Sarrasins fussent pour ig, la plupart nomades ou scénites, comme on les J,'^/* "*• nommait encore parce qu'ils campaient sous des tentes, l'Arabie a eu de bonne heure des villes où les habitans s'adonnaient particulièrement au commerce, sans renoncer néanmoins tout-à-fait au brigandage. Ces peuples étaient encore barbares, vers les tem|)s que Mahomet parut. Us se
Arab«> ver* \r%
piquaient d'une éloquence qui devait être bien grossière ; et ils avaient des poètes pour conserver le souvenir des événemens, et pour célébrer les hommes qui méritaient leur estime : mais à peine commençaient-ils à connaître l'écriture. On ne savait pas lire à la Mecque , patrie de Mahomet ; et ce faux prophète , aussi ignorant que ses concitoyens, ne puisa une partie de sa doctrine, dans l'ancien et le nouveau Testament, qu'avec les secours des juifs et des chrétiens réfugiés en Arabie. Il y en avait surtout beaucoup à Médine.
La religion des Arabes était l'idolâtrie : bien peu avaient embrassé le judaïsme ou le christianisme. Ils croyaient à l'astrologie judiciaire , parce qu'ils n'avaient qu'une connaissance superficielle du ciel, et qu'ils rendaient un culte aux astres. Sans lumières par eux-mêmes , ils en tiraient peu des chrétiens qui vivaient parmi eux; parce que c'étaient des hérétiques qui n'avaient plus de commerce avec les Grecs, alors le seul peuple instruit. En un mot, ils étaient dans une ignorance tout-à-fait favorable aux vues de Mahomet, et il ne tint pas à cet imposteur de les y laisser croupir. Il proscrivit les sciences, supposant qu'il avait mis dans l'Alcoran tout ce qu'il est utile de savoir, et que ce qu'il n'y avait pas mis est inutile ou condamnable.
Ils cherchent à C'cst vcrs la fiu du huitième siècle que les
s instruire sous ■*
les Abbassides. ^fabcs commcncèrcnt à sortir de la barbarie, lors-
BIODKRNF. ttai
que les Abbassides , qui succédèrent aux Ommiades , encouragèrent les arts et les sciences. Soit par goût, soit par politique, ces khalifes s'écartèrent en cela de l'esprit de Mahomet. Des médecins chrétiens qu'ils appelèrent, et qui eurent des succès , purent contribuer à leur inspirer le désir de s'instruire ; et il se peut encore que les ^ Abbassides aient cru devoir adoucir les mœurs féroces des Arabes.
Il s'a^irissait de ramener les lettres que les kha- „ '^ ^i»*'''* lifes avaient bannies de leurs états, et qui tom- dV."onectilî,'I baient en décadence à Constantinople même, de- «'«duifiwpiu»
1 ' est mes.
puis long -temps leur unique asile. Dans cette vue les Abbassides firent faire une recherche des livres écrits dans les langues savantes ; ils attirèrent des hommes instruits dans tous les genres , et ils firent traduire en arabe les écrivains dont on leur loua les ouvrages. Des chrétiens qui avaient été chargés de la traduction des auteurs grecs, commencèrent entre autres par des écrits d'Aristote et de Gallien. C'est pourquoi les Arabes adoptèrent le péripatétisme et cultivèrent la médecine , Tunique science jusqu'alors prisée parmi eux. Le khalife Mamoun qui régnait au commencement du neuvième siècle , leur inspira du goût pour les mathématiques auxquelles il s'appliqua lui-même avec passion et avec succès. Il ne négligea rien poiu* attirer à sa cour Léon, le plus grand mathématicien qu'il y eût à Constantinople.
Il envoya des ambassadeurs avec des présens à l'empereur Théophile , avec qui il était en guerre ; il lui offrit des sommes considérables et une paix perpétuelle , s'il voulait permettre à Léon de venir à Bagdad; enfin il s'excusa de n'aller pas lui-même lui demander ce philosophe. Toutes ces démarches furent inutiles : plus heureux dans la suite , il obtint des successeurs de Théophile les livres philosophiques que les Grecs avaient conservés , et il les fit traduire.
Les Araies ^ l'excmple dc Mamouu , plusieurs autres kha-
ont des écoles. r ' r
lifes entretinrent par leur protection et augmentèrent même l'amour des sciences. Elles se répandirent dans tout l'état musulman. Il y eut en Asie , en Afrique et en Espagne des écoles où l'on enseignait la médecine, l'astronomie, les mathématiques, et ce qu'on nommait alors la philosophie; l'amour de l'étude se conserva même en Orient jusqu'au quatorzième siècle , que Tamerlan , le fléau des arts , dévasta l'Asie.
Cependant les connaissances des Arabes ne pouvaient être que bien imparfaites : plusieurs taisons le prouvent.
Us lisent les Hs commeucèrent malheureusement dans des
anciens dans de
SioT '"' temps qui n'étaient pas favorables aux lettres ; car, pour sortir de la barbarie , ils furent obligés d'aller chercher les sciences chez les Grecs qui étaient eux-mêmes devenus barbares. On traduisait , à la vérité , les anciens écrivains ; mais dans
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l'ignorance où l'on était des matières qu'ils avaient traitées, il n'était pas possible de trouver des traducteurs intelligens, et les fautes se multipliaient d'autant plus , qu'au lieu de les traduire d'après le texte original, on les traduisait souvent d'après des versions syriaques ou hébraïques. Il fallait que les traductions des Arabes fussent bien imparfaites, puisqu'on a de la peine à reconnaître Euclide dans celles qu'ils ont données des élémens de ce géomètre : cet écrivain cependant était un des plus faciles à traduire.
Aristote est le seul philosophe dont les Arabes ii« Miopieat crurent adopter les opinions. Ils ne l'entendirent jj«'<'iTr«ien. pas. Comment , tout-à-fait neufs dans la philosophie, auraient-ils pu comprendre la métaphysique et la physique d'un esprit subtil qui ne cherche souvent qu'à s'envelopper? Ils sentirent donc qu'ils avaient besoin d'être guidés; et ils consultèrent les commentaires que les philosophes d'Alexandrie avaient donnés sur les ouvrages d'Aristote.
Aristote n'était plus reconnaissable dans ces .. n« eroU«t
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commentaires; car les subtiUtés du sincrétisme u-"ir**.^ui ou de Téclétisme l'avaient tout -à -fait défiguré. Mais ces subtilités même étaient analogues à l'esprit des Arabes à qui les allégories ne pouvaient manquer de plaire , puisqu'ils vivaient dans des climats chauds, et qu'ils avaient toujours cultivé la poésie. Ils subtilisèrent donc, ils disputèrent ^
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diffcrtotc}.
1l[\ HISTOIRE
et ils formèrent jusqu'à soixante-dix sectes , qui se flattaient chacune d'avoir saisi la pensée d'Aristote.
A force de Taut d'opinious différentes ne pouvaient pas
subtilités, ils ^ r r
7e'rfpî"tlrar s'accordcr avec l'Alcoran ; cependant il était sévècoran. j,gj^gj^|. ^léfcudu dc s'écartcr en rien de la doctrine enseignée dans ce livre. Ici les subtilités servirent merveilleusement les Arabes. Il leur fut aussi facile de prouver qu'ils ne s'écartaient pas de Mahomet, qu'il leur était facile de prouver qu'ils suivaient Aristote; le caractère de leur esprit, leur religion et les sources où ils avaient puisé , tout concourait à les rendre subtils , et par conséquent, mauvais philosophes.
Ils sappii- La dialectique des péripatéticiens est tout à la
qiient à la dia- *■
leciique. £^^3 |^ méthodc la plus ingénieuse, la plus inutile et la plus vicieuse ; car , au lieu de porter sur les idées, elle s'arrête au mécanisme des propositions, et elle paraît montrer l'art de raisonner, lorsqu'elle n'apprend que l'art d'abuser du raisonnement. Les Arabes, à qui elle était tous les jours plus nécessaire, en firent le principal objet de leur étude. Alors elle fut hérissée de nouvelles subtilités. Elle prit un langage tout extraordinaire, et elle devint tout-à-fait barbare.
A la niéde- Lcs Arabcs réussirent mieux dans la médecine ,
rine , à la géométrie Cl à (lans la géométrie et dans l'astronomie. Cepen-
I astronomie. o 1
dant ils n'ont fait faire aucun progrès à ces sciences; parce qu'au lieu de chercher la vérité
MODhnNR. 2^5
dans IVlude de la nature, ils la demandaient aux Grecs, dont ils n'entendaient pas toujours les réponses. Ils paraissaient supposer que les Grecs avaient tout connu, comme les Grecs avaient autrefois supposé que les Égyptiens savaient tout. Ils ne s'appliquaient donc qu'à saisir la pensée des maîtres qu'ils avaient choisis ; et s'ils les suivaient avec confiance, ils ne les atteignaient pas toujours.
Je ne sais si nous avons beaucoup d'obligations ii» «me ««• »>
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;iux Arabes. Il est vrai qu'ils ont conservé une p"« »>»n««î"lueur de connaissances dans des siècles où d'épaisses ténèbres se répandaient partout. Leurs ouvrages nous ont donc été utiles à quelques égards ; mais leur méthode et leurs opinions ont mis des entraves à l'esprit humain; et j'ai bien peur qu'aujourd'hui les maîtres qui enseignent dans nos écoles ne soient Arabes encore par quelques endroits. Que nous reste-t-il en effet, lorsque nous finissons nos études? Des futilités qu'on nous a données pour des connaissances, une ignorance profonde des moyens de s'insiruire, et du dégoût pour tout ce qui demande de l'application.
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