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CHAPITRE IV

De l'état des lettres en Occident, depuis Charlemagnc jusqu'à la fin du onzième siècle.

Les grands C'est uh graud prodigc qu'un génie tel que ment tout seuls. Charlemaguc dans le huitième siècle. Il est une preuve que les grands hommes s'élèvent tout seids; et c'est pourquoi, Monseigneur, je ne saurais trop vous répéter que, si vous ne concourez au moins à vous élever vous-même , tous nos soins seront perdus.

Ignorance tie Le brult dcs armcs ne se faisait plus entendre

Itaurle magne. 1

qu'aux extrémités du vaste empire de Charlemagnc, et les Français, qui respiraient sous la

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protticlion des lois qu'ils apprcnaioiit k se donner eux-mêmes, commençaient à sentir le besoin d'acquérir des lumières; mais d'où les tirer ces lumières? Charlemagne, ({ui ambitionnait de redonner la vie aux lettres, ne savait pas encore signer son nom. Élevé comme tous ceux qu'on destinait à la guerre , il avait été condamné à la même ignorance. Les ecclésiastiques étaient presque alors les seuls qui sussent lire et écrire.

Ce prince, qui sentit le besoin de s'instruire, n appf,od k ouvrit les yeux de ses sujets sur leur ignorance, et leur donna l'exemple de l'étude. Il est beau de voir ce législateur , ne dédaignant pas de se remettre en quelque sorte à l'enfance, exercera former des lettres cette même main qui avait vaincu tant de nations. Il avait sans doute acquis assez de gloire pour ne pas rougir de son ignorance ; mais les grandes âmes s'aperçoivent moins des talens qu'elles ont que de ceux qui leur manquent, et elles ne se lassent jamais d'en acquérir. Charlemagne ne quittait point ses tablettes; il les portait partout avec lui, il les avait sous le chevet de son lit; et il employait à contracter l'habitude d'écrire tous les momens qu'il pouvait dérober aux affaires. 11 eût encore voulu s'instruire dans les sciences , et les secours lui manquaient : il ne trouva un précepteur que vers l'année 794, c'està-dire environ vingt-cinq ans après être monté sur le trône.

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Aicuin, son Lc hasard avait fait que les moines enyovés

précepteur. "

par saint Grégoire en Angleterre n'étaient pas toutà-fait ignorans. Ils y avaient porté, je ne dis pas les sciences , mais quelques débris sauvés de leurs ruines ; et , depuis le sixième siècle , ces débris s'étaient conservés dans cette île. Le huitième produisit Flaccus-Albinus-Alcuinus , diacre de l'église d'York, qui acquit une grande réputation. 11 savait et il enseignait , dit-on, le latin, le grec, l'hébreu, la rhétorique, la dialectique, les mathématiques, l'astronomie et la théologie ; de sorte que les écrivains du moyen âge ne craignent point de le comparer aux hommes les plus éclairés de l'antiquité. Mais leur peu de lumières nous doit faire beaucoup retrancher des éloges qu'ils lui donnent; et c'est assez de croire qu'Alcuin savait quelque chose de tant de langues et tant de sciences , et qu'il était savant pour son siècle.

Ce qu'il y a de plus glorieux pour lui, c'est d'avoir été le précepteur de Charlemagne qui se l'attacha en 794, et d'avoir concouru avec cet illustre élève , à faire renaître le goût des lettres parmi les Français. Le roi apprit avec ce maître la rhétorique, la dialectique et l'astronomie. Il sut bientôt le latin, au point de le parler aussi facilement que sa propre langue, et il entendit le grec. On a de la peine à comprendre qu'au milieu des soins d'un vaste empire , ce prince ait pu vaquer à toutes ces études. Monseigneur, tandis

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que les momens échappent aux âmes lâches, sans qu elles s'en aperçoivent, les âmes actives le» saisissent tous , et en trouvent beaucoup dans le jour.

La manière dont Cliarlemagne a gouverné vous a fait voir ce qu'il est devenu par sa seule réflexion. Nous aurons bientôt lieu de juger que les connaissances qu'il crut acquérir avec Alcuin étaient, dans leur genre, bien inférieures à celles qu'il acquit par lui-même dans l'art de gouverner.

Lorsqu'il voulut rétablir les études, tout fut à créer de nouveau; car les écoles, qui jusqu'alors avaient été dans les cathédrales et dans les monastères, parce que les ecclésiastiques apprenaient seuls quelque chose, étaient tout- à- fait tombées par les raisons que j'ai dites.

Les lettres profanes en étaient bannies, l'Écriture sainte n'y était pas entendue, et la théologie y était ignorée , ou du moins on n'avait sur tout cela que des connaissances fort imparfaites. Charlemagne se plaint lui-même de l'ignorance grossière des évêques et des abbés, et il en jugeait par les lettres qu'il en recevait. Il ne négligea donc rien pour réveiller le zèle des prélats; il leur représenta leurs devoirs ; il leur peignit vivement les maux qu'entraîne la barbarie; il les encouragea par son exemple, et les aida par toutes sortes de moyens , attirant dans les écoles les hommes qui avaient quelque réputation de science, leur donnant des appointemens considérables, et leur

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if^O HISTOIRE

accordant surtout de la considération. L'Angleterre et l'Irlande étaient alors les pays qui fournissaient le plus de professeurs.

Il en fonde II nc sc couteuta pas de relever les anciennes

de nouvelles.

écoles; il en fonda de nouvelles à Paris, et dans beaucoup d'autres endroits des Gaules et de la Germanie; mais la principale fut celle qu'il fit tenir dans son palais même, où l'on enseignait sous ses yeux les langues , la grammaire , la rhétorique , la dialectique, tout ce qu'on nommait philosophie et théologie. Ainsi son palais était tout à la fois l'école des exercices militaires , des sciences , de l'art de gouverner; et ce roi était, sans comparairaison pour les choses qu'il pouvait montrer, le professeur le plus habile. Mais si nous voulons juger des maîtres avec qui ce prince croyait pouvoir s'instruire lui-même, il faudra considérer les sources où ils allaient puiser. Nous regretterons que Charlemagne ne soit pas né dans des temps plus heureux.

Maisonn'éiait H ^ût été à souhaitcr qu'on eût pu remarquer

pas capable de ^, . . - ^

1 origine des arts et des sciences chez les Grecs et chez les Romains; qu'on eût été capable d'en suivre les progrès, et qu'on se fût mis en état de lire les meilleurs écrivains de l'antiquité. Pour remonter aussi haut , il aurait fallu avoir des connaissances de bien des genres; et on ne savait pas seulement les élémens des sciences. On ignorait les livres qu'il fallait lire , ou même on ne les avait pas. La

remonter aux meilleures sour« ces.

MODERNE. j'il

barbarie, semblable à un torrent, avait entraîné tout ce qui était solide, et avait seulement déposé de côté et d'autre ce que la légèreté avait fait surnager.

On lut donc au hasard ce qu'on trouvait , et o« ••j^î» malheiureusement au lieu d'élémens et de traités n«««»«» t^

dci.

complets, on ne trouvait en général que des lambeaux épars dans différens écrivains qui, sans principes, ne pouvaient qu'égarer le lecteur.

Capella, espèce de philosophe et de philologue, né en Afrique dans le cinquième siècle, fut un des principaux guides dans ces temps ténébreux. Il avait écrit en latin sur les arts et sur les sciences, pour en faire l'éloge et pour en donner les préceptes. On trouvait dans son ouvrage de la grammaire , de la rhétorique , de la dialectique , de la géométrie, de la musique, de l'astronomie, et surtout beaucoup d'obscurité.

On avait aussi sur tous ces arts un livre de Cassiodore, sénateur romain, qui avait écrit dans le sixième siècle , c'est-à-dire dans un temps où ils étaient déjà fort ignorés. Ces deux auteurs étaient cependant les plus élémentaires de tous ceux qu'on lisait alors.

Il est vrai qu'on en connaissait de beaucoup meilleurs, tels que Boëce, Macrobe, etc. Mais ces écrivains ne pouvaient pas être étudiés comme autem-s classiques; car ou ils n'avaient traité des arts et des sciences que par occasion, ou ib avaient

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