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CHAPITRE II

De l'état des lettres chez les Grecs, depuis le sixième siècle jusqu'au quinzième.

Progrès de L'ifi^norance faisait des profirès dune eénéra-

l'ignorauccdans o i O O

IrpUèmeSe'! tioii à Tautrc , jusqu'au sixième siècle; elle couvrit tout à coup les ruines de l'empire d'Occident , et menaça celui d'Orient de toutes parts. Quelles barrières lui pouvaient opposer les Grecs entourés de barbares, mêlés même avec eux, gouvernés par des princes ignorans, et toujours déchirés par des guerres étrangères ou civiles. Aussi bientôt les Arabes ouvrent de nouvelles provinces à l'ignorance; elle se répand de plus en plus; et les lettres fuient à Constantinople , où elles ne trouvent qu'un asile peu sûr.

De toutes les Vcrs cc tcmps la ruine entière de l'idolâtrie

sectes d'Alexandrie, lepiato- entraînera la ruine des différentes sectes des phi-

nisme conserve x

sectateurs! ''"" losophcs païeus. Lc platonisme d'Alexandrie, d'où elles tiraient leur origine , tomba avec elles , et ne put plus se relever, parce qu'il était devenu odieux aux chrétiens qui le regardaient avec raison comme la source de bien des hérésies. Il n'en restait des traces que dans quelques pères de l'Eglise qu'on lisait peu. Origène seidement conservait

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encore des sectateurs au platonisme qui l'avait jeté lui-meuie dans plusieurs erreurs. Les moines s'attachèrent surtout à sa doctrine, parce qu'elle était plus conforme à l'austérité qu'ils avaient embrassée , et qu'elle paraissait les mettre dans le chemin de la vision intuitive. Leur simplicité fut encore trompée par un ouvrage platonicien, qu'on attribuait faussement à Denis l'Aréopagite; de sorte que, tout concourant à les égarer, ils imaginèrent ime théologie mystique qui apprenait à s'élever jusqu'à Dieu par des extases. Vous voyez que c'était là inie bien vieille folie ; elle durera néanmoins encore; elle reparaîtra même dans notre siècle. Nous avons bien de la peine à quitter nos erreurs.

A mesm^e qu'on se dégoûtait de Platon, on de- i.« di.iectj-

que d'ArÎMolt

venait partisan d'Aristote; car il semble que les î,*|,tîbîr*uM' hommes veuillent s'obstiner à voir par les yeux des autres. Les hérétiques s'étaient les premiers servis de ladialectique contre les orthodoxes; ceuxci crurent donc rendre un grand service à la vérité, s'ils faisaient usage des mêmes armes. Ils étudièrent en conséquence la dialectique; ils la regardèrent bientôt comme le rempart de la religion, et ils firent prendre insensiblement à la théologie une forme toute nouvelle. Cette méthode avait déjà été employée dans plusieurs questions séparément, lorsque saint Jean Damascène, qui a vécu jusqu'au milieu du huitième siècle <, fit

un traité complet de théologie péripatéticienne. Abus de «lie II n'cst Das douteux qu'on ne doive employer

méthode. / ^ . ^

l'art de raisonner pour établir la vérité de la révélation, et pour dissiper les sophismes des hérétiques; mais il ne fallait pas chercher cet art dans une dialectique subtile, qui multiplie les questions sans en résoudre aucune; et c'est cependant là que les Grecs devaient naturellement le chercher. De tout temps faits pour disputer sur les mots , ils ne pouvaient manquer de goûter de plus en plus une méthode qui ouvrait une libre carrière aux disputes. Ce fut la ruine des lettres; car, à mesure que l'art de raisonner sur les mots devint plus à la mode , on négligea aussi davantage l'étude des choses, rien ne fut approfondi : on ne parut continuer de s'appliquer aux sciences que pour parler de tout sans rien savoir. Les esprits, tous les jours plus subtils et par conséquent tous les jours moins justes, ne se firent plus que des idées confuses, et ne s'occupèrent que de questions frivoles.

Rninp des Cepeudaut la barbarie dissipa jusqu'aux lueurs

lettres «liez les

kuTtièn.e"l"cck'' ^"^ '^ dialectique avait paru conserver, et les Grecs furent tout-à-fait enveloppés de ténèbres : c'est ce qu'on aperçoit dès le commencement du huitième siècle. Il est vrai que saint Jean Damascène avait pour son temps des connaissances assez étendues et dans bien des genres; mais il est le seul et le dernier. D'ailleurs cet exemple

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ne prouve pasqiril y eût encore des lumières clans rernpire grec; car saint Jean sVlait formé parmi les Sarrasins qui cultivaient alors les sciences. Il était né à Damas, «l'un père qui était conseiller (l'état du khalife. Il lui succéda même dans cette charge; et, après avoir joui d'une grande considération dans cette cour, il ohtiut la permission de se retirer, pour ne vaquer plus qu'à l'étuâe et à la piété.

Cest Léon l'Isaurien qui acheva la ruine des . uo-iimo-

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lettres, déjà bien avancée par les troubles dômes- ''"•• tiques qu'il accrut, et par les guerres continuelles des Sarrasins. Cet empereur, ennemi des sciences comme des images, ne cessa de persécuter les chrétiens, les savans, ou ceux qui paraissaient l'être.

La barbarie subsista jusque vers le milieu du D.n.ie«t.neuvième siècle que Bardas , associé de Michel à f •»•••"' ••'r'*» l'empire, tenta de rétablir les lettres. Photius est Vrl'^^LriV, une preuve que Constantinople avait alors des hommes instruits ;maisc'estsurtout dans ledixième siècle que les sciences firent le plus de progrès ; elles durent leurs succès à Constantin Porphyrogenète, et depuis elles se maintinrent avec plus ou moins d'éclat jusqu'à la prise deCxjustantinople. Cependant elles se ressentirent toujours des plaies que la barbarie leur avait faites.

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